Les liens du mariage - J.Courtney Sullivan ****

Voilà, j'ai passé un été formidable, nourri par le soleil finistérien, les paysages alpins, mes rencontres amies (dont celle avec les princesses bretonnes alias Clara, Fransoaz et Sylire : une crêpe-party tellement parfaite que le rendez-vous de l'an prochain est posé et organisé !) et des livres juste magnifiques, revigorants. J'ai conscience d'avoir de la chance et d'éprouver beaucoup de plaisir.

La rentrée littéraire approche et le plan com'-médiatique commence déjà à me gonfler : à croire qu'il n'y a que des écrivains mâles ! J'ai feuilleté Le Magazine Littéraire et, soit mes yeux sont hyper sélectifs, soit je n'ai pas su repérer les articles concernant des écrivaines. J'ai acheté Télérama cette semaine et là, également rebelote : pour dix articles "mâle" (et ne me faites pas dire "mal"), on a le droit à deux tout petits billets "femelle". Non, ce n'est pas la lecture de Guerrières de Moïra Sauvage (un LV d'Anis, dont je vous parlerai prochainement) qui m'a boostée, je reste juste révoltée par tant de silence/désintérêt/mépris (et qu'on ne me fasse pas croire que les femmes ne savent pas écrire : cette idée est aussi insupportable qu'insultante). Donc, comme l'an dernier, il est fort probable que je boycotte une partie des prix littéraires dit majeurs (dont certaines présélections restent affligeantes de sexisme et parfois, plus grave, de copinage journalistique).
Avant de commencer sur une chronique estivale "femelle" (et c'est voulu !) qui vous paraîtra sûrement trop courte, je voulais remercier ceux et celles qui ont posté ici des mots doux, des gentils vœux bienveillants : je vous réponds dès que possible mais je vous embrasse assurément !
Cinq interlocuteurs, cinq époques et une transmission à jamais éternelle. J. Courtney Sullivan retrace au travers de Les liens du mariage, l'évolution du couple américain grâce à la célibattante visionnaire Mary Frances Gerety - auteure du slogan du siècle -, à Evelyne femme au foyer déboussolée par une séparation filiale, à James ambulancier empathique et trop généreux, à Delphine une Parisienne qui plaque tout pour vivre un coup de folie dans un hôtel de luxe new-yorkais, et enfin à Kate, partisante convaincue de l'union libre, chargée d'assurer le bon déroulement d'un mariage gay. Chacun évolue dans sa petite vie, perturbée par les relations avec autrui : James bosse le jour de Noël pour faire bouillir la marmite d'un foyer un peu à cran financièrement, Delphine vit d'illusion avec son amant et envisage une sérieuse et méthodique punition, Frances éternellement oubliée dans son métier de publicitaire assume son célibat dans une époque peu encourageante (ère post-Seconde Guerre mondiale) et gagne certaines batailles qui sous couvert de futilité présentent de vraies avancées pour le statut féminin (exemple de son intronisation dans un club privé), Evelyne cache son jeu et propose un triangle amoureux romantique,  Kate complexe dans ses contradictions semble l'élément le plus léger de cette chronique, qu'une quête bijoutière rend folle.
Bien écrit, parfaitement cadencé par ces témoignages touchants et instructifs, Les liens du mariage est un excellent roman et installe son auteure définitivement dans la sphère littéraire. J. Courtney Sullivan réussit à nous faire vivre les états d'âme de ses héros, évite tout anachronisme, nourrit son intrigue de références historiques (elle montre les mécanismes publicitaires pour imposer une vente ou la rendre inévitable par exemple). Juste un bémol : la charge finale sur le couple prolétaire James-Sheila m'a paru un peu lourde. Certes, l'auteure voulait marquer un vrai clivage avec leur fils aîné Parker (Danny n'est que le cadet de cette famille, contrairement à ce qui est affirmé en page 445) mais l'attitude suffisante et pédante de Parker suffisait à mon avis. J'ai passé un excellent moment en compagnie de ces personnalités du quotidien et ai regretté de les quitter si tôt.

