Pour en savoir plus sur La Guerre des émeus: consulter l'excellent avis d'Eimelle
[Théâtre] La Guerre des émeus
[Jeunesse - Théâtre] Cosimo - Jean-Yves Ruf ***
Suite à une dispute familiale, le jeune Cosimo prend la décision de la hauteur : celle de vivre dans les arbres, pour s'éloigner d'une brute de père et d'une famille défaillante, et d'une voisine malveillante. Raconté par Biagio (le frère, celui qui encaisse pour soulager son frère) et Viola (la voisine au défi improbable, Cosimo s'adapte à sa nouvelle vie, étend son territoire, osculte la nature, adopte un nouveau langage. Les semaines passent et tout le retient.
Cette pièce de théâtre présente un langage familier, accessible pour tous. Largement inspiré de Le Baron perché d'Italo Calvino, Cosimo fait preuve de modernité. On sent bien que le héros (même si on entend peu ses sentiments et ses émotions) a choisi l'isolement comme protection, malgré un entourage fraternel attentif (du moins du côté du frère). J'ai apprécié les étapes d'appropriation du nouvel environnement, l'état contemplatif de Cosimo des arbres et des autres "habitants". J'ai été un peu moins fan de l'atmosphère oppressante et malveillante à son égard que ce soit de la part de la famille et de Viola (tout au moins au début), même si cela peut se comprendre, car cette histoire relève bien d'un conte, souvent cruel pour son héros ou son héroïne. L'auteur Jean-Yves Ruf indique s'être largement inspiré des improvisations des comédiens et comédienne qui ont incarné les rôles. J'ai trouvé le traitement intéressant et cohérent. Toutefois, l'âge cible "à partir de 9 ans" me paraît un peu prématuré.
Éditions Lansman Jeunesse
Service de presse lu grâce à la Masse critique Littérature de Babelio en partenariat avec les éditions Lansman Jeunesse : je les remercie pour cet envoi et de cette découverte très intéressante, qui m'a sortie de ma zone de confort.
Et ma participation (catégorie PRÉNOM : COSIMO) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna
[Théâtre] Cendrillon - Joël Pommerat ****
Après avoir vu la pièce il y a fort longtemps (mais quel souvenir, quel souvenir !) et avoir chroniqué cet instant magique de théâtre ici même, je découvre le texte de cette masterpièce de théâtre grâce à Enna.
Et c'est là que je me rends compte d'une chose : lire une pièce de théâtre et la voir incarnée au théâtre sont bien deux fabriques d'émotion différentes (bon, là j'ai aussi conscience d'enfoncer une porte déjà grand ouverte !). Et je me sens très chanceuse d'avoir pu les approcher.
Que dire de cette pièce géniale que je n'ai pas déjà dit. D'abord je comprends mieux les vociférations de la comédienne incarnant la belle-mère, future femme du père de la toute petite fille (Sandra, dite Cendrier, et accessoirement notre Cendrillon) dans la pièce de théâtre vue, parce qu'on peut dire que ce personnage ne cesse d'aboyer sur tout le monde qui n'est pas elle. Sa communication et son attitude sont violentes, grossières et vulgaires (oui, elle cumule.). Bref un personnage qui collectionne tout le pire complété du fait que le père de la toute petite fille se laisse mener par le bout du nez, sans réagir à part fumer en cachette : et cela reste un mystère pour moi, ce défaut de courage ! Ensuite j'ai retrouvé l'ambiance de la composition théâtrale et j'ai aimé lire l'œuvre originelle parce que je me suis fait mon propre film.
Alors oui, cette redécouverte du texte est une belle surprise complémentaire de la représentation théâtrale. Parce qu'on y trouve une petite héroïne très chouette, à la fois trop naïve pour supporter tout ce qu'on lui demande de faire, et très futée sur les choses de la vie (quand elle a elle-même cheminé). J'ai aimé voir la faiblesse du prince, l'enthousiasme du roi, la douce folie de la fée (dont les pouvoirs ont faibli avec son grand âge). J'ai apprécié de lire la présence discrète quoique bête de Soeur la Grande et de Soeur la Petite. J'avais oublié l'absence d'identité de ces diverses personnalités définies uniquement par leur statut familial. Et oui, la pièce de théâtre actée a réservé l'équilibre attendu entre la belle-mère et la toute petite fille. Comme lors du spectacle j'ai vraiment apprécié la déconstruction et la revisite du conte de Charles Perrault par Joël Pommerat en gardant tous les éléments et en les associant à d'autres moments, d'autres personnages : la chaussure, la robe (de la mère), les travaux ménagers, les vitres. La chaussure et la robe deviennent alors des objets transitionnels pour rencontrer l'inconnu.e et se défaire d'habitudes liées à une absence non assumée. C'est moderne et réussi. Lire Cendrillon est vraiment accessible par le lexique moderne employé, compréhensible par tous : le langage et le discours emploient des tournures actuelles, non pompeuses. C'est aussi ce qui rend cette œuvre populaire, aussi intelligible dans sa construction qu'accessible dans son discours : elle y parle de deuil et de réserve mais aussi de tyrannie domestique et de harcèlement, elle y montre la violence et le jeu de pouvoir, comme dans le conte originel. Bref, du bel art (écrit et scénographique).
