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Les Vivants Nullipares et alors ?

Pour ce billet, je vous propose la rencontre de deux univers : d'un côté un roman, de l'autre un manifeste. J'ai ouvert ces deux livres sans attente particulière, motivée à comprendre le succès populaire et justifié du premier (Les Vivants**** d'Ambre Chalumeau) et à découvrir les discours frondeurs du second (Nullipares et alors ?   entre *** et ****). 

Voilà dans le touchant Les Vivants, Ambre Chalumeau raconte des humanités touchées par un drame : la maladie d'un des leurs, celui qui les lie, celui qui n'a pas tout dit. On voit les deux grandes copines, les parents, le frère, on découvre le secret. Telles des bulles qui grandissent et parfois explosent, on les voit naviguer dans un quotidien tendu : l'une découvre la prépa, l'autre révèle ses traumas, le couple parental morfle, et le petit dernier apprend à vivre sans l'ombre de son frère, presque honteux d'apprécier enfin le soleil.  Les Vivants est le premier roman d'Ambre Chalumeau chroniqueuse culturelle de l'émission Le Quotidien, une personnalité que j'aime bien pour sa bienveillance, son flow, sa culture, la fluidité de ses paroles. Ce premier roman est facile à lire avec les punchlines de l'autrice, habituée à la concision, à l'écriture rapide, au jet incisif sans être méchant. La tendresse pour ses personnages transparaît à chacune de ses pages, sa générosité aussi. Telle une romancière déjà installée avec un univers bien campé, Ambre Chalumeau ose les métaphores, les réflexions toutes personnelles, les petites piques, met à nu ses idées tout en restant pudique. Les Vivants révèle surtout une autrice sur qui compter. Pourvu que son futur second roman soit aussi talentueux !

Éditions Le Livre de Poche 

 

Nullipares et alors ? Tout est dans le titre, oui, pourquoi à l'époque actuelle faut-il que des femmes justifient leur choix de ne pas avoir d'enfant, en écrivent un livre pour permettre à celles qui ont ce même désir de ne pas enfanter et qui n'osent pas, de savoir qu'elles ne sont pas seules ? Parce que l'intérêt de ce manifeste est surtout là pour raconter des itinéraires, pour donner des arguments et montrer implicitement la pression sociale forte que subit toute femme en âge de procréer, réduite à un état de porteuse d'utérus. J'ai lu Nullipares et Alors ? et à chaque fois, j'ai senti la colère contenue, la colère d'en avoir supporté des réflexions déplacées sur l'état de célibataire, l'état de celle qui ne veut pas suivre la logique implacable et toute tracée de la maternité qui rassure la norme sociale. Je me suis fait la remarque de savoir si on questionnait autant les futurs parents de leur choix d'enfanter. Pourtant on devrait, par équilibre, par la prise de conscience de ce que c'est de faire naître un enfant et de l'élever. J'ai regretté que ces femmes autrices aient éprouvé le besoin de se justifier capables d'amour. Je l'ai regretté parce que je n'en ai jamais douté, comme je ne doute pas que certains font des enfants sans éprouver tant d'attachement, répondant pour certains d'entre eux, plus à des rites sociaux/ancestraux/familiaux. Au-delà de ces différentes voix intéressantes, Nullipares et alors ? a le mérite de nous faire réfléchir loin et profondément en nous, sur ce qu'on veut réellement. C'est toujours utile.

Éditions Points 

Les insolents Du même bois

Les insolents **** - Ann Scott

Les insolents, une découverte de la plume d'Ann Scott et une belle surprise. Dans Les insolents, Ann Scott décrit un trio de potes parisiens (Alex, Jacques et Margot), et plus particulièrement le choix d'Alex, compositrice reconnue de musiques de film, de quitter la capitale pour respirer le bon air, se rapprocher de la mer après une période Covid enfermante. Ses deux amis comprennent peu/pas cette décision, tous deux habitués à la culture à foison qu'offre la capitale, les rencontres enivrantes, les soirées à n'en plus finir, les choix de partenaire. Alex n'en a cure, son choix est acté depuis longtemps. À l'ère de l'IA, elle sait son métier en péril, elle sait les distances menaçantes pour les réseaux professionnels, pour les amitiés aussi. Mais Alex a envie d'espace, de verdure, d'un nouveau challenge de vie cette fois. Une énième rupture amoureuse, une liaison pas satisfaisante vont l'aider. Dans Les insolents, Ann Scott nous épargne aucune description, aucune étape, aucune remise en question : il n'y a rien de rose, juste des humains qui ont envie de se retrouver. J'ai senti les atmosphères, j'ai visualisé les scènes, les chemins qui mènent à la plage, les courses au village. J'ai lu l'isolement, les rencontres de solitudes. Les insolents est un roman qui offre aussi des réflexions sur nos vies encombrées. Intéressant, vraiment intéressant. 

