L'heure zéro est un excellent Agatha Christie, j'entends par là que je n'ai pas grand chose à lui reprocher, j'ai pris un réel plaisir à lire cette histoire, à faire des pronostics et à me planter (comme toujours... Je ne serai jamais une Miss Marple ou une Herculine Poirot : les héros récurrents d'Agatha Christie ont un sens de l'observation et une mémoire que je n'ai pas.). Un conseil : lisez attentivement L'heure zéro pour trouver avant la fin. C'est le genre d'histoire qui mérite d'être lue deux fois (une première fois pour le plaisir, une seconde fois pour repérer tous les indices qu'a gentillement disséminés Agatha pour aider son lectorat et je peux vous dire qu'elle en a écrits). Telle une lapalissade, l'histoire commence de la première page à la dernière page, comme le discours de l'écrivaine le prétend (un meurtre prémédité prend parfois racine dans un passé lointain et tous les éléments convergent vers une vérité - et pas forcément la vérité-).
J'ai trouvé le scénario béton avec une construction d'une grande intelligence, et j'ai apprécié le renouvellement de cette immense écrivaine : Agatha Christie débute L'heure zéro par des tranches de vie qui apparemment ne se correspondent pas mais qui vont servir tôt ou tard à l'intrigue et seront rappelées à bon escient. Toute réflexion, toute attitude de personnage n'est jamais inutile : d'ailleurs dans L'heure zéro, rien n'est superflu, rien n'est à jeter. Tous les détails servent (un ascenseur en panne, un club de golf, une odeur de poisson mort, etc.). Les personnages sont bien cernés et démarqués, certains avec un passé trouble ou des fragilités tantôt apparentes, tantôt anciennes, tantôt les deux !
La psychologie des personnages est bien mené, les secrets sont partiellement divulgués voire reformulés, ce qui renforce l'intérêt de dépatouiller le vrai du faux. On sent bien que
l'atmosphère générale est pesante (et pourtant, longtemps, il n'y a pas de décès à constater),
tout ce petit monde qui se retrouve en vacances en septembre dans la belle demeure de Lady Tressilian n'est pas totalement jouasse de cohabiter mais le fait bon gré mal gré,
l'idée de son neveu (Neville Strange) de réunir sa première épouse (Audrey) dont il est divorcé et sa seconde épouse (Kay) pour qu'elles deviennent de grandes copines le temps d'un séjour de quinze jours n'est pas l'idée du siècle, tout le monde en convient.
Bref, lisez ce roman, il est top !
Éditions du Masque Traduction et adaptation de Michel Le Houbie
Agatha Christie est une romancière géniale qui a réussi à construire une œuvre littéraire complètement adaptable à la réalisation filmée. En refusant de décrire plus qu'il n'en faut, elle ne prend aucun risque à divulgâcher des éléments compromettant le secret et de révéler l'identité du, de la ou des coupables, elle assure aussi l'entière liberté aux réalisateurs et réalisatrices de recréer une atmosphère, de poser les transitions. Bref je comprends pourquoi son œuvre immense est à ce point populaire. Parce que son écriture classe est accessible, parce que son univers ouvert a permis aussi la filmographie de ses œuvres en divers formats (films, séries, épisodes) et sa nécessaire complémentarité avec ses écrits, avec parfois un brin de modernité qui n'aurait pas tant déplu à l'autrice, parce que les vilaines pratiques (cupidité, irrespect, présomption, abus de pouvoir, etc.) restent malheureusement indémodables.
Et il semble que chaque livre soit un challenge pour Agatha Christie. Tantôt elle place la narration par une femme témoin secondaire (ici), dans Un, deux, trois... elle construit son intrigue autour d'une contrainte : celle d'une comptine. Chaque sous-partie a pour entrée une phrase de ladite comptine.
Dans Un, deux, trois..., vous apprendrez le fameux tour de la carte forcée, terriblement efficace dans cette histoire, vous verrez aussi qu'un crime peut en cacher un autre. Mais je n'en dis pas plus.
J'ai apprécié cette lecture car j'ai trouvé l'histoire plus complète que Meurtre en Mésopotamie. J'ai visualisé les personnages (je les ai retenus sans trop de difficultés), j'ai aimé les controverses politiques et les éclairages des différents protagonistes, j'ai aimé qu'Agatha mette le doute à son héros récurrent un brin arrogant. Et là pour le coup, Hercule Poirot doute, il doute beaucoup et ce n'est pas dans ses habitudes. On sent la lutte des classes, on sent les mouvements et les réseaux. J'ai apprécié les différentes options et comme toujours avec Agatha, toute phrase est utile, tout détail sert l'intrigue (un bas, une boucle de chaussure, des coïncidences plus que fortuites, une phrase, un nom malencontreux.). Le pas de bol pour le/la/les criminel.le.s, c'est qu'Hercule Poirot a été présent ce matin-là chez son dentiste et qu'il enquête ! D'ailleurs, on essaie de se jouer de lui et forcément le retour du bâton dans les roues vaut son pesant de cacahuètes. À lire pour passer un bon moment.