Éditions Babel
Emprunté à la bibliothèque
Merci Enna pour cette LC et pour ton excellent avis sur cette oeuvre !
et mon article sur Cendrillon de Joël Pommerat versus représentation théâtrale !
Et ma participation (catégorie Personnes célèbres : CENDRILLON) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna
[Théâtre] Les figurants - Delphine de Vigan (entre *** et ****)
Dans Les figurants, Delphine de Vigan dresse une pièce de théâtre dans laquelle elle expose des personnes qui attendent leur casting, qui attendent la mise en place de scènes. C'est à l'occasion de cette attente que ces figurants se confient, racontent leur itinéraire, leurs choix et parfois leurs non-choix de cette invisibilité pourtant importante à l'écran parce qu'elle renforce le jeu des acteurs principaux, qu'elle place une scène, qu'elle la rend vivante et réelle. L'autrice raconte aussi leur quotidien qui souvent ne se résume pas qu'à être figurants : certains diversifient leur activité professionnelle par la participation à des publicités, à des vidéos, pour vivre et souvent survivre.
Delphine de Vigan décrit le mépris ou
l'empathie de certains comédiens plus connus, de certains réalisateurs ou assistants, à l'égard des mal-lotis, des mal-connus, des pas assez reconnus. Elle raconte surtout leur longue attente
entre deux prises, leur longue attente des castings, de vies solitaires et isolées. Et pourtant, ils sont
là pour quelques heures, quelques sous.
Dans Les figurants, Delphine de
Vigan innove son écriture en tentant courageusement le théâtre avec les rythmes imposés, les dialogues et les monologues à poser : un nouvel exercice littéraire qui sort
de son registre habituel, mais toujours avec cette envie de valoriser de décrire ce
qu'on ne voit plus ou qu'on ne voit pas, de faire entendre ces voix qu'on n'entend jamais au cinéma. Et ce parti-pris est intéressant à
l'image de l’œuvre humaniste esquissée par cette autrice, appuyée par son regard aiguisé sur la société du
spectacle ici, sur la société en règle générale.
Les figurants est un texte très accessible, intéressant. Ce n'est pas un coup de cœur mais j'ai apprécié de le découvrir et de me plonger dans ces humanités simples, d'y lire leur quotidien, leurs états d'âme et d'apprécier leur abnégation et leur courage de poursuivre malgré tout et contre tout, juste pour la beauté du cinéma, conscients de participer à une oeuvre collective partagée, heureux d'avoir parfois une scène à eux (et de changer potentiellement de statut, lorsque la caméra se prolonge sur eux.). J'ai apprécié d'y lire leur énergie et leur persévérance, et de ressentir aussi leur épuisement.
Les figurants exprime tout cela et je remercie Delphine de Vigan d'avoir honoré ces héros de l'invisible et d'en avoir fait des héros tout court.
Éditions Gallimard
Autres avis : Jostein,
De la même autrice : Les enfants sont rois - Les gratitudes - Les Heures souterraines - Rien ne s'oppose à la nuit - Un soir de décembre
Ma participation au challenge Monde ouvrier et Monde du travail (focale sur des métiers du spectacle + pièce de théâtre : fond et forme !)
