La Photo du mois #39 : Presque parfait

Le thème Presque parfait fut choisi par Nanouk en justifiant : "À prendre littéralement ou avec une certaine ironie, à votre bon plaisir."

Une statue presque parfaite puisqu'il s'agit d'une belle humaine toute argentée et qui ne bouge qu'au son de piécettes déposées. Une femme qui se confond avec le décor. Du grand art de rue dans une super jolie citadelle portugaise : Obidos vaut le détour, tous les détours !
Allons découvrir les Presque parfait des autres :

Mon étincelle - Ali Zamir *****

Il y a des livres qui vous accrochent, qui font durer le plaisir. Il y a des livres qui vous attendent, même si vous avez l'esprit embrumé par un boulot dense, des contraintes toutes riquiqui et des urgences (les urgences, c'est demain, pas dans deux-trois jours) à n'en plus finir,... même si mentalement vous n'arrivez plus à lire. Oui, il y a des romans qui attendent patiemment, insidieusement, que vous soyez prêt.e.s à les découvrir. Mon étincelle en fait partie.
Mon étincelle par Zamir
Image captée sur le site Babélio
Dans Mon étincelle, il y a deux groupes chronologiques. Le premier est constitué d'Efferalgan, de Dafalgan, de Douceur et de Douleur ; le second se compose d'Etincelle, de Vitamine, de Tétanos et de Calcium. A chaque fois, trois garçons, une fille et tout plein de liens entre eux.
Mon étincelle est une superbe traversée comorienne au fil d'une prose à couper le souffle. Sous la forme de contes des mille et une nuits enlacés comme des amants, les anecdotes des uns et des autres tantôt réjouissantes tantôt menaçantes dépeignent une jeunesse pleine de vie, pleine d'envie, bloquée par la corruption et la pauvreté. Dans Mon étincelle, l'une hésite tandis que l'autre se pâme d'amour,  non sans résistance. Les amours y sont romantiques, quoique contrariées. 

Première découverte de la plume d'Ali Zamir : la mélodie des mots est douce, le phrasé chatoyant mais il faut suivre ! Chaque chapitre est une bascule dans le temps. Parfois prophète, souvent philosophe, Ali Zamir nous montre la société comorienne en poésie et avec lucidité. L'écriture y est superbe ! Je n'oublierai pas de sitôt un malade imaginaire et une adorée mutine, une escalade nocturne sanglante ou un Don Juan maltraité. Il faut de la Douceur et de la Douleur pour produire une si belle étincelle.
"L’amour est un espace inaccessible pour ceux qui ne savent pas voler plus haut par les mots" (page 147). A lire.

Éditions Le Tripode

emprunté à la biblio

et un de plus pour le challenge de Philippe avec une nouvelle contrainte 

L'Eurovision, le Portugal et... l'Italie

Voilà, depuis deux ans, mes belettes (ado et pré-ado) et moi passons un moment familial devant le programme de l'Eurovision, en commentant les prestations, en râlant sur certaines, en s'extasiant sur d'autres. Cette année, le concours se déroulait au Portugal, pays que nous avions visité deux semaines plus tôt et c'était vraiment super de retrouver des images vues en vrai, quelques jours plus tôt. Cette année donc, les prestas ont été très correctes, trop portées sur la langue de Shakespeare (je n'ai rien contre l'anglais mais je trouve que la pluralité des langues fait notre force et notre richesse. Et que parler tous d'une même voix, c'est bien mais on en oublie notre singularité). Tout cela pour vous dire, que l'ultime chanson présentée, représentant l'Italie, m'a laissée sans voix - au point d'arrêter de bosser-. J'ai été super émue de la voir, de l'entendre, d'apprécier la force et la rage contenue et de tous ces mots qui défilent dans les différents idiomes européens avec un message fort, symbolisant notre courage et notre impuissance. Une troisième place au concours et un énorme bravo à nos voisins si proches de cœur : 
                    Non Mi Avete Fatto Niente -  Ermal Meta e Fabrizio Moro

La Photo du mois #38 : Made in Japan

Le thème du mois fut choisi par Mirovinben qui  l'illustre ainsi : "Technologie, gastronomie, art de vivre, croyances, loisirs, littérature, multimédia... Quelque chose venant du Japon." 

Je n'ai pas eu besoin de l'aide pour me pencher de façon très sérieuse sur la question. J'ai un temps pensé à la nourriture mais n'ayant pas trouvé de restaurant adéquat sur mon lieu de passage, je suis revenue à mes premières amours : la lecture. Et ma nouvelle bibliothèque s'est chargée du reste. Trop facile ! me direz-vous ? En ce moment, je fais avec les moyens du bord et je vous embrasse !
Pour celles et ceux qui ne voient pas de lien avec le thème, les mangas sont les BD japonaises qui font un tabac chez nos ados et les adultes aussi. Et je n'ai pas encore lu les photographiées.

Et chez mes japonicopains du mois :

L'inconnue du bar - Jonathan Kellerman ***

L'inconnue du bar est un polar très simple à lire, pas prise de tête, idéal pour les vacances ou en cas de disette littéraire. L'histoire est toute simple : Alex Delaware, le narrateur, apprend le meurtre d'une bombe incendiaire qu'il avait repérée quelques heures avant l'heure présumée du crime dans un bar finissant. Débute une enquête pas simple parce que si la demoiselle ne laisse personne insensible, la recherche de son identité s'avère complexe. 