J'ai lu Meurtre en Mésopotamie pour reprendre contact avec Miss Agatha tout en répondant au défi d'Enna du Petit Bac 2025. Dernier thème à aborder pour clore ma première et dernière ligne (oui je sais, je n'ai jamais été précoce.) et quoi de mieux que la reine du roman policier pour clore ce beau défi de l'année !
On retrouve notre Hercule Poirot aussi astucieux que fier de ses
trouvailles et de ses conclusions, de son esprit vif de fin observateur
de l'âme humaine. Dans Meurtre en Mésopotamie, notre très cher
detective belge se prend d'affection pour une nurse engagée tout
récemment par un archéologue inquiet de la santé de sa femme.
Notre nurse très sensible au moindre détail et attachée à répondre à ses
engagements n'aura que peu de temps à s'attacher à sa patiente qui
décède assassinée peu de temps après l'arrivée de sa soignante. L'enjeu
de ce huis-clos va être de défaire les fausses déclarations, les vrais
ressentiments et comprendre en quoi la victime ne laissait absolument
personne indifférent.
J'avais oublié que Miss Agatha aimait autant les personnages, j'avais oublié que ses intrigues regorgeaient autant de rôles secondaires, et que se souvenir de chacun d'eux nécessitait une bonne attention et une patience que je n'ai pas eues pour cette histoire. Bizarrement, Meurtre en Mésopotamie ne m'a pas super convaincue. Ce n'est pas le style d'écriture : la plume d'Agatha est toujours précise et riche lexicalement. C'est peut-être le rythme et les bavardages qui ne m'ont pas enthousiasmée. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue même dans les scènes : j'ai eu un mal fou à visualiser celles de crime, à imaginer les actions stratégiques, à visualiser les lieux (et pourtant ce n'est pas faute d'avoir un plan de la maisonnée). Je crois que j'aurais bien voulu des descriptions (lieux, scènes, actions) et un peu moins de psychanalyse. Et surtout, je n'ai pas cru au scénario (parce que quoiqu'on en dise, si l'esprit peut oublier des moments de vie et de proximité, le corps lui se souvient souvent.). Bref j'étais à la fois contente de découvrir Meurtre en Mésopotamie et un peu déçue du traitement. C'est un peu ballot tout de même !
Éditons Le Masque
Belle traduction de Louis Postif
Exemplaire issu d'une boîte à livres.
Et ma participation (catégorie CRIME : MEURTRE en Mésopotamie) pour ma ligne duPetit Bac 2025 d'Enna
Duchess est une héroïne lumineuse malgré la poisse qu'elle porte en elle. Parce qu'on ne peut pas dire que la vie l'épargne : un géniteur inconnu, une mère qui sombre, une famille qu'elle porte à bout de bras malgré son jeune âge. À peine ado et déjà en charge de son frangin, le superbe Robin, plein de vie et d'envie d'un quotidien normal, Duchess est une guerrière et a décidé de devenir une hors-la-loi. Autour d'elle, des bienveillants et des gens qui ne lui veulent pas que du bien... Parce que Duchess a l'art de s'attirer les ennuis en en provoquant certains, en en subissant d'autres.
Chris Whitaker nous dépeint une survivante constamment en colère, victime et insolente, qui jure comme elle respire, une herbe qui a grandi trop vite, pris trop tôt des responsabilités de grande (avec une mère déviante), jette les mots de peur de s'attacher. Et pourtant Duchess va en avoir des ange-gardiens, de ceux qui supportent ses jurons et reconnaissent sa fragilité derrière une carapace d'emmerdeuse.
À travers Duchess, Chris Whitaker compose une œuvre magistrale et explore l'Amérique judiciaire et l'Amérique profonde, fait la part belle au Montana, terre d'exil et de ressource(s). Par une intrigue haletante, l'auteur parle de rédemption, de filiation, de harcèlement, de survie, de transaction immobilière, de patience, de discrimination, de dépression infantile et de sombre vengeance. Par une galerie attachante de personnages loyaux et fidèles malgré la violence qu'ils portent en eux - Star la mère de Duchess, Vincent King le briseur de famille, Walk l'ami fidèle, Dolly, Hal, Thomas Noble, Darke, Martha etc. Duchess élargit son horizon et son coeur à défaut d'agrandir son avenir.