Éditions J'ai lu
Prix Renaudot 2023 

 

Du même bois *** - Marion Fayolle  

Autre autrice découverte avec ce court livre mi-fiction mi-autobiographie, Marion Fayolle décrit dans Du même bois des scènes de famille dans une ferme : une maison partagée, un frère à surveiller, chaque femme qui devient à son tour la matriarche (une petite devient si vite grande). Chaque vêlage est à la fois une fête et une inquiétude. Une enfance parmi les animaux (de toutes sortes, en chair et en os, et pas dans les documentaires) à les observer et à les ausculter, une famille d'accueil, de nouvelles arrivées et un cycle de vie qui se régénère. C'est une lecture agréable à découvrir, très courte (autour de 120 pages) qui rappellera des souvenirs à celles et à ceux qui ont connu des épisodes d'enfance dans les fermes (à l'occasion de vacances, de fêtes de famille, de dimanches à la campagne, de vie aussi). Une époque passée pas si lointaine, une époque où les enfants étaient beaucoup dehors et pas devant les écrans (d'ordinateur, de tablettes, de smartphones) exceptée la fameuse télé. Du même bois ne présente pas de nostalgie, il est avant tout un témoignage d'une époque révolue, un témoignage littéraire comme les vêtements, les murs ou les photographies en représentent d'autres plus matériels. À l'aide de courts chapitres, Marion Fayolle décrit des événements, des personnalités d'une famille, rend hommage à un monde de labeur, de simplicité et de générosité. Et cela fait du bien aussi de prendre ce temps de la contemplation. 

Éditions Folio

 

Avec Les insolents, je participe au Petit Bac 2026 d'Enna
Catégorie PLURIEL (Les INSOLENTS)  

 

 

 

Je suis Romane Monnier à L'oreille absolue

Je suis Romane Monnier **** - Delphine de Vigan

 
J'avais quitté Delphine de Vigan avec sa pièce de théâtre Les figurants, je la retrouve avec Je suis Romane Monnier. On peut dire que ce nouvel opus s'inscrit dans la lignée de Les enfants sont rois. Dans Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan provoque la rencontre de deux êtres à travers un échange de téléphones portables : Thomas un imprimeur et père de Léo, Romane une jeune femme en recherche. A priori, une histoire ordinaire qui bascule dans le pas normal, parce que si Thomas arrive à récupérer son smartphone, Romane n'éprouve aucune envie de retrouver le sien et laisse à Thomas tout loisir de comprendre le pourquoi du comment. Et dans ce jeu de devinettes et d'exploration, Thomas cherche Romane et se trouve aussi. Je suis Romane Monnier se lit très bien, interpelle nos vies hyper connectées où tout se dit, où tout se vit, où finalement l'intimité est réduite à peau de chagrin. Delphine de Vigan nous présente deux héros : un visible, transparent et qui finalement nous révèle une autre vérité de lui-même, et une invisible mais présente par ses sms, ses notes, ses enregistrements. On s'attache à l'un et à l'autre, on comprend Romane et on rentre dans le jeu de piste de Thomas. Le récit est maîtrisé, relancé par différents formes littéraires. Ce qui ressort de Je suis Romane Monnier est que Delphine de Vigan est une autrice brillante et profondément intelligente, au regard aigu sur l'âme humaine : ce livre en est la confirmation. Un très bon moment de lecture.
Éditions Gallimard 
 

L'oreille absolue **** - Agnès Desarthe 


J'ai eu à cœur de lire L'oreille absolue d'Agnès Desarthe, un roman bienveillant qui présente un village où on ne meurt pas/plus. Dans cette galerie de portraits, on rencontre un grand timide à la voix exceptionnelle, un Jacques sur le départ, une Sonya à la musique enchantée, un quatuor au drame partagé, tous convergent vers l'orchestre du coin, le soir de la représentation finale. Agnès Desarthe séquence ses portraits avec une petite incantation. Une musique qui déroule et rythme les vies, les secrets, les surprises. Une musique qui parle d'opportunités, de découvertes, de tremplin et d'injustice aussi. Un moment agréable de lecture, qui fait du bien.
Éditions de l'Olivier 
De la même autrice
Ce qui est arrivé aux Kempinski   -   Dans la nuit brune  - L'éternel fiancé -  La chance de leur vie  -

Après un Cocktail sugar, Tenez bon !

Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée ****
Collectif de huit autrices coréennes