Traduction d'Anne-Laure Paulmont et Frédéric H. Collay
Éditions Rue Fromentin (un énorme merci pour l'envoi de ce SP et pour votre patience exemplaire !)

de la même auteure : Maine

d'autres avis sur Les liens du mariage : Nadael, Anis, Clara,


J'ai promis de prêter ce livre à mon amie F. mais il sera ensuite disponible pour un voyage !
Romancières américaineset un de plus pour le challenge de Miss G
    




39 commentaires:

  1. Bon retour ! :) Oui, bien peu de femmes et une tête d'écrivain mâle un peu partout en couverture...

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    1. oui, c'est exactement cela : on ne voit que des couvertures de mecs et y'en a marre ! Surtout que ce sont les mêmes visages qui apparaissent à croire que la rentrée littéraire se concentre sur dix bouquins.

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  2. Tu as raison de râler... Mais tu sais, tu parles d'un auteur "femme", mais pas français. Où sont les françaises? (je plaide coupable, j'ai tendance à lire "masculin", en fait je n'y fais guère attention)
    Bon retour.

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    1. Hélène Gestern arrive bientôt et je te dédicacerai l'article, promis ! Bisous (tu as raison, il faut défendre les Françaises)

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  3. J'ai eu la même réaction que toi en feuilletant le magazine littéraire et Télérama... que des hommes... ça m'a mise en colère aussi!!! Sinon, comme toi j'ai beaucoup aimé Les liens du mariage, j'adore cette ECRIVAINE!

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  4. Tiens, je suis justement en train d'écrire un billet sur un roman de cette rentrée littéraire écrite par une femme : Kaoutar Harchi.

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    1. Je vais de suite le lire et l'admirer comme toujours chez toi. Bises

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  5. Tiens ! J'ai abordé le même sujet (la rentrée littéraire "mâle", les copinages) avec ma bibliothécaire. Et Moïra est le prénom de mon chat de chevet. (Oui, je suis bavarde).
    Je le note pour beaucoup plus tard.

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    1. Il est possible qu'il soit disponible très tôt. Bisous et caresses au chat de chevet !

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  6. quel plaisir de retrouver ton blog et ton engagement au féminin aussi passionné que passionnant .Décidément je préfère suivre les conseils des blogs que ceux médiatisés.je ne connais pas j courtney sullivan mais j'ai déja noté un billet sur Maine ...donc à découvrir

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    1. Main est disponible chez Jérôme, n'hésite pas à me dire si tu veux le lire. Bisous

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  7. Tu as raison de mettre les femmes à l'honneur, non mais ! Toujours pas lu cette auteure cela dit !

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    1. Il y a tant à lire. Je ne dis pas qu'il faille absolument et toujours lire féminin (je ne veux pas tomber dans les travers de ceux que je critique, j'ai plaisir à lire des hommes). Je demande juste un sain équilibre dans les couvertures médiatiques. J'émets certains doutes sur l'exemplarité littéraire de livres mis à l'honneur actuellement telle qu'on nous l'annonce et je regrette que d'autres, géniaux, tombent trop vite dans l'oubli.

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  8. Tout à fait d'accord avec toi, on me mentionne que les hommes : Olivier Adam, Foenkinos, Carrère... c'est oublier Clara Dupont Monod et encore plein d'autres auteures qui vont faire cette rentrée. En tout cas merci pour cette critique car j'apprécie tout particulièrement J Courtney Sullivan dont j'ai adoré Maine.

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    1. Toi aussi, je te relancerai pour le LV Les liens du mariage, si tu veux !

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    2. hop là ! Je passe le livre demain à mon amie et je prépare un post dessus la semaine prochaine. Bisous

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  9. Ah tiens justement, je trouvais les femmes assez nombreuses dans la RL : Laurence Tardieu; Valérie Zenatti, Anne Percin, ...Cecit dit, la sur-médiatisation m'exaspère aussi! Je ferai comme les années précédentes : les découvrir avec un pont de retard ;) J'ai très envie de découvrir J. Courtney Sullivan avec Maine. Bon retour parmi nous et très heureuse de te lire à nouveau!