Par une plume soigneuse et précise, riche dans ses descriptions à la fois des paysages et des personnages, Chris Whitaker pose une atmosphère de roman noir réussi, à mi-chemin de celui d'amour et de contemplation, d'épopée façon western moderne, du polar carcéral. Duchess est finalement proche deLà où chantent les écrevissesde Delia Owens et deLucy in the Skyde Peter Fromm
Au cours de la lecture, on passe par diverses émotions -rarement le rire, souvent l'inquiétude avec un pincement au cœur final fatal, parce qu'on est triste de quitter Duchess, de quitter son monde pourtant pas si gai, de se dire que tout n'est pas perdu, même si la vraie générosité implique parfois un réel abandon.
Restent des courses longues à vélo qui valent les plus belles déclarations. Touchant et bluffant.
Éditions Sonatine
Traduction de Julie Sibony
Lu dans le cadre d'une Masse critique privilégiée : je remercie les éditions Sonatine et le site Babelio pour cette très belle découverte.
J'ai lu Expiation il y a deux mois et je sais que je resterai traumatisée par ce roman qui m'a scotchée par son excellence, par la maîtrise du récit dont a fait preuve l'auteur, par les trois phases/époques si différentes (et je tairai les natures différentes pour éviter d'en dire trop), par la pirouette finale (habituelle mais si juste, si émouvante), par ses personnages marqués et sujets à de fortes personnalités.
Expiation pourrait s'appeler Rédemption mais Expiation est mieux puisqu'il se réfère à une faute, un méchant mensonge qui aura des conséquences funestes sur un clan familial et en particulier sur un jeune homme au devenir quasi assuré.
Tout est absolument réussi dans ce roman de facture classique : les ambiances d'avant-guerre et de seconde guerre mondiale sont parfaitement décrites. Ian McEwan a su se nourrir de références bibliographiques pour construire un univers cohérent (bourgeoisie de campagne) que n'aurait pas renié Daphné de Maurier.
Tout est parfaitement exploité dans Expiation : l'évolution des personnages (la très sûre et fantasque Briony, Cécile son adulte de sœur éprise de liberté et de désirs, Robbie le futur médecin pour qui l'ascension sociale a un sens), la description d'un petit monde aisé empli de codes et capable de légitimer les attitudes les plus nauséabondes par convention, par conviction ou par faiblesse (et parfois les trois en même temps), l'explosion de la société en temps de guerre (les héros et ceux qui fuient), l'histoire dans l'Histoire ou ce qu'il en reste.
Alors oui, il va s'agir de réparer avant qu'il ne soit trop tard. Et c'est toute la question de ce roman : si la loi autorise de revenir sur une parole, l'existence -elle- si évolutive et sensible aux choix (souvent contraints de chacun et de chacune) permet difficilement un effacement de ce qui a eu lieu par un remplacement de ce qui aurait pu avoir lieu.
J'ai tout aimé dans ce roman, j'ai été émue de découvrir la sincérité de tous ces personnages (la mère malade, le père absent, les filles en dispute, le frère qui ne voit pas mais juge quand même), l'injustice inonde l'intrigue, chaque destinée va se centrer sur la réparation (de la société, des corps et des âmes, et avant tout de son âme propre).
J'ai apprécié la capacité littéraire d'Ian McEwan à décrire les temps de guerre, les chemins d'exil en France, les bombardements, les souffrances en Angleterre : les descriptions si justes m'ont profondément bouleversée, j'ai tout visualisé. La prose est splendide et s'inscrit dans le mouvement romanesque britannique (Jane Austen, Daphné de Maurier, Charlotte Brontë, plus récemment Graham Swift avec Le dimanche des mères), où les humeurs sociales sont disséquées à la loupe et induisent les comportements.
Expiation est un roman magistral, tout simplement, un futur classique de notre époque aussi !
J'ai été tentée par la lecture d'Une machine comme moi grâce à plusieurs avis (dont ceux de Kathel et de Keisha) parce que ce récit fait partie du registre du fantastique, parce qu'il parle d'Alan Turing,mathématicien anglais, cryptologue et premier informaticien, parce que j'avais été scotchée par le sublime Expiation (lu et pas pour l'instant chroniqué, mais cela viendra en son temps).
J'ai lu Une machine comme moi de Ian McEwan en même temps que Le discours de Fabrice Caro, deux lectures complémentaires et agréables. L'une sans l'autre, la lecture de chacune des œuvres aurait été plus fade.
Charlie est un trader en ligne, sans grand talent et toujours attiré par les nouvelles technologies. Pour cette raison, il acquiert un " Adam ", humanoïde beau de sa personne, doté d'une intelligence, percutant et efficace, qui accessoirement par son charme pourrait faire de l'ombre à "son maître" auprès de Miranda, la charmante mais néanmoins intrigante voisine.