Théâtre : Acrobates (mise en scène de Stéphane Ricordel)
| image d'Acrobates captée sur le site de France Inter |
| image d'Acrobates captée sur le site de France Inter |
Théâtre: Les bas-fonds - Oskaras Korsunovas
| image captée sur le site du Théâtre du Nord |
| image captée sur le site du Théâtre du Nord |
Servi par des comédiens au jeu exceptionnel (ils sont leurs personnages, ils impulsent une énergie fabuleuse, se donnent à fond, jouent avec l'auditoire : c'est incroyable de voir un truc pareil), Les bas-fonds mérite qu'on s'y arrête, le temps d'une représentation. et un de plus pour le challenge d'Eimelle
Théâtre : Les Serments indiscrets versus Phèdre - Christophe Rauck
| image d'une scène de Les Serments indiscrets, captée sur le site de La Voix du Nord |
| image d'une scène de Phèdre, captée sur le site de La Voix du nord |

Théâtre : La Ronde de nuit - Création collective du Théâtre Aftaab, « en voyage »
et un de plus pour le challenge d'Eimelle
Théâtre : Le conte d'hiver - William Shakespeare
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| photo issue du carnet de présentation de l’œuvre fait par le th'N |
Quant à la mise en scène de Patrick Pineau, il y a plusieurs éléments notables :
- des décors sobres et des costumes élégants, un jeu d'acteurs inégal ( avec parfois des aboiements qui rappellent le théâtre d'antan : il me semble qu'on peut jouer la menace sans hurler. Une très bonne Paulina- Aline Le Berre sauf lorsqu'elle incarne le Temps )
- un usage abusif du micro-Temps très sonore (soit Patrick Pineau considère son audience composée de personnes à l’ouïe endommagée, soit il entend mal), idem pour la partie Voici-Closer (oui, oui, la presse people s'invite aux retrouvailles) : la vidéo m'a semblé surexploitée. Passée la surprise (qui a le don de réveiller l'auditoire et de le faire rire), les témoignages filmés appesantissent le récit.
- des intermèdes rock sympas mais là encore inaudibles (sauf avec des boules quiès : pensez à vos oreilles !)
- l'écran central n'a d'intérêt qu'au moment des interventions de Mamillius, lors de la promenade de Hermione en compagnie de Polixène ou la revue de presse. Le reste du temps, il me semble inutile et inapproprié (l'image télévisée détourne l'attention sur la scène), sauf pour montrer au public que le metteur en scène connaît d'autres vecteurs de communication, comme s'il voulait concentrer toutes les techniques en une seule pièce : un
- un choix audacieux de burlesque et de bouffonnerie en seconde partie, qui a pu plaire au public : je suis restée insensible. Non pas que rire m'indispose (au contraire : j'ai aimé cette façon de Shakespeare d'avoir su détourner le rythme de la tragédie), mais la prestation proposée m'a paru too much (exceptée l'apparition de la famille ourse bien venue) : les acteurs surjouent lors de l'anniversaire de Perdita ou la découverte du mausolée d'Hermione.
En résumé : du très bon, du moins bon, des éléments intéressants dans la mise en scène et d'autres dont on pourrait se passer sans rien enlever au rythme, ni à la fantaisie.

nouvelle traduction : Daniel Loayza
Théâtre : L'Assommoir - David Czesienski
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| photo issue du carnet de présentation de l’œuvre fait par le th'N |
En bref, j'ai souri, j'ai ri mais je n'ai pas jamais été émue par le destin de Gervaise : un comble, non ?
Théâtre : Lucrèce Borgia - Lucie Berelowitsch
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| photo issue du carnet de présentation de l’œuvre fait par le th'N |
L'hypnotique Lucrèce Borgia est issue d'une famille consanguine, dont l'art reste de liquider toute personnalité nuisant au rythme des acquisitions, de domination et des spoliations par le clan. Mariée pour la troisième fois à Don Alphonse, duc de Ferrare, elle mène une vie dissolue entre amants de passage et politique locale. Couvant un secret originel, elle apparaît fortement attirée par le jeune capitaine Gennaro dont les cinq copains de route ont tous de bonnes raisons de faire la peau à la belle Lucrèce. À l'occasion d'une visite surprise à Gennaro (orphelin de père, mère inconnue dont le lien tangible se résume à une correspondance sporadique) où elle révèle, visage masqué, un peu d'humanité et remet en cause son attitude sanguinaire, la venimeuse Italienne subit un ultime affront de leur part. L'heure de la vengeance a sonné (et l'oubli de belles promesses, aussi).