L'inconnue du bar par Kellerman
Image captée du site Babélio

Véritable page-turner, L'inconnue du bar présente un scénario construit aux dialogues sympathiques sans être mièvres ou inutiles. Les deux héros se complètent bien : d'un côté, le flic Milo Sturgis qui sort la grosse artillerie quand il le faut, bon vivant et gentillement railleur ; de l'autre, Alex Delaware, psy de son état, aussi indéchiffrable qu'efficace et disponible. Jonathan Kellerman réussit à nous mener par le bout du nez et à pas lâcher prise. Bien sûr, le hasard fait toujours bien les choses, les rencontres ne se révèlent pas si fortuites que cela. La  bienveillance tarifée apportée à une ancienne rencontre professionnelle va être source de retours glauques mais essentiels. 

Sous les bons conseils de mon cher et tendre qui adore les polars pas violents et qui s'avère être un lecteur extrêmement difficile à satisfaire, j'ai tenté la lecture de L'inconnue du bar et je n'ai pas lâché une seconde ledit bouquin. Je ne suis pas sûre qu'il m'en restera grand chose mais en tout cas, le découvrir a résonné en moi puisqu'il m'a rappelé l'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter intitulée Sugar Daddy, entendue un mois avant. J'avais été aussi happée que retournée par son écoute : si vous lisez L'inconnue du bar, vous comprendrez l'allusion.  

Bref, Jonathan Kellerman est comme un poisson dans l'eau dans cette histoire classique dont il maîtrise le script et l'univers à la lettre : les pépettes, les riches, les Madame Claude et pour  le psyché, un zeste de maladie... mentale ou corporelle. C'est peu inventif mais drôlement efficace, il est fort possible qu'il use là d'un stratagème déjà huilé et rôdé.  
A lire si vous manquez de lecture ou si vous êtes en panne...

Editions Points (parution en mars 2015)

Roman emprunté par mon cher et tendre à la piscine municipale (oui, oui, oui, vous avez bien lu), où les gentils organisateurs mettent à disposition du public dans les vestiaires une caisse à livres à consulter, à remplir ou à vider. Bref, dans cette piscine, on se muscle le cerveau et le corps : mens sana in corpore sano !

Mon frère - Daniel Pennac ****

A propos de son frère Bernard à qui il dédie son livre Mon frère, Daniel Pennac écrit en quatrième de couverture (touchante à l'image de l'oeuvre) : "Je ne sais pas qui j'ai perdu. J'ai perdu le bonheur de sa compagnie, la gratuité de son affection, la sérénité de ses jugements, la complicité de son humour, la paix. J'ai perdu ce qui restait de douceur au monde. Mais qui ai-je perdu ?". 
A défaut de répondre à cette question existentielle, je répliquerai : " Gros. Monsieur Pennac, vous avez perdu gros... vous avez même perdu le gros lot !"
Mon frère par Pennac
Image captée du site Babélio
La surprise de ce roman revient à sa forme : on s'attend à une succession d'anecdotes de ce frangin/fils préféré (dans cette fratrie de quatre garçons touchée par la maladie), la sagesse familiale compilée en un être... qui forcément manque. On se retrouve face à une dualité de personnages : Bernard d'un côté, Bartleby de l'autre (héros un brin autistique de Melville). Les deux B enlacés avec le côté neurasthénique en commun emportent avec eux leur(s) secret(s), notamment celui de leur personnalité complexe. Daniel Pennac tente une comparaison qui s'arrête là où commence l'humanité, l'attention et l'empathie de son aîné pour le reste du monde, ce dont Bartleby est incapable.

D'anecdotes du sieur B., il y en a peu mais elles sont remarquables et dévoilent un être très conscient du monde qui l'entoure, facétieux sous son air sérieux et quelqu'un de profondément humain et intelligent : on n'oubliera pas de sitôt le steak à partager, le salaire indigent, les vols en avion ou bien le touriste allemand. Monsieur Bernard, personnage taiseux, ne parle qu'à bon escient et ses phrases deviennent des flèches bien lancées. Plus qu'une biographie, Mon frère ressemble davantage à une hagiographie... même si Daniel Pennac n'oublie pas les manques, le mal-être de ce mari si malaimé (doté d'une qualité à l'image de son épousée... amère). 

Et puis, il y a une autre œuvre à (re)découvrir, celle qu'a montée Daniel Pennac, celle qui lui a permis de survivre au deuil : Bartleby le scribe d'Herman Melville
Le romancier français s'efface face à la prose exceptionnelle de l'écrivain américain, renforcée par l'excellente traduction de Pierre Leyris. C'est beau de laisser une telle place : parler de soi et de son travail (l'artiste Pennac ne s'oublie pas), oui mais, apprendre à louer aussi, peut-être à raison car les mots de Melville emportent tout sur leur passage : l'inventivité, l'angoisse distillée, le questionnement, l'absurde... Les extraits filtrés avec parcimonie de Bartleby le scribe (œuvre non lue) ont captivé mon attention et mettent en valeur le reste et en particulier l'image fraternelle.

Alors oui, Daniel Pennac en parlant de son frère a composé une œuvre hybride, un joli roman attachant, un très beau passage à témoin...dont nous sommes les héritiers. Alors merci, monsieur P. !

Éditions Gallimard

Parution en avril 2018

Lu grâce à ma belle-maman à qui j'ai offert un exemplaire de Mon frère et qui, enthousiaste, m'a fortement conseillée de le découvrir !

Et un de plus pour le challenge de Philippe Dester : son en "è" (grâce à frère)

 challenge Lire sous la contrainte