Une machine comme moi démarre comme un Jules et Jim, mais s'en affranchit assez vite. Au cours de ma lecture, j'ai eu le sentiment que l'auteur avait envisagé/abordé/franchi plusieurs chemins : parler d'intelligence artificielle et des éléments éthiques posés, discuter de la vie intime d'Alan Turing, faire vivre un trio amoureux, glisser une enquête policière avec une une héroïne -Miranda- emplie de mystère(s), parler de l'enfance malheureuse avec Mark, raconter l'Angleterre politique, sociétal et social des années 80, rédiger un écrit uchronique mêlé à du fantastique.
Ian McEwan incrémente plein de petits détails, met un focus un moment donné sur un des chemins comme s'il se promenait dans une pièce obscure dont il éclairait un temps donné chaque recoin avec une lampe torche. Au final, c'est plaisant, cela donne une impression de patchwork mais aussi cela diffuse une dispersion : rien ne m'a vraiment attendrie dans cette histoire.
J'ai bien sûr admiré la qualité narrative de Ian McEwan, sa capacité à agencer les pièces du puzzle mais au final, le sentiment qui prédomine chez moi est l'ennui et surtout mon incapacité à m'attacher aux personnages : aucun.e ne m'a attiré.e, tous naviguent un peu comme des consommateurs, il m'a manqué leur humanité. Pourtant ils sont loin d'être parfaits. Ce détachement est peut-être voulu par l'auteur, peut-être uniquement de mon fait mais contrairement à Expiation où j'ai vibré de la première à la dernière page, où j'ai volontairement éternisé la lecture (quand je m'attache, je quitte difficilement. Mon cher et tendre de longue date est prévenu !), je dois reconnaitre que j'ai beaucoup peiné avec Une machine comme moi.
J'ai aussi eu l'impression (et là encore peut-être à tort) d'un manque de bibliographie : autant Expiation a un univers et une prose nourris de références, Une machine comme moi présente tous ces éléments comme survolés et c'est peut-être bien là où réside le problème, enfin mon problème (!) d'appropriation de cette œuvre : à trop vouloir tout aborder sans approfondir, Ian McEwan laisse un ensemble bien écrit mais allégé : Turing, réduit à son homosexualité, est "utile" pour donner une sorte de jalon scientifique mais n'est pas exploité comme protagoniste et ses apparitions apportent finalement peu à l'histoire ; Mark intervient pour le côté filiation/paternité mais est vite oublié puis ramené comme un objet qu'on jette et qu'on récupère ; Adam bascule un peu dans les oubliettes au cours de lecture et est réanimé en toute fin de livre pour un petit retournement de situation ; même les thèmes comme l'éthique ou la culpabilité auraient pu avoir une exploitation plus fouillée.
En gros, si j'avais à résumer ce que je pense de la construction de Une machine comme moi, j'ai eu le sentiment que l'auteur a écrit son roman sans vraiment avoir en tête un scénario (d'où l'explosion de thématiques, d'éclairages) -ou alors avait uniquement une esquisse de squelette-, scénario qu'il a dessiné au fur et à mesure de sa rédaction. Comme Ian McEwan est relativement logique, le tout se tient et est assez cohérent mais forme un ensemble littéraire qui manque de consistance, selon moi. Du coup, son discours sur la suprématie des machines et leur capacité à terme à suivre un comportement humain perd en aura. D'où mon ennui et mon recours à une seconde lecture en parallèle.
À la mode d'Alex : l'image que je retiens est la rencontre brève d'un Adam et d'une Eve dans un parc... le moment assurément le plus touchant !
Je dois cette lecture à deux blogocopains fidèles parmi les fidèles (Géronimo et Mindounet) dont les chroniques que je n'ai pas oubliées m'ont bien motivée à ouvrir Ma cousine Rachel. De Daphné du Maurier, j'ai lu, adoré et non chroniqué Rebecca l'été dernier. J'ai voulu poursuivre avec Ma cousine Rachel : j'ai bien fait !
Philip Ashley, orphelin de parents dès ses trois ans, est élevé par son cousin germain, Ambroise, de vingt ans son aîné. N'éprouvant pas l'envie de présence féminine dans son manoir (la dernière en date -celle de la nourrice à la main leste de Philip, a définitivement convaincu Ambroise du "point de femmes, moins de drames"), Philip a été élevé avec beaucoup d'hommes autour de lui (son cousin-mentor-père adoptif - Ambroise donc-, son parrain et tuteur Nick Kendall, les hommes de main d'Ambroise dont le fameux Seecombe etc) est maintenant un jeune homme de vingt-quatre ans et quelques mois (à l'aube de sa majorité), adulte accompli mais complètement à la ramasse à propos du sentiment amoureux. Et c'est à l'occasion d'une cure hivernale d'Ambroise en Italie que le destin des deux hommes sera scellé, à jamais.