 
Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée est un recueil de huit nouvelles intéressantes et de haute qualité, qui permettent d’entrer par la petite porte littéraire dans la culture coréenne, autour de femmes et d’hommes, dans un monde particulier où l’adultère est coutumier. J’ai lu et apprécié certains écrits, j’ai eu un coup de cœur pour le fantastique Cocktail Sugar de Go Eun-Ju (pour la ronde des personnalités et des transmissions qu’il permet avec une chute imparable) et le corrosif Premières neiges de Oh Jung-Hi (une pause goûter gourmande qui m'a rappelée une fable de Jean de la Fontaine en version moderne et humaine). J’ai aimé le portrait maternel dans Le couteau de ma mère (ustensile de labeur et de liberté) de Kim Ae-Ran.  La nouvelle  Les chiens au soleil couchant de Han Kang (prix Nobel de littérature 2024) m'a profondément touchée, nouvelle sombre à la maîtrise parfaite tant dans les descriptions de lieu que des relations, sur une enfance abîmée. J’ai été sensible à Doublage de Park Chan-Soon qui honore les accompagnants avec douceur et délicatesse, sans le côté larmoyant, tout en restant raisonnable. L'héroïne de Trois jours en automne de Pak Wan-So se voue corps et âme à ses missions jusqu'aux trois derniers jours.
Les nouvelles sont relativement longues (la plupart dépassent les trente pages, certaines oscillent autour de soixante pages) et permettent d’installer les personnages et l’atmosphère. Elles sont toutes bien écrites et construites. Elles abordent des femmes de notre temps, combattantes, personnalités déterminées du plus jeune âge au plus ancien, au destin fragile ou fragilisé. Je suis contente de leur découverte.
Éditions Zulma
Traduction multiple conduite sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.
 
 
Tenez bon - Pierre Assouline (entre *** et ****)
 
Dans Tenez bon, Pierre Assouline nous parle d’expériences de vie (parfois dangereuses, souvent altruistes), de littérature, d’impact d’œuvres littéraires sur sa pensée (et celle de ses élèves), sur ses choix. J’ai apprécié cet essai instruit sans être trop nombriliste, je l’ai trouvé utile et vrai (parce que la littérature a été et est un beau refuge dans ma vie d'humaine et m'a aidée à surmonter des deuils, des désillusions, à continuer à croire en l'humanité même si les temps actuels d'espoir sont durs) : c’est toujours bon de rappeler les valeurs qui nous lient, des valeurs humanistes. J’ai apprécié l’écriture à la fois instruite et claire, son estime de grands auteurs et de personnalités attachantes et justes (j’ai apprécié les moments partagés avec Simone Veil, j'ai compris son exaspération.). J'aime aussi le titre de cet essai avec son double sens : tenir bon en résistant à toutes les formes de bêtise, tenir bon en restant digne tout court. J’ai découvert la plume de Pierre Assouline,  un auteur pourtant bien installé. J'y reviendrai.
Éditions Robert Laffont 
 

Avec Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée, je participe au Petit Bac 2026 d'Enna
Catégorie LIEU (Cocktail Sugar et autres nouvelles de CORÉE) 

 

 

L'amour - François Bégaudeau ****

J'ai découvert la plume de François Bégaudeau à travers ce titre de L'amour. Ce fut un bon choix. J'ai aimé sa tendresse envers ses personnages sa façon de raconter l'ordinaire, sa facétie de manipuler et de décortiquer nos expressions si populaires. J'ai aimé rencontrer Hélène et Jacques : Hélène la grande amoureuse qui rêve beaucoup, travaille énormément, sait ménager son amour, une femme intelligente et de son temps ; Jacques le fan de maquettes, à l'approche romantique gauche et épaulée, un amoureux des plantes aussi, un bosseur également. En peu de pages, François Bégaudeau nous fait découvrir ces deux beaux personnages, leur itinéraire, leur rencontre, leur vie. Il sublime l'ordinaire avec une prose accessible et malicieuse. En trois phrases, on peut prendre deux ans ou dix ans dans la figure. J'ai retrouvé la simplicité de couples cousins, j'ai aimé revivre le fameux dilemme du pain du jour (dilemme que j'ai partagé avec mon cher et tendre). J'ai trouvé des scènes et des anecdotes justes. J'ai nettement moins apprécié le qualificatif attribué à un chanteur italien  adoré de Jeanne : je l'ai trouvé  désagréable et complètement décalé par rapport à une ambiance plutôt douce, à ce qu'est intimement le personnage de Jacques, et à ce qui nous a été renvoyé de lui précédemment), c'est dommage de gâcher un si bel ensemble.

L'amour reste un texte à découvrir, pour rencontrer la plume intéressante et fluide de son auteur François Bégaudeau, pour ses transitions remarquables, pour y lire un duo attachant tout simplement ... que j'ai quitté à regret.

 Éditions Folio

Autres avis : Sylire

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

89 pages 

[Nouvelles] À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse ****

Retrouver la plume de Gaëlle Josse c'est comme avoir un rendez-vous avec une bonne copine / un bon copain : je me sens tout de suite chez moi, prête à chouchouter dans un climat bienveillant et respectueux, avec une écriture d'une grande poésie. J'aime retrouver cette écrivaine, dont l'univers me fait un bien fou : j'aime son style, j'aime son écriture, j'aime les endroits dans lesquels elle fait passer son lectorat. Bref, je continue ma découverte de son œuvre et à chaque fois, je suis conquise. Le recueil de nouvelles au titre si explicite et si fabuleux, À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ?, ne déroge pas à cette règle. Tip top !