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    1. Les femmes sont bien présentes (elles l'ont toujours été, même si elles ont plus de mal à être éditées par rapport à leurs comparses masculins) mais je n'ai pas encore vu en France de première de couverture féminine d'hebdos littéraires concernant cette rentrée littéraire. Mais je précise aussi que j'ai des yeux sélectifs et qu'il est fort possible qu'un magazine ait édité beaucoup d'articles sur la rentrée littéraire côté femmes et que cela m'ait échappé.

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  10. Je rejoins la tendance ici donnée, en pensant que les femmes sont présentes en cette rentrée mais ne font pas assez les titres des magazines et autres journaux. Je suis abonnée à Page, cette année, et sur la couverture bravo! six photos trois hommes, trois femmes (comme sur la page de l'Ouest France d'ailleurs mais pour un autre sujet) mais pas besoin de se munir d'une règle pour se rendre compte que les photos des 'mâles' écrasent les petites vignettes femmes.
    Ce fut un bien bel été et notre rencontre réjouissante. Bonne rentrée à toi et aux tiens!

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    1. Franchement, sans faire ma féministe de bas étage, y'en a marre ! Mais je continuerai le combat, pas inutile du tout !!!!!

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  11. Je me suis "amusée" également à comparer le nombre d'hommes et de femmes dans l'émission "les bonnes feuilles" d'Augustin Trappenard. Même constat. Pourtant elles ne manquent plus les femmes en littérature me semble-t'il. J'ai l'intention de lire le roman du jour, j'avais aimé les deux précédents.

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    1. Ecoute, j donne le livre à ma copine samedi, j pense que je le récupérerai assez vite pour en faire un LV : bisous !

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  12. Ma femme a tellement aimé "Maine" (oui, elle l'a lu elle aussi ;) ) que je lui ai offert celui-là la semaine dernière (avec l'intention de le lire moi aussi, mais chut...).

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    1. alors, chut (et bravo pour cette belle et généreuse initiative)

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  13. Tu me convaincs à nouveau après m'avoir déjà convaincue pour Maine, j'ai gardé un excellent souvenir de ces portraits féminins.

    Décidément, cette année est aux "râleries" : je me suis aussi un peu agacée et interrogée sur la rentrée littéraire, de façon plus globale et liée aux blogs aussi bien qu'à la presse (j'ai l'impression de voir les mêmes livres un peu partout dans les deux cas, n'en déplaise à la blogo qui se veut "différente"...) Du coup, j'ai fui la presse littéraire et n'ai pas remarqué cette absence féminine, que je déplore tout comme toi.

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    1. Nous sommes des grands lecteurs donc on va quémander les conseils de lecture surtout dans les hebdos et le net (blogo), parfois la radio et un peu moins la télé. Donc imagine un peu l'impact de l'omniprésence de certains écrivains (toujours les mêmes) dans les magasines sur les grands lecteurs et le public : j'appelle cela du bourrage de crâne, voire de la manipulation des foules. Quand le titre est exceptionnel, je m'incline mais cette année, j'émets vraiment des doutes. Et pourtant, je suis d'excellente humeur.

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  14. un beau billet enthousiaste, je prends note!

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    1. merci, Violette, et encore très bel anniversaire à ton blog.

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  15. Je suis le seule à ne pas avoir aimé..

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    1. Non, je pense. Rarement un roman ne fait l'unanimité et je ne pense pas que tu sois seule, même si nos avis divergent sur cette histoire. Flûte, alors !

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  16. "Maine" m'attend dans ma PAL. On verra pour celui-ci par la suite.
    Alors, ces crêpes ?!

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    1. excellentes !!!! Fransoaz est une fée de la cuisine : je me suis régalée. C'était super de se retrouver. Cela m'a fait un bien fou.

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  17. Un billet convaincant, je prends note !
    La rentrée littéraire, je la suis de trèèèèss loin, le battage médiatique autour de ces sorties m'agacent prodigieusement !

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    1. tout pareil, surtout que j'ai un mal fou à trouver un coup de cœur dans tout cela. J'ai lu de très bons romans mais pas encore de coup de cœur.

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  18. Bien envie de le lire celui-ci aussi ! D'autant que j'ai aimé les précédents de l'auteur :-) Et tu me mets l'eau à la bouche avec la crêpe partie, un de mes repas préféré !!!

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    1. je te note sur la liste de diffusion des LV ! Bises

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