Ma cousine Rachel offre un huis clos d'anthologie, une confrontation de points de vue, de caractères entre Philip et donc Rachel, cousine d'une branche secondaire et désargentée de la famille, un duel psychologique. Daphné du Maurier, reine du suspense et du roman noir, se surpasse à nous faire détester cette belle intrigante, versatile à la personnalité très complexe, oscillant entre les rires, le charme, la raillerie, les petites mesquineries et une forte dose de manipulation. Puis à nous faire douter dans les dernières pages, même si je suis convaincue que Miss Rachel est une redoutable stratège qui a pensé à tout, aidée par son ami de longue date.
C'est d'ailleurs toute la réussite de ce livre : poser un cadre et une ambiance de folie, faire évoluer les personnages, se gausser de leurs mimiques et de leurs techniques de séduction, décrire la société de l'époque, fignoler les dialogues et les joutes verbales entre Rachel et Philip et surtout laisser dans la panade ou perplexe le lecteur à la fin du roman avec cette question Who's that girl ? (pour rependre Madonna). Tout cela est donc mené de main de maître par Madame Du Maurier : aucun détail n'est laissé au hasard, chaque lettre a son importance, chaque anecdote pèse.
D'Ambroise et de Philip, on s'étonne de leur grande naïveté et leur empressement, formes d'immaturité affective à l'égard de la gente féminine ; de Rachel, on la sent en difficulté sur les fractions mathématiques ce qui peut expliquer une gestion de l'argent très fluctuante et peu équilibrée (confirmée par des relevés bancaires alarmistes)
page 124 : "Ce garçon qui possède les trois quarts de son cœur* et le meilleur de lui-même. Quand je n'en possède qu'un tiers et le pire." * : cœur d'Ambroise...
C'est là qu'on se dit que le cœur d'Ambroise a beau être gros, il reste malgré tout unique et non duplicable.
Des trois (Ambroise, Philip et Rachel), on les trouve aussi exaltés les uns que les autres au point d'en perdre la raison, et finalement, dotés d'une grande fragilité et d'une dépendance affective. Il est donc normal qu'ils s'attirent.
En lisant donc Ma cousine Rachel, j'ai eu le sentiment de trouver en Louise Kendall (fille du tuteur de Philip, et amie d'enfance de celui-ci) le même effacement, le même recul, le même équilibre, le même bon sens, la même retenue que Fanny Price, héroïne de Jane Austen dans Mansfield Park.
Enfin, Rachel et Rebecca, deux héroïnes dumaurières partagent la même initiale : je ne suis pas sûre que cela soit dû au hasard : même chevelure noire de jais, même teint pâle, même volubilité en public en s'attirant la sympathie de tous et toutes, même propension à faire enrager l'amouraché, même intelligence redoutable et machiavélique, même destin.
En résumé : Ma cousine Rachel est un classique agréable à lire, puissant dans sa construction et le interprétations diverses qu'il induit, un huis clos inoubliable, un très grand roman. Certains lecteurs peuvent aussi trouver le temps long -comme moi- : je pense sincèrement qu'expurger cinquante pages aurait eu un effet bénéfique, plus vif et moins larmoyant, surtout que l'essentiel a été exprimé. Pour ma part, j'ai préféré Rebecca que j'ai trouvé exceptionnel, très complet en tout point.
When you see her, say a prayer and kiss your heart
goodbye
She's trouble, in a word get closer to the fire
Run faster, her laughter burns you up inside
You're spinning round and round
You can't get up, you try but you can't
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
You try to avoid her, fate is in your hands
She's smiling, an invitation to the dance
Her heart is on the street, tu corazon es suyo
Now you're falling at her feet
You try to get away but you can't
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Light up my life, so blind I can't see
Light up my life, no one can help me now
Run faster, her laughter burns you up inside
He's spinning round and round
You can't get up, you try but you can't
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Light up my life, so blind I can't see
Light up my life, no one can help me now
Who's that girl
Now, who's that girl
Now, who's that girl
Now, who's that girl
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Quien es esa nina, who's that girl
Senorita, mas fina, who's that girl
Dernier roman qui manquait à l'appel, Raison et sentiments achève ma boucle Jane Austen en beauté. Il n'est clairement pas mon préféré mais je lui ai trouvé tellement de qualités littéraires (intrigues variées, complexité des personnages -surtout masculins-, dialogues subtils, petits coups de mon cœur à chaque fois que le duo Elinor-Edward se présentait - c'est moins vrai pour celui formé par Marianne et Willoughby) qu'il mérite ses quatre étoiles. Il est également le moins féminin des œuvres de cette écrivaine britannique majeure et parlera à tout le monde.