Gaëlle Josse a conçu son recueil de portraits et d'instantanés de vie avec la contrainte de la nuit, celle qui s'étire, celle qui se prolonge, celle qui est perturbée, celle qui permet les pensées de vagabonder (parfois un peu trop). Il y a dans À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? des récits si courts - 2 à 3 pages souvent - qu'ils se rapprochent de microfictions (si chères à Régis Jauffret). Entre chaque changement de personnage et de cadre, des petits mots de poésie et de respiration de Gaëlle Josse.

À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? : une belle question avec des éléments de réponse avec l'attente d'un père concernant l'appel de sa fille, des retrouvailles sous fond de lutte de classes, l'attente d'une femme pour un absent, le regard absent après les effusions ou après un bloc opératoire qui vire au cauchemar, le voyage plein de promesses, la bague de la discorde, un oreiller cajoleur, le concert de trop, la voyeuse d'amoureux, la maison de famille sans portique, les appels d'un frère...

Gaëlle Josse varie les histoires, les personnages, les regarde évoluer et penser avec respect (pour ses créatures et pour ses lecteurs). Le style reste descriptif sans variation de registres. 

À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? est un recueil de grande qualité, comme le sait faire cette autrice prolifique et innovante. 

Éditions J'ai lu (merci pour cette très belle première de couverture : quelle classe tout de même !) 

De la même autrice : De nos blessures un royaume -  L'ombre de nos nuits   - Le dernier gardien d'Ellis Island - Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordéesUn été à quatre mains - Une femme en contre-jour  -  Une longue impatience 

Et un de plus pour les challenges Petit Bac 2026 d'Enna et Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

et pour le défi En sortir 26 en 2026, défi lancé par Maghily (et logo repris chez Mokamilla) : vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce aux deux liens.

Catégorie Pronom personnel sujet (À quoi songent-ILS ceux que le sommeil fuit ?)

189 pages 

3/26

Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]
 2. Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda [PAL 2025]
 3. À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse [PAL 2025]

[BD] La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu ****

La nuit retrouvée est un joli roman graphique avec des couleurs fantastiques, construit à quatre mains : celles de l'écrivaine Lola Lafon et celles de la dessinatrice Pénélope Bagieu. Avec délicatesse et intelligence, il nous permet de nous immerger dans une famille monoparentale : une femme divorcée et ses trois enfants adultes, réunis le soir de l'anniversaire maternel. Le décor est posé : il y a beaucoup d'amour et de gentilles chamailleries dans ce clan soudé. Cela débute dans la cuisine et cela s'achève au salon entre filles pour de secrètes confessions.

J'ai aimé l'humanité sincère des personnages, ces petites contre-vérités que nous opérons sur nos souvenirs et qui préservent l'image qu'on renvoie aux autres. J'ai aimé la dernière scène qui montre que la transmission a bien eu lieu et qu'une attitude et un enthousiasme non exprimés forcément par des mots la servent aussi. J'ai vraiment apprécié de lire cette histoire qui servira peut-être à des familles de dire, de se connecter. 

 

Si je ne suis pas tant accrochée au trait de crayon de Pénélope Bagieu (surtout concernant le graphisme de ses personnages), je lui reconnais un talent certain de rendre bien vivants ses personnages, de ne pas les falsifier. J'aime aussi sa façon de les colorer : c'est gai, vivant, tonique et joyeux. J'ai apprécié les cadres et les atmosphères (celle du passé, celle du présent), j'ai trouvé des images et des ambiances chaleureuses et réussies.

Le scénario de La nuit retrouvée est commun et donc universel : je pense qu'on peut tous se retrouver dans une situation comparable, où une confidence maternelle permet aussi de comprendre un moment de l'enfance et envisager un autre avenir, de comprendre la complicité mesurée entre une mère et sa fille, une forme de retenue et de pudeur. Une vraie réussite très agréable à lire.

Éditions Gallimard BD 

Autres avis : Gambadou,  

Ma première participation au défi En sortir 26 en 2026 du défi lancé par Maghily. Logo repris chez Mokamilla [Vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce à ces deux liens.]

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 Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]

 

Un, deux, trois... - Agatha Christie ****

Agatha Christie est une romancière géniale qui a réussi à construire une œuvre littéraire complètement adaptable à la réalisation filmée. En refusant de décrire plus qu'il n'en faut, elle ne prend aucun risque à  divulgâcher des éléments compromettant le secret et de révéler l'identité du, de la ou des coupables, elle assure aussi l'entière liberté aux réalisateurs et réalisatrices de recréer une atmosphère, de poser les transitions. Bref je comprends pourquoi son œuvre immense est à ce point populaire. Parce que son écriture classe est accessible, parce que son univers ouvert a permis aussi la filmographie de ses œuvres en divers formats (films, séries, épisodes) et sa nécessaire complémentarité avec ses écrits, avec parfois un brin de modernité qui n'aurait pas tant déplu à l'autrice, parce que les vilaines pratiques (cupidité, irrespect, présomption, abus de pouvoir, etc.) restent malheureusement indémodables. 

