Ouatann - Azza Filali ****

Je crois que je vais finir piquousée aux éditions Elyzad : à chaque nouveau livre lu, je plonge dans un univers de merveilles, tant littéraires que romanesques. 
Plusieurs vies s'entremêlent, narrant le quotidien tunisien avant la révolution de janvier 2011. Trois héros principaux, deux très bien décrits au début du livre, le troisième arrivant en cours d'intrigue. On découvre la fraîche et jeune avocate, Michkat, assumant le statut de divorcée dans un milieu réfractaire aux femmes seules puis Rached, fonctionnaire cupide à la recherche de l'argent facile, peu attaché à sa femme et à ses filles. A l'occasion d'une affaire courante touchant de près son patron (grand ponte des avocats de Tunis, aussi véreux que puissant), Michkat prend ses distances. Il faut dire que son quotidien offre peu de douceur : son père commerçant, Si Mokhtar, subit son épouse Alzheimer et vit très mal l'abandon de leur fils Mehdi, parti au Canada sans volonté de revenir au pays. Pour Rached, l'appât d'argent occasionné par une mission top secret proposée par son ancien copain Mansour, l'incite à tout plaquer. Quel est le lien entre les deux ? ...une villégiature, anciennement tenue par un Français, Monsieur Jacques, un homme plein de mystère et de secrets, décédé depuis. Quand la rencontre se fera ?... et bien vous le saurez lorsque vous vous déciderez à lire ce livre  !    

Ouatann demeure une épopée riche où la Tunisie pré-révolutionnaire me semble si bien décrite qu'il n'est plus difficile de comprendre les événements de janvier 2011 : une jeunesse en devenir, hyper instruite mais sans avenir salarié, un taux de chômage galopant, un peuple miné par une corruption à tous les étages (bâtisseurs au béton plus léger, policiers, douaniers etc), un repli religieux (synonyme de protection), une anarchie peu sécurisante. Outre Michkat et Rached, on retrouve le séduisant quinquagénaire Naceur, hôte de luxe au passé sulfureux et obscur, les états d'âme de tous et en particulier ceux de Mansour, la formidable énergie des habitants de Bizerte (tantôt malhonnête comme celle du gardien Sleim et de son fils Abderrazak, tantôt bienveillante comme celle de la cuisinière Faïza et de son petit-fils Achraf). Chacun déambule, se cherche, se confie : les nombreuses rencontres les font évoluer.

Les grandes qualités d'Azza Filali reste de nous raconter une histoire qui se tient de bout en bout et de nous faire aimer ses personnages : chaque mot dit sonne juste, chaque cri se ressent et oui, on a envie de hurler notre colère face à tant de talents gâchés, où seul l'exil paraît la solution la plus salutaire: page 208 « T'as un fils, patron ? -- Un grand qui a vingt-cinq ans.--Qu'est ce qu'il fait de ses journées ? -- Étudiant dans une école d'ingénieurs à Bordeaux .-- ...Dans ce cas, t'es tranquille, il est du bon côté de la géographie ». Au gré de la mer et des nombreuses cachettes, tous nous livrent un quotidien, un passé et un avenir tunisiens qu'on souhaite meilleur que les deux précités. Une narration remarquable, des phrases choc, un roman quasi policier.
Un petit mot sur la couverture splendide représentant un fumeur de narguilé, un jeu de cartes (cher à Rached), une mer affleurant et trois chaises de jardin propices aux confidences... l'histoire ainsi résumée par des objets épars !

Mille mercis à Libfly et aux éditions Elyzad pour ce livre reçu !

avis de Zazy et de Une Comète

ATTENTION (spoiler) : si vous souhaitez lire les com, arrêtez-vous au troisième (celui d'Une Comète) sous peine d'apprendre, par Dasola, une information capitale découverte en fin de bouquin.

9 commentaires:

  1. J'avoue que maintenant je connais ces éditions grâce notamment à ton blog.

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    1. Éditions qui méritent d'être connues ! bises.

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  2. Ce livre m'a l'air intéressant - mais je suis en pleine tentative de baisse de PAL pour le 12 mai.

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    1. C'est un énorme problème que je dois gérer : un renflement soudain de ma pile à lire mais que de bonheur en perspective !

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  3. Moi ma Pal ne baisse pas... Dois-je m'en réjouir? :-D
    Celui-là devrait se rajouter vu la façon dont tu en parles... comment passer à côté? Bisous Philisine !

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    1. Je peux te l'envoyer avec Kate, si tu veux ? bises

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  4. Bonjour Philisine, moi aussi j'ai beaucoup aimé ce roman mais la fin de Mansour m'a étonnée. On ne voit rien venir et je n'ai pas compris ce retournement de situation. Je me suis même demandée si ce n'est pas Naceur qui l'avait tué. C'est incompréhensible. Je te souhaite une bonne journée.

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    1. Je t'envoie un MP assez vite pour répondre à ta question.

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  5. En effet, ce billet aussi donne très envie!

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