Elinor et Marianne Daschwood sont les deux aînées du second mariage de leur père. Malheureusement pour elles, il décède trop tôt avant de leur laisser un pécule suffisant pour envisager un mariage de haute renommée (à l'époque des dots, l'origine sociale des demoiselles était consultée à la loupe : bref, cela ne rigolait pas !). Elles ne peuvent compter que sur la pingrerie de leur frère aîné issu du premier lit paternel aussi rusé que riche (il a su profiter de son union avec l'ex-Miss Ferrars et des largesses et l'héritage d'un oncle gaga de son rejeton) pour s'éclipser de leur lieu d'enfance (Nordland) avec leur mère et leur benjamine vers un état (le Sussex) certes plus rustique mais où les gens ont encore le cœur de les accueillir. Et cela tombe bien, il y a aussi des créatures avenantes, et un peu venimeuses aussi !
Raison et sentiments est un roman complet : il aborde toujours la condition féminine comme Jane Austen aime la traiter, mais cette fois, l'écrivaine décline son œuvre selon deux thèmes : le renoncement (la non-déclaration) et l'honneur tour à tour symbolisés par Edward Ferrars (les deux), John Willoughby (uniquement le premier en bafouant allègrement le second) et le colonel Brandon (les deux). Raison et sentiments doit son rythme haletant par ce trio masculin divers tant par l'âge (une demi-génération sépare Brandon des deux autres) que par le caractère (le sérieux chez Ferrars, la volubilité chez Willoughby, la mélancolie chez Brandon). Mais tous aiment sincèrement l'une ou l'autre des deux héroïnes (Marianne et Elinor).
Le rythme soutenu de l'intrigue est aussi lié à la multiplicité des seconds rôles. Rare une œuvre de Jane Austen est aussi foisonnante de personnages secondaires qui prennent totalement possession des lieux et éclairent l'histoire par leur seule présence et ne servent que rarement de sous-fifres aux cinq précités. On retrouve cette multitude dans Emma ou dans Mansfield Park mais il me semble qu'ici elle est mieux construite, plus naturelle : le couple Dashwood fils et la belle-mère Mrs Ferrars et son nigot de benjamin Robert, le cousin sir John Middleton (et sa femme et sa formidable belle-mère Mrs Jennings), le couple Palmer aussi mal assorti que respectueux, les soeurs Steele (qui m'ont rappelé les demi-sœurs de Cendrillon), etc.
L'unité de lieu reste la triade : Nordland, le Sussex et Londres. L'effort de mémorisation sur les personnages se trouve avantageusement allégé par ces trois endroits explicites, chacun représentant également un temps de l'intrigue : pas d'espaces-temps parallèles ici !
Cette fresque mérite toute l'estime : elle est fraîche, lisible et jamais plombée par des discours pompeux et bavards. Chaque personnage évolue, même le pire. Jane Austen dévoile qu'on peut mourir d'amour, qu'on peut lui survivre aussi. Impressionnant !
Editions Archipoche Traduction très très moyenne par Madame de Montolieu (la présence de certains mots de l'époque) qui choquent maintenant).
Je vous surconseille l'adaptation (diffusée en janvier 2008) de la BBC exceptionnelle !
Jane Austen aurait pu sous-titrer Emma par « De quoi je me mêle ?». Mais c'était un peu moins classieux, du coup elle est restée sur le prénom. D'un côté, rarement une intrigue m'a à ce point énervée par son bavardage ; d'un autre côté, toutes ces commérages s'expliquent dans ce petit monde étriqué de rentiers qui n'ont rien à faire de leurs journées, à part jauger et juger leurs congénères.
Emma Woodhouse, jeune femme de vingt-et-un ans, n'a absolument aucune envie de convoler mais s'arrange pour envisager les noces des autres. Entremetteuse dans l'âme, elle imagine de fausses hymens naissantes, annule de vrais coups de foudre : bref, elle a tout faux ! Son père, vieillissant et totalement sous le charme de sa cadette, ne lui trouve rien à redire. Seul, Mr. Knightley, son beau-frère par alliance, de seize ans son aîné, rectifie sa vanité. Tiens, ce ne serait pas le moment de le marier, celui-là ?
Autant être honnête tout de suite (pour expliquer ma méchante note de ***), j'ai tourné les pages plus vite que l'éclair sur certains passages, en particulier ceux avec le numéro, l'insupportable Mrs E.
Emma est un roman très dialogué, où les conversations alignent plus de mots que d'informations. C'est aussi une comédie de mœurs où Jane Austen s'est amusée à dézinguer la middle class provinciale du paraître.