Et il semble que chaque livre soit un challenge pour Agatha Christie. Tantôt elle place la narration par une femme témoin secondaire (ici), dans Un, deux, trois... elle construit son intrigue autour d'une contrainte : celle d'une comptine. Chaque sous-partie a pour entrée une phrase de ladite comptine.


Dans Un, deux, trois..., vous apprendrez le fameux tour de la carte forcée, terriblement efficace dans cette histoire, vous verrez aussi qu'un crime peut en cacher un autre. Mais je n'en dis pas plus. 

J'ai apprécié cette lecture car j'ai trouvé l'histoire plus complète que Meurtre en Mésopotamie. J'ai visualisé les personnages (je les ai retenus sans trop de difficultés), j'ai aimé les controverses politiques et les éclairages des différents protagonistes, j'ai aimé qu'Agatha mette le doute à son héros récurrent un brin arrogant. Et là pour le coup, Hercule Poirot doute, il doute beaucoup et ce n'est pas dans ses habitudes. On sent la lutte des classes, on sent les mouvements et les réseaux. J'ai apprécié les différentes options et comme toujours avec Agatha, toute phrase est utile, tout détail sert l'intrigue (un bas, une boucle de chaussure, des coïncidences plus que fortuites, une phrase, un nom malencontreux.). Le pas de bol pour le/la/les criminel.le.s, c'est qu'Hercule Poirot a été présent ce matin-là chez son dentiste et qu'il enquête ! D'ailleurs, on essaie de se jouer de lui et forcément le retour du bâton dans les roues vaut son pesant de cacahuètes. À lire pour passer un bon moment. 

Éditions le Club des masques

Exemplaire issu d'une boîte à livres.

Première participation pour les challenges Un hiver polar d'Alexandra et Petit Bac 2026 d'Enna.

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline

Petite dédicace de remerciement à Keisha pour le rappel du challenge d'Alexandra !  

Catégorie Musique (1 2 3 est un titre de chanson, celle d'Amel Bent et d'Hatik, repérée ici et
190 pages 

[BD] Musée - Chabouté ****

C'est fou d'imaginer une telle vie nocturne dans un musée parisien comme le fabuleux musée d'Orsay. C'est fou et c'est qu'a fait le sieur Chabouté dans le très bel opus Musée si joliment nommé ! 

Alors oui, le musée vit la nuit et il s'en passe des choses : des querelles à n'en plus finir, des tests d'un espace usager bien énigmatique, des moments pour se raconter la journée, des retrouvailles touchantes le temps de quelques heures, une quête du regard de nuit comme de jour, des gossips aussi... Et puis, il y a le jour, avec les visiteurs et leur pratique toute personnelle d'observer l'art, leur étonnement, leur surprise, leur rejet, leur questionnement. Il y a parfois des détails de cadre qui préoccupent davantage que l’œuvre cernée. Tout ce microcosme foisonnant de jour comme de nuit fait de ce musée une mosaïque humaine et artistique.

Clairement quand on referme ce livre, on a surtout envie de découvrir ou de retourner voir le musée d'Orsay qui vaut pour son cadre d'exposition et bien entendu, pour la richesse des œuvres qu'il expose : je ne suis pas objective, j'adore ce musée (sa collection fantastique de toiles impressionnistes, les autres œuvres, son horloge, ...), j'aime y déambuler et l'imaginer avant lors de son autre usage (dédié aux transports). 

Chabouté a su sublimer ce lieu, le raconter et décrire son appropriation par la foule curieuse de visiteurs, et nous propose une immersion toute douce en noir et blanc. Il ne s'essaie pas à la copie, il suggère et met en mouvement. C'est bien et intéressant.

Je dois cette lecture grâce à l'avis d'Enna : merci, Enna

Éditions Vents d'Ouest

Autres avis : Enna, Violette, 

Du même auteur : Construire un feuFables amères - De tout petits riens - Pleine lune - Plus loin qu'ailleursQuelques jours d'été - Terre-Neuvas - Tout seul - Un peu de bois et d'acier  

Et ma participation (catégorie SPORT/LOISIR: MUSÉE) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna


Tant mieux - Amélie Nothomb ****

J'ai apprécié de lire Tant mieux, le dernier roman d'Amélie Nothomb et j'ai apprécié de le lire sans saisir le contexte d'écriture (et pourtant, ce n'est pas faute de la part de l'autrice de ne rien cacher de sa genèse, au nombre d'interviews effectuées lors de la promotion de ce nouvel opus.). J'ai apprécié de découvrir cette histoire riche et nourrie, cohérente dans son ensemble. J'ai trouvé les personnages creusés, j'ai apprécié les ambivalences et les secrets, les double vies et les non-dits. J'ai apprécié aussi de ne pas aimer tous ces personnages décrits, de ne pas être attendrie (et qui pourrait l'être face à certaines monstruosités ?). Parce qu'Amélie Nothomb nous montre déjà un problème initial de taille : celle d'une mère qui laisse une jeune enfant (4 ans) en garde estivale à sa propre mère non reconnue pour son talent de bienfaitrice et mère aimante. Et déjà ce nœud sert à la fois d'entrée et d'introduction dans un univers malsain. J'ai apprécié le travail scénaristique de l'autrice pour aborder toutes les facettes de ses personnages essentiellement féminins, pour raconter une histoire dans l'intimité d'une famille meurtrie et délétère, sous fond d'une guerre qui a détruit les âmes sur les champs de bataille et dans la cité. En fermant Tant mieux, je n'ai qu'un regret : le choix d'Amélie Nothomb d'avoir édulcoré la relation de couple Astrid-Donatien. Avec Tant mieux, je ne regarde plus les cuillères en bois comme simples ustensiles de cuisine.

