L'atelier 4 présente deux formes
narratives : la première concerne l'impact dans une famille (sœur aînée
– Irène Dobrynine-, père, mari et enfants) de la mort violente d'un de
ses membres (la fille et sœur cadette, Natacha Dobrynine), la seconde
propose le descriptif des derniers mois de Natacha (chimiste dans une
usine de papier) par les éléments que va recueillir sa sœur Irène.
Hélène Gestern propose une immersion dans ce roman noir, et dissèque les
comportements : la douleur de la perte, le deuil, l'enquête fournie et
cohérente, le jeu de piste et les révélations. Elle y parle aussi de
burn-out et de dépression, de surmenage et de politique managériale
contestable. Ce n'est pas gai-gai mais c'est très très bien écrit (comme
toujours avec cette autrice) avec un choix narratif pertinent : celui
d'alterner les témoignages (paroles, mails, dialogues) et de rester dans
la logique humaine de chacun de ses personnages : il n'y pas
d'altération entre la conscience et la conduite d'untel ou d'unetelle.
J'ai apprécié comment un cheminement de vie est sensible aux rencontres
(comme la vie d'un chien), j'ai aussi apprécié que le roman se rapproche davantage d'une investigation que d'une enquête policière, puisqu'il définit avant tout les contours de responsabilité d'une mort sur un lieu de travail sans
parfaire la reconstitution exacte à la minute près. J'ai admiré la justesse
littéraire : la précision des détails juridiques, des éléments de
langage policier et journalistique, le scénario travaillé et rythmé.
J'ai aimé aussi le travail sur les émotions et les états-d'âme d'Irène
qui s'épuise à la fois dans sa vie de femme et d'épouse, de médecin
généraliste et d'investigatrice par nécessité, pour ne pas se perdre
définitivement. On immerge dans deux solitudes, celles de deux sœurs fusionnelles jusqu'au bout.
En résumé : L'atelier 4, c'est pas gai mais c'est très
bien !
Éditions Grasset
De la même autrice : Eux sur la photo - L'odeur de la forêt - La part du feu - Portrait d'après blessure - Un vertige

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