Son héroïne, du fait de sa posture familiale, ne se permet pas l'émancipation et rêve pour d'autres. Elle s'acoquine toujours avec des personnes de moindre niveau social (Harriet, Jane plus difficilement car la demoiselle est fine), pour garder le soleil sur elle. Et c'est vrai qu'Emma est lumineuse, vive et parfois manque cruellement de savoir-vivre. Tout ce petit monde vit au rythme des alliances officielles (parfois fugaces et imprévisibles : un chagrin d'amour est si vite réglé), d'invitations à déjeuner ou à souper. L'arrivée d'une tierce personne dans le hameau de Hartfield alimente les ragots pendant un mois minimum.
À l'aise, Jane Austen distille dans son intrigue suffisamment de suspense avec ce piano parachuté, avec des secrets d'alcôve. Je l'aurais bien vu précurseur d'Agatha Christie : même acuité sur ses contemporains, même énergie irrésistible à parsemer de mystères de-ci de-là. L'écriture est toujours aussi subtile, l'écrivaine décortique savamment chacune de ses créatures.
Reste enfin le moment de grâce de la déclaration, résumée en une question. C'est souvent comme cela chez cette auteure dont la pudeur interdit l'expansion verbalisée des sentiments : après tous ces longs discours, c'est un peu frustrant, néanmoins respectable !
Éditions Biblioteca
Traduction de Pierre Nordon
emprunté à la bibliothèque
Je suis ravie de partager cette lecture avec Miss Kidae : merci pour cet accompagnement qui m'a drôlement motivée !
Une fois n'est pas coutume, je dévoile trop d'informations dans ce billet concernant Tess d'Urberville de Thomas Hardy : mon ressenti sur cette œuvre particulière, magistrale et grandiose, ne décolle pas de l'intrigue. Alors si vous souhaitez passer votre chemin et découvrir d'autres avis plus documentés et qui préservent les secrets, je vous conseille d'aller fureter du côté de chez Shelbylee ou de chez Natacha qui m'ont accompagnée pendant cette lecture commune et ont accepté mon retard de publication de deux jours !
Thérèse Durbeyfield, dite Tess, apprend par son père crédule et sensible à la généalogie flatteuse qu'ils proviennent d'une branche aristocratique (les D'Urberville) et que leur patronyme a subi quelque modification orthographique au gré des années. Suite à une coquinerie malencontreuse du destin, la jeune fille va se raccorder à l'autre branche plus fortunée, et même d'un peu trop près.
Thomas Hardy aurait pu sous-titrer Tess d'Urberville, La Mal-aimée (il a choisi Une femme pure, aimée trop tard) car rares sont les intrigues où la si belle et si pure héroïne puisse autant souffrir de la présence de deux nigauds à ses côtés : le premier, bellâtre malotru et immoral, envisage sa jouissance personnelle avant toute chose, confond foi et prosélytisme ; le second, plus subtil et très illogique, discourt plus qu'il n'agit, place la pureté virginale au-dessus de l'homicide, n'envisage aucune réparation de faute. Entre eux deux, Tess, qu'ils ne méritent pas.
Il y a une profonde intelligence de la part de l'auteur qui déroute son lectorat en jouant avec le Destin, en le fourvoyant avec des espoirs impossibles (il faudrait du cran pour surmonter tout cela et aucun des deux mâles en présence n'en a). Même, la fin tant décriée par certains critiques de l'époque, reste d'une logique implacable : Thomas Hardy plonge son roman dans l'amoralité, et Tess avec (pour qu'il y ait enfin consensus entre les protagonistes). Parce que la pureté doit se salir afin de rejoindre la communauté des mortels.
Tess d'Urberville est un roman profondément féministe, à l'honneur de celles qui résistent et serrent les dents, de celles qui subissent et assument l'infamie à la place de leur(s) lâche(s) compagnon(s) qui se carapate(nt) à la moindre occasion, très loin, le plus loin possible. Et l'époque n'est pas la seule responsable. Bien des hommes ont assumé l'injure, ont milité pour la cause féminine mais vous n'en trouverez pas dans ce roman-ci, où du moins lors de quelques moments pacificateurs. J'ai juste regretté que l'auteur « chargeait parfois un peu trop la mule ».
Le discours social de Thomas Hardy est le second pan de cette histoire de l'intime : l'écrivain décrit le passage à témoin entre la manutention et la mécanisation des travaux agricoles, la folie des rythmes jusqu'à l'épuisement des corps, le déplacement des travailleurs qui abandonnent l'idée de sédentarité (et de bien-être sécurisant) pour démarcher l'emploi de leur survie. J'ai souvent pensé à Émile Zola (en particulier avec L'Assommoir - sur le traitement de l'héroïne - et Germinal - sur les conditions forcenées de travail).