 

Grâce à Tant mieux, on comprend mieux l’œuvre globale d'Amélie Nothomb, son attirance (attraction) à parler du morbide et de monstres, à les créer et à les analyser, sa fascination et sa répulsion face à la nourriture (son manque d'équilibre aussi). Certains traumas à défaut de réparations sont supportés à force de thérapies et de médicaments, plus ou moins bien, plus ou moins mal ; d'autres sont supportés et deviennent résilients à travers la création artistique qui peut prendre différentes formes (littéraire, picturale, cinématographique etc.) Amélie Nothomb a fait le choix de psychanalyser son essence et ses troubles familiaux par la création littéraire, par son effervescente production : qu'elle continue !

Éditions Albin Michel. 

De la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats - Le livre des soeursRiquet à la houppe Soif -  

[Nouvelles] À nos vies imparfaites - Véronique Ovaldé ****

Dans le recueil de nouvelles À nos vies imparfaites, Véronique Ovaldé explore un florilège de personnages (et de personnalités) toutes liées les unes aux autres, chacune ayant le droit un moment à un éclairage. Le scénario est construit de façon cohérente, l'autrice n'hésite pas à commenter et à intervenir, les histoires s'entremêlent. C'est bien écrit et agréable à lire. On y rencontre le musicien Auguste malchanceux et heureux, la besogneuse Eva Coppa qui assure le rôle de mère célibataire et navigue entre mensonges par omission et sincérité, une Marguerite qui s'affirme et fait bouger les lignes, une Rachel déterminée à se défendre du futur, un Baron naïf à dodo idolâtre, un Hermann horloger au talent frustré et qui s'exprime au mauvais moment, un Lazlo perfide, deux ados à l'amitié abîmée par un casting, un anniversaire qui sauve et qui meurtrit. 

Il y a une vraie intelligence du récit, dans la capacité à faire rebondir les histoires, à les prolonger de façon subtile par un détail disséminé là ou là. D'une galerie de portraits, Véronique Ovaldé a tissé un recueil de nouvelles cohérent, chaque nouvelle portant une âme, un univers. À nos vies imparfaites offre une lecture vraiment intéressante et rafraichissante. Bien, bien, bien.

 Prix Goncourt de la nouvelle 2024.

Éditions J'ai lu

De la même autrice (romans) : Ce que je sais de Vera Candida, Des vies d'oiseaux, La grâce des brigands

Et ma participation (catégorie LETTRE ISOLÉE :   À nos vies imparfaites) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna


 

Le café où vivent les souvenirs - Toshikazu Kawaguchi ****

Contre toute attente, je suis revenue sur ma décision d'arrêter de lire la série des Cafés de Toshikazu Kawaguchi. Si j'avais apprécié l'idée principale (celle de revenir dans le passé  ou d'aller dans le futur sans rien modifier quoi que ce soit) - je l'apprécie toujours-, j'avais été un peu moins enthousiaste concernant le tome 2 : une forme d'usure, une difficulté à repérer les personnages. Pourtant c'est pas faute d'inventivité de la part de l'auteur : à chaque tome, Toshikazu Kawaguchi propose un nouveau petit truc.

 

J'ai volontairement choisi le tome 3 pour les vacances estivales, parce que je sais qu'en ce moment j'entame des lectures pas gaies gaies et qu'un peu de bienveillance littéraire ne fait jamais de mal à personne. Et contre toute attente, j'ai bien fait et j'ai nettement mieux apprécié ce tome 3, et ce n'était pas gagné d'avance. Comme quoi, se remettre en question a parfois du bon (enfin me concernant, a souvent du bon !).

Dans Le café où vivent les souvenirs, on retrouve un nouveau café le Dona Dona, une nouvelle team avec des intervenants historiques : Nagare, sa soeur Kazu, Sachi la fille de Kazu, Reiji le serveur qui se rêve comique et Nanako son amie d'enfance, Saki la psychiatre, et puis la grande absente bien présente à distance Yukari,la mère de Nagare et de Kazu et propriétaire du café Dona Dona. Yukari qui justement en raison d'une absence plus ou moins longue, a demandé à son fils de la remplacer. 