Victor Hugo a écrit cette pièce en quinze jours. Sans renier le génie du bonhomme, je reste persuadée qu'une petite relecture n'aurait point fait de mal. Un texte bavard, des scènes confuses et des répétitions inutiles gâchent un peu un ensemble exigeant et lourd en symbolique. Bien évidemment, le parallèle avec Phèdre de Jean Racine me parait évident par la puissance tragique de l'héroïne et l'inceste abordé (Lucrèce aimée de ses deux frères Jean et César, le second tuant le premier pour conserver la main mise sur la frangine). Énonçant la violence de l'époque (fratricides réguliers, empoisonnements constants), Lucrèce Borgia n'en demeure pas moins un appel à la résistance, à l'irrévérence et au courage, incarné par Gennaro, compagnon intègre et fidèle, haïssant celle dont on doit taire le nom (la Voldemort d'Hugo), blasphémant le nom de Borgia en le réduisant en Orgia. Tragédie d'un côté (avec ses rebondissements, ses quiproquos et ses surprises), mythologie de l'autre par la présence des gardiens du lugubre, Rustigello et Gubetta, accomplissant les méfaits de Lucrèce et son mari, Alphonse, un brin jaloux du beau Gennaro.
Le Misanthrope : Molière vs Sivadier
D'un côté donc le classicisme et l'intemporalité, de l'autre le modernisme et l'art de faire aimer un texte qui a priori ne soulève pas un grand enthousiasme (enfin de ma part). C'est tout le talent de Jean-François Sivadier : s'entourer de comédiens justes (prouesse de Alceste-Nicolas Bouchaud, intelligence de jeu chez Philinte-Vincent Guédon, une Célimène-Norah Krief malicieuse et gourmande etc), s'inspirer des écrits de Molière, les transmettre et s'en évader. Il sublime l'amertume et la rend comique, accentue la part d'ombre et de lumière de chacun (exceptés Philinte et Éliante, dignes représentants de l'équilibre parfait), soulève les différentes problématiques :
Peut-on toujours dire la vérité ? Doit-on toujours l'avancer ? Quelle est la différence entre morale et éthique ?
Le Misanthrope présenté comme une comédie dramatique, en devient tragique avec son héros détaché de tout et de tous au nom d'une pureté virginale et avec des personnages amoraux qui manipulent ou dénoncent la réalité (Célimène, Oronte, Arsinoé) pour arriver à leurs fins (une position sociale plus assurée, le rêve de gloire, l'amour d'Alceste). Éliante et Philinte tentent le contrepoids en vain. Intransigeant et entier, l'atrabilaire s'éloigne de ce monde qu'il honnit malgré la parade de ces derniers, tel un dépressif s'enfonçant dans sa maladie, en tournant sur lui-même.
Livre des éditions classiques Larousse
durée du spectacle : 2h30 sans entracte (le temps file si vite !)
au Théâtre du Nord à Lille du 29 avril au 9 mai 2013
et un de plus pour les challenges de Sharon et d'Eimelle


Antigone - Jean Anouilh ****
Réadaptation du texte antique de Sophocle, Jean Arnouilh s'est permis quelques menues interprétations. Antigone, héroïne chétive mais hypnotique (attirant le regard des enfants et des mauvais garçons), fut considérée comme l'allégorie de la résistance face à une loi jugée inique. La première présentation de cette pièce en juin 1944, consolida cette impression. Pourtant, Jean Arnouilh, qui ne souhaitait pas être considéré comme artiste engagé, laisse transparaître bien des ambivalences chez ces personnages-anguilles d'un auteur qui ne se mouille pas (toute absence aquatique devient fatale aux poissons) :
. Antigone, au début, déterminée voire jusqu'au-boutiste, présente en fin de récit des interrogations sur les fins de son acte politique (de bravoure) ;
. Créon, dictateur, à la moralité douteuse, conscient de ses décisions caduques et surtout injustes (diviser pour mieux régner, apeurer pour consolider son pouvoir de nuisance) propose un dialogue avec sa jeune nièce effrontée, à laquelle il semble très attaché.
. des personnages secondaires au présent insipide ou à objectif comique : le fiancé Hémon évacué lors d'une scène fenestrale grandiloquente, la sœurette Ismène bien complaisante, la nourrice soucieuse d'un élément canidé, des miliciens au questionnement hautement
Au final, un discours ambigu, des voies latérales ouvertes : chacun en prend pour son grade mais Arnouilh prend le soin de ne fâcher personne (normal que sa pièce ait pu sortir en juin 1944 sous une censure certes présente mais affaiblie par l'arrivée des GI, puisque rien dans ce texte n'évoque une dénonciation totale du système vichyste et de la collaboration) et c'est là, la grande faiblesse de ce texte riche en modernité (chœur bien présent, histoire divulguée en prologue, dialogues au lexique populaire, passages de pause salutaires) sous fond de tragédie familiale conservée. Plusieurs lectures contradictoires demeurent possibles. Reste à vous de choisir celle qui vous convient le mieux !