Thomas Hardy a osé choquer avec cette histoire universelle, fatigué de la censure imposée lorsque Tess d'Urberville parut au départ en feuilleton. Tel un esthète des mots, il laisse des images qui n'ont pas besoin de descriptif supplémentaire (la tâche sur le plafond, le drapeau noir, le carrosse des D'Urberville, Stonehenge, une lettre trop bien cachée, ...), des sous-titres explicites (Le Réveil de la vie, La femme paie, Le Converti...) et clôture par une transmission. Éblouissant.
Éditions Le Livre de Poche (cette édition offre une introduction et un dossier instructifs et éclairants d'André Topia).
Excellente traduction de Madeleine Rolland.
LC avec Shelbylee et Natacha que je remercie pour leur patience !!!!
Je ne sais pas si je vais me remettre de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Je ne sais pas si je pourrai trouver un roman plus abouti, plus sublime après ce chef d'oeuvre, qui mériterait d'ouvrir une sixième catégorie sur ce blog : celle des six étoiles !
Jane Eyre, orpheline à l'âge d'un an, est recueillie par son oncle maternel, M. Reed. Mais très/trop tôt, ce dernier décède et emporte avec lui bienveillance et empathie à l'égard de la petite qui va subir les foudres et les attaques de sa tante par alliance et de ses cousins germains. Le combat pour une vie meilleure ne fait que commencer et ça tombe bien : Jane Eyre est une winneuse ! (anglicisme volontaire du fait de l'origine de l'héroïne)
Le roman Jane Eyre se compose en cinq parties fondamentales : la petite enfance chez les Reed, l'internat, le premier emploi chez M. Rochester et deux autres périodes dont je tairai le sujet pour que le mystère plane. Tout m'a plu et m'a bouleversée dans cette histoire. Rarement, mon petit cœur de pierre ne s'est serré autant à la lecture des états d'âme de l'héroïne et de son amoureux, aussi fantasque qu'elle est sérieuse. Les deux nous offrent une danse nuptiale de courte durée, un long processus d'attirance, jalonné de joutes verbales, de poésie et de comédie.
Il y a assurément beaucoup de fantaisie dans cette œuvre classique et c'est ce qui en fait son charme et sa profonde modernité. Bien sûr, le langage usité ne représente plus notre français actuel. Mais la façon qu'a Charlotte Brontë de gérer ses personnages et son intrigue est indubitablement rafraîchissante et novatrice : pas de temps de pause, peu de descriptions à rallonge, une prouesse à alterner différents registres (suspense policier, romance, récit mystique avec les voix, manifeste pour l'éducation des jeunes filles). Même, la période Moor-House, la moins fun avec l'internat, est esquissée par l'auteuresans pesanteur, juste le temps d'y dévoiler le message politique de son œuvre : l'importance de l'instruction féminine, afin de rendre les jeunes filles moins sujettes au joug masculin, plus autonomes et aptes à penser. Et même là, elle m'a intéressée. Jane Eyre, premier roman d'une jeune femme anglaise du XIXème siècle, est époustouflant de maîtrise et de beauté littéraires. Rares sont les personnages aussi fouillés, rarement une déclaration d'amour par une frêle demoiselle ou une scène avec un verre d'eau ne m'ont autant chamboulée.
Alors, on pourra décrier ce qu'on veut sur le côté poussiéreux de Jane Eyre : au contraire, j'y découvre la classe suprême. Charlotte Brontë ne cesse d'alterner les clairs-obscurs : elle atténue la malveillance familiale de Madame Reed par la surveillance rapprochée (du moins par le cœur) des oncles, elle présente un être d'amour (embelli par sa générosité intrinsèque) héritier d'un couple courageux qui a choisi le bannissement plutôt que la froide raison, elle s'amuse à brouiller les pistes avec la religiosité de certains protagonistes (tantôt le repentir et la rédemption, tantôt l'absolue dévotion), titille les Français (on en prend plein notre grade avec les starlettes Adèle et sa cocotte de mère biologique) mais loue notre idiome en parsemant son texte d'expressions gauloises (signe de distinction langagière à l'époque, passion de l'auteure à l'égard de cette langue, assurément). Jane Eyre est un récit tellement complet, riche d'allusions qu'une chronique, ici, ne suffira pas à capter tous les éléments, à décrire toute la lumière et la puissance.
Alors un conseil : lisez ce texte magnifique, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît !
Éditions Le Livre de Poche Superbe traduction de Charlotte Maurat [une Charlotte qui traduit une autre Charlotte : un prénom prédestiné :-) ]
L'adaptation en mini-série de la BBC en 2006 avec Ruth Wilson et Toby Stephens est juste sublime (images, jeu d'acteurs, mise en scène, choix du déroulé, musique) et très fidèle à l’œuvre originale. Les comédiens sont les personnages, charismatiques et charnels, sans être des canons de beauté. Franchement, courez aussi le voir ! (oui, je sais, je vous en demande beaucoup mais vous ne risquez que des moments fantastiques)