L'atelier 4 – Hélène Gestern ****



L'atelier 4 présente deux formes narratives : la première concerne l'impact dans une famille (sœur aînée – Irène Dobrynine-, père, mari et enfants) de la mort violente d'un de ses membres (la fille et sœur cadette, Natacha Dobrynine), la seconde propose le descriptif des derniers mois de Natacha (chimiste dans une usine de papier) par les éléments que va recueillir sa sœur Irène. Hélène Gestern propose une immersion dans ce roman noir, et dissèque les comportements : la douleur de la perte, le deuil, l'enquête fournie et cohérente, le jeu de piste et les révélations. Elle y parle aussi de burn-out et de dépression, de surmenage et de politique managériale contestable. Ce n'est pas gai-gai mais c'est très très bien écrit (comme toujours avec cette autrice) avec un choix narratif pertinent : celui d'alterner les témoignages (paroles, mails, dialogues) et de rester dans la logique humaine de chacun de ses personnages : il n'y pas d'altération entre la conscience et la conduite d'untel ou d'unetelle. J'ai apprécié comment un cheminement de vie est sensible aux rencontres (comme la vie d'un chien), j'ai aussi apprécié que le roman se rapproche davantage d'une investigation que d'une enquête policière, puisqu'il définit avant tout les contours de responsabilité d'une mort sur un lieu de travail sans parfaire la reconstitution exacte à la minute près. J'ai admiré la justesse littéraire : la précision des détails juridiques, des éléments de langage policier et journalistique, le scénario travaillé et rythmé. J'ai aimé aussi le travail sur les émotions et les états-d'âme d'Irène qui s'épuise à la fois dans sa vie de femme et d'épouse, de médecin généraliste et d'investigatrice par nécessité, pour ne pas se perdre définitivement. On immerge dans deux solitudes, celles de deux sœurs fusionnelles jusqu'au bout.
En résumé : L'atelier 4, c'est pas gai mais c'est très bien !

Éditions Grasset
 
De la même autrice :    Eux sur la photo   -  L'odeur de la forêt   -  La part du feu  -   Portrait d'après blessureUn vertige 
 

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