Éditions La Table Ronde
avis : Adeuxlignes , Eimelle





L'Avare- Molière ****





Théâtre : Cendrillon - Joël Pommerat
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| photo issue du carnet de présentation de l’œuvre fait par le th'N |
Un spectacle d'1h40 sans entracte, visible à partir de l'âge de 10 ans (bien tassés, à mon humble avis, juste pour une scène, celle du mannequin) que j'ai eu le bonheur de découvrir dans le cadre de Lille Fantastic : c'était la dernière représentation dans cette ville. J'espère que ce spectacle continuera son voyage. Le Fait d'habiter à Bagnolet - Vincent Delerm **
La prose est toute jolie, il ne manque pas grand chose pour que ce texte sorte de l'ordinaire dans lequel il stagne : un peu plus d'atermoiements amoureux, plus d'historique des personnages qui auraient donné davantage de contenance, plus d'envie, plus de désir, plus d'enthousiasme. Ils balbutient, ils ne relâchent rien et surtout pas leur cœur (ennuyeux pour un début de love story, non ?). Bref une narration de l'ordinaire ordinaire ! (oui, je n'ai pas trouvé mieux)Temps - Wadji Mouawad ***
A part cela, j'aime bien Wadji Mouawad et lui resterai infiniment reconnaissante d'avoir écrit un des plus grands livres qu'il m'ait été donné à lire : Incendies une autre pièce de théâtre contemporain extraordinaire (mon coup de cœur 2011). Alors je suis prête à lui pardonner une contreperformance, comme Temps.
L'intrigue se déroule à Fermont, un no man's land proche d'une mine, où subsiste une horde de rats effrayants et envahissants. Au cœur de cette cité mi-prophétique mi-antique, réside la famille de la Forge : Napier le père un soixantenaire fêlé au passé monstrueux, sa fille Noëlla sourde accompagnée de sa traductrice en lsq (langue des signes québécoise) Meredith-Rose, la compagne de dix ans de Napier, Blanche Leblanc, tous en attente d'une expulsion prochaine, liée à une enquête sanitaire et sociale du fait de la proximité ratine. Arrivent deux hommes tous deux alertés par voie postale : le Major Edward Ferland et le Russe Arkadiy Tatarine. L'heure des règlements de compte a sonné.
La prose de Wadji Mouawad reste riche et nourrie par les champs lexicaux russe, anglais et lsq : là, je fais entièrement confiance à l'auteur sur les traductions ! Les dialogues me paraissent percutants, inventifs et intrigants. Mais je suis juste restée en rade, incapable d'être éblouie une seconde fois, mesurant le manque de recul et de discernement de l'auteur, lié aux contraintes qu'il s'est imposées pour cette création : page 4 en avant-propos « ne rien savoir au premier jour des répétitions, temps des répétitions très court, durée du spectacle n'excédant pas deux heures, budget minimal » (car Wadji Mouawad compose son œuvre en direct grâce à sa troupe théâtrale). Sa grande réussite fut d'imposer cette ambiance apocalyptique, son échec devient ce qui faisait auparavant son succès: l'analyse des personnages, leurs tourments, leur passé et les secrets infâmes. Ici, on tombe dans le nauséabond : j'imagine certaines scènes jouées et la réaction probable du public (comme lors de Phaedra's love de Sara Kane : les initiés me comprendront). On reconnait les thèmes de prédilection de l'auteur : l'inceste, la guerre, la violence, la mort omniprésente, la vengeance. Voilà, j'ai apprécié de lire cette œuvre, je reste attachée à l'écriture de ce libano-québécois toujours à l'avant-garde mais pour l'intrigue, il me semble que le coup fut raté !

Livre reçu et lu grâce à une opération de Libfly avec la co-édition Leméac/ Actes Sud Papiers, que je remercie pour cet envoi.
Conversation très intéressante entre Wadji Mouawad et Marie-Thérèse Fortin : il parle d'une création à venir. D'après les dates affichées, je pense à Temps..
Le Cid - Pierre Corneille *****
En résumé : une très grande œuvre à (re)découvrir.Note personnelle : découverte d'un nouveau challenge chez Adalana, grâce à Catherine, et inscription confirmée : challenge Les naufragés.
Vous avez le choix pour le très beau logo et surtout vous ne vous engagez qu'à un seul livre (idéal pour la tortue-lectrice que je suis mais qui s'améliore)
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