Je crois que ce qui est vraiment réussi dans ce tome par rapport aux deux précédents est la force des histoires individuelles, la proximité de toutes ces individualités et le fait de leurs interactions permanentes. J'ai aussi apprécié la volonté de l'auteur de rappeler régulièrement le statut des personnages et les règles, il a également diminué le nombre d'intervenants permettant d'approfondir les caractères et de leur donner davantage d'amplitude. Chaque chronique se suffit à elle-même mais est bien inscrite dans un script cohérent. Contrairement aux deux autres tomes, je me suis attachée aux personnages et j'ai aussi à la fois ri et pleuré : bref, j'ai éprouvé de l'empathie et c'est un très bon signe. Et ce que j'ai trouvé de moins bien réussi dans le second tome (le passage du passé et du futur) est là parfaitement maîtrisé. On pourra peut-être résumer Le café où vivent les souvenirs comme un tome larmoyant : il rappelle la nostalgie d'évoquer le passé, mais donne une forme aussi de réconciliation à soi-même et aux autres. 

Éditions Le livre de Poche 

 Tant que le café est encore chaud (tome 1)

 Le café du temps retrouvé (tome 2)

Assise, debout, couchée ! - Ovidie ****

Dans cet essai intitulé Assise, debout, couchée !, l'artiste multifacette Ovidie expose son amour pour les chiens, et profite pour présenter les similitudes sociétales de traitement et de considération des femmes et des animaux.

 

L'écrit est instruit, documenté et étayé de références (bibliographiques, journalistiques, de recherche, parfois télévisuelles) et présente la pensée de l'autrice avec plus ou moins de nuances, avec plus ou moins d'excès (son féminisme est affiché, il est souvent bienvenu d'ailleurs ; après je n'ai pas adhéré à tout ce qui est énoncé, même si j'ai apprécié l'authenticité, l'humour et le discours sérieux.). 

Assise, debout, couchée ! est surtout agréable à lire, grâce à la plume efficace d'Ovidie qui rend son propos accessible à tous et à toutes. L'essai est bien construit avec un rythme narratif intéressant alternant la présentation de chaque chien qui a compté, les anecdotes et les réflexions sur les conditions canines et féminines. J'ai lu avec plaisir, j'ai appris. J'ai aussi ri avec l'introduction d'Alaska, l'arrivée de Freyja et de Brünnhilde, j'ai pleuré Raziel et Mabrouck. Voilà, Assise, debout, couchée ! est un condensé d'une vie de rencontres animales, humaines et artistiques, de réflexions sur le monde qui nous entoure et de ses représentations, d'une génération tout simplement.  Vraiment intéressant.

Éditions Points 

 autres avis : Cathulu, Hilde,  

[Théâtre] Cendrillon - Joël Pommerat ****

Après avoir vu la pièce il y a fort longtemps (mais quel souvenir, quel souvenir !) et avoir chroniqué cet instant magique de théâtre ici même, je découvre le texte de cette masterpièce de théâtre grâce à Enna

Et c'est là que je me rends compte d'une chose : lire une pièce de théâtre et la voir incarnée au théâtre sont bien deux fabriques d'émotion différentes (bon, là j'ai aussi conscience d'enfoncer une porte déjà grand ouverte !). Et je me sens très chanceuse d'avoir pu les approcher.


Que dire de cette pièce géniale que je n'ai pas déjà dit. D'abord je comprends mieux les vociférations de la comédienne incarnant la belle-mère, future femme du père de la toute petite fille (Sandra, dite Cendrier, et accessoirement notre Cendrillon) dans la pièce de théâtre vue, parce qu'on peut dire que ce personnage ne cesse d'aboyer sur tout le monde qui n'est pas elle. Sa communication et son attitude sont violentes, grossières et vulgaires (oui, elle cumule.). Bref un personnage qui collectionne tout le pire complété du fait que le père de la toute petite fille se laisse mener par le bout du nez, sans réagir à part fumer en cachette : et cela reste un mystère pour moi, ce défaut de courage ! Ensuite j'ai retrouvé l'ambiance de la composition théâtrale et j'ai aimé lire l'œuvre originelle parce que je me suis fait mon propre film. 

Alors oui, cette redécouverte du texte est une belle surprise complémentaire de la représentation théâtrale. Parce qu'on y trouve une petite héroïne très chouette, à la fois trop naïve pour supporter tout ce qu'on lui demande de faire, et très futée sur les choses de la vie (quand elle a elle-même cheminé). J'ai aimé voir la faiblesse du prince, l'enthousiasme du roi, la douce folie de la fée (dont les pouvoirs ont faibli avec son grand âge). J'ai apprécié de lire la présence discrète quoique bête de Soeur la Grande et de Soeur la Petite. J'avais oublié l'absence d'identité de ces diverses personnalités définies uniquement par leur statut familial. Et oui, la pièce de théâtre actée a réservé l'équilibre attendu entre la belle-mère et la toute petite fille. Comme lors du spectacle j'ai vraiment apprécié la déconstruction et la revisite du conte de Charles Perrault par Joël Pommerat en gardant tous les éléments et en les associant à d'autres moments, d'autres personnages : la chaussure, la robe (de la mère), les travaux ménagers, les vitres. La chaussure et la robe deviennent alors des objets transitionnels pour rencontrer l'inconnu.e et se défaire d'habitudes liées à une absence non assumée. C'est moderne et réussi. Lire Cendrillon est vraiment accessible par le lexique moderne employé, compréhensible par tous : le langage et le discours emploient des tournures actuelles, non pompeuses. C'est aussi ce qui rend cette œuvre populaire, aussi intelligible dans sa construction qu'accessible dans son discours : elle y parle de deuil et de réserve mais aussi de tyrannie domestique et de harcèlement, elle y montre la violence et le jeu de pouvoir, comme dans le conte originel. Bref, du bel art (écrit et scénographique).

Éditions Babel

Emprunté à la bibliothèque

Merci Enna pour cette LC et pour ton excellent avis sur cette oeuvre !

et mon article sur Cendrillon de Joël Pommerat versus représentation théâtrale !

Et ma participation (catégorie Personnes célèbres : CENDRILLON) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

Nuits de noces - Violaine Bérot ****

Nuits de noces raconte le coup de foudre et l'amour d'une femme pour un prêtre, la passion et la résilience.


Avec délicatesse à l'égard de ces personnages principaux ordinaires peu communs pour nous et pour l'autrice, Violaine Bérot a choisi la forme de la prose pour dire en peu de mots l'essentiel, pour raconter la détermination de cette liaison impossible et l'attente longue. Voilà, elle y arrive avec brio. 

Nuits de noces est un livre court (90 pages) et parle de vies hors des convenances, de vies qui défient des règles de normalité religieuse sans enfreindre la loi laïque. Un itinéraire semé d'embûches, un itinéraire incertain. J'ai apprécié la pudeur de Violaine Bérot à raconter le rapprochement, de lire la volonté et l'attente de six ans plus une année, d'y lire un amour attendu et absolu. Avec parcimonie, l'autrice distille des secrets d'enfance au travers des comparaisons entre la brutalité d'un père et l'infinie patience d'un autre. Nuits de noces vaut pour l'écriture ciselée, raide et précise, suivant la narration : impatiente dans l'attente, kaléidoscopique dans le descriptif de déroulement d'une vie. 

Intéressant, très intéressant.

page 27 :

M'en aller vivre très loin
ne plus risquer de le croiser
d'entendre parler de lui
ne plus le savoir
à petite distance
m'écarter de lui
m'arracher de lui.

Disparaître.

Lui
manquer.

Éditions La Contre Allée.

Emprunté à la bibliothèque

GPS - Lucie Rico ****

GPS est une histoire étrange, qui sort de l'ordinaire tout en restant complètement contemporaine, à mi-chemin entre le fantastique et la déraison. Le scénario est intelligemment mené : j'ai apprécié les positions GPS comme convocations de souvenirs, j'ai trouvé l'idée du tour de piste intéressante, j'ai aimé ces allers-retours entre passé et présent, cette reconstruction et puis cet abandon. Je suis sortie de cette histoire émue par cette splendide amitié, et plus j'y pense et plus je me dis que cette intrigue est plus forte qu'elle n'y paraît, parce qu'il y a deux héroïnes : Ariane qui se cherche et cherche (le fil pour retrouver sa copine) et Sandrine (la copine qui disparaît le lendemain de ses fiançailles) et puis il y a un personnage supplémentaire (celui qui tutoie, celui qui dicte la conduite), un observateur qui maîtrise la pensée d'Ariane, qui connaît bien ses réactions en tout cas. 

 

Lucie Rico dresse une intrigue passionnante et ouverte. Si le processus du tutoiement a toute sa place dans l'intrigue et se justifie, il m'a dérangée dans ma capacité à incarner Ariane dans ma lecture, il a posé une distance (parce que j'ai ressenti chaque tutoiement comme une forme d'injonction des faits et gestes... même si, je me répète, ce tutoiement est à la fois cohérent et d'une certaine façon, indispensable pour envisager un processus de dissociation). 

En tout cas, Lucie Rico ne trahit à aucun moment la ligne qu'elle s'est fixée : on sent bien dès le départ la fragilité d'Ariane (sa dépression, une vie professionnelle en berne, une relation amoureuse qui manque de peps et de douceur), sa distance vis-à-vis de Sandrine (malgré leurs souvenirs nombreux communs, leur passé et leurs expériences de vie) et puis on déroule le passé, le présent, la quête du point lumineux qui bouge, représentant le lien entre elles deux. Tout est construit, nourri et intelligent.

Une belle lecture, pas gaie mais belle et efficace, avec un arbre et une empreinte comme références, avec un "plouf" qui fait basculer la sérénité et la reconstruction. J'ai beaucoup aimé.

Éditions Folio

Et ma participation (catégorie OBJET : GPS) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna