La Photo du Mois # 66 : "The paire de chaussures"

Le thème du mois fut choisi par Xoliv' qui a précisé : et portées (pour la mise en scène) !

Je confirme que je les porte, ces chaussures et je les chéris même ! Elles m'accompagnent dans mes déambulations urbaines, mes balades en forêt, mes excursions au bord de mer et elles supportent mon poids conséquent, sans râler, elles ! 

Elles méritent bien cet hommage en image.

Allons admirer les pieds des autres : Akaieric, Amartia, Betty, Blogoth67, Chris M, Christophe, Danièle.B, El Padawan, Escribouillages, Frédéric, Gilsoub, Gine, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Julia, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Marie-Paule, Marlabis, Nicky, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sous mon arbre, Tambour Major, USofParis, Xoliv'.

Le poids des secrets #3 (Tsubame) #4 (Wasurenagusa) # 5 (Hotaru) - Aki Shimazaki

Suite à ma lecture récente du tome 2 Hamaguri, j'ai achevé cet été la série Le Poids des Secrets d'Aki Shimazaki. Bien m'en a pris !

Avant de parler succinctement des trois derniers tomes, je vous propose un petit point-repère, histoire qu'on ne se perde pas trop, parce que dans le genre sac de nœuds, la série nous présente en cinq tomes très courts, cinq personnages liés et sujets à des secrets de famille bien lourds. Chacun.e est en quête de sa propre identité/son passé.

Tsubaki (#1) revient sur le passé de Yukiko, fille de monsieur Horibe.
H
amaguri (#2) met en lumière Yukio, compagnon d'enfance de Yukiko, fils naturel de Mariko Kanazawa et adopté par le chimiste Kenji Takahashi.
Tsu
bame (#3) relate l'enfance et la vie de femme de Mariko Kamazuka, née coréenne, élevée au Japon après l'installation dans ce pays de sa mère et de son oncle, dissidents coréens.
Wasurennagusa (#4) décortique le passé de Kenji Takahashi.
Hotaru (#5) revient sur le secret porté par Mariko toute sa vie.

Tsubame se détache par son côté histoire dans l'Histoire : ce tome est centré bien sûr sur son héroïne principale (Mariko), sur la façon dont elle s'est construite après l'abandon maternel. Mais il aborde aussi davantage le conflit Corée-Japon, la condition des expatriés, la survie après le tremblement de terre en 1923. Dans ce recueil, une vraie poésie et une lenteur se détachent. Aki Shimazaki prend le temps d'installer les ambiances, les paysages, la symbiose entre l'élément nature et l'être humain, pèse les mots pour éviter des quiproquos. Il y a une douceur et un art certain de contemplation.


Wasurenagusa met en lumière l'âme masculine la plus noble de la série : Kenji Takahashi, assurément un magnifique personnage fictionnel avec une grandeur d'âme (un pendant contemporain de l'austenien Fitzwilliam Darcy). La figure paternelle s'entend dans Le poids des secrets surtout par l'éducation, plus que par l'hérédité même si la quête de l'identité qui construit chaque être humain est essentielle pour combler les failles. Wasurenagusa narre le cheminement d'un fils à papa-maman qui s'affranchit par amour.


Hotaru finalise la boucle entamée par Tsubaki. Ce tome revient sur l'avènement de Mariko en tant que femme, et notamment sur certaines anecdotes de sa vie conjugale. Dans cet épisode, on ressent la campagne du Japon, l'impact des bombes de Hiroshima et de Nagasaki sur la population, l'art de l'honneur, l'exploitation et le rejet de populations immigrées.

 

 

La série Le Poids des secrets revient continuellement sur les dualités fertilité/stérilité, filiation/abandon de lignée, famille de souche/famille d'adoption. C'est même étonnant à quel point les pères naturels assument si mal leur paternité, qui est reflétée soit par le biais de l'adoption, de personnages masculins intermédiaires (figures paternelles de substitution, des voisins, des collègues de jeux de société). Aki Shimazaki avec sensibilité évoque la Grande Histoire qui impacte nécessairement les destins singuliers, la culture japonaise faite de rites et de castes, mais aussi terreau à un melting-pot régulier d'immigration. Les personnages sont dressés avec beaucoup de classe ; même le plus ragoûtant d'entre eux est rabaissé uniquement par sa faiblesse. Le couple Mariko et Kenji Takahashi éblouit par son romantisme et sa sagesse. Tout est délicat : l'écriture, la narration, les descriptions, la façon d'esquisser les personnages.

Les titres des tomes sont choisis avec élégance, à l'image des contenus : Tsubaki pour camélia mais aussi prénom d'une petite-fille de Mariko et de Kenji ; Hamaguri pour la palourde japonaise qui sert ici de messager ; Tsubame pour l'hirondelle qui ne fait pas le printemps mais dont le retour d'un couple présage de jours heureux ou d'apaisement, Tsubame est aussi le nom donné à un personnage important de la série ; Wasurenagusa  pour le myosotis, une fleur de rêve et de félicité espérée ; Hotaru pour la luciole qui peut se révéler un vrai guet-apens pour jeune fille en fleur). Le glossaire linguistique en fin de chaque manuel est nécessaire (car des mots japonais épars naviguent dans la prose d'Aki Shimazaki) et participent à l'évasion et à la poésie du tout.

En résumé : Le poids des secrets est une série de cinq romans courts (pas plus de cent trente pages chacun) sympa à lire et à découvrir qui met en lumière des pans de l'histoire et de la culture japonaises, avec des personnages nobles, dignes et élégants. J'ai bien aimé.Ce fut une brève et belle pause estivale.

Collection Babel. 

Empruntés à la bibliothèque

De la même autrice :

 

et un de plus pour le challenge Les trilogies ou les séries de l'été de Philippe Dester et pour le challenge Animaux du monde de Sharon (pour les tomes Tsubame et Hotaru).

trilogie de l'été


La Photo du Mois # 65 : Solidarité

Le thème du mois fut choisi par El Padawan qui complète ainsi :  "Parce que ces derniers mois, on a eu plein de raisons d'en faire preuve, partout dans le monde..."

J'ai repris une des définitions du très beau mot Solidarité données par le dictionnaire Larousse et je l'ai davantage imagée (comme mon esprit qui divague souvent est capable de le faire) : " Rapport d'interdépendance entre les choses."

Et j'ai choisi cette photo d'une œuvre de rue à Seattle qui m'a scotchée direct par sa beauté géométrique, sa capacité à évoluer en fonction de la lumière et à rendre notre perception mouvante (en fonction de l'endroit où on l'observe et l'instant de l'observation). C'est donc une œuvre qui interroge et défie à la fois le temps et l'espace, qui les supplante même. Par un effet de miroir et par un jeu de lumière et de prisme chromatique, elle renvoie une image déformée de la réalité, une image reconstruite aussi.

Alors vous allez me dire :"Où est la solidarité là-dedans ?".  De par sa composition, à la fois solide et entrelacs de quatre cadres immobiles qui représente à mon sens un mouvement de salut ou de révérence, elle perd son bel équilibre si on lui retire un seul des quatre cadres-piliers, nécessairement solidaires les uns des autres (puisque chacun prend racine chez/dans et s'appuie sur l'autre). Pour son côté lumineux, libre, cohérent et entier, cette œuvre artistique représente parfaitement la solidarité, rapport d'interdépendance, d'union et d'appui entre les choses. En bref, en reprenant la déconstruction sémantique si chère à Jacques Derrida, c'est donc un solide hérité (par toute l'humanité) de solidarité.

Du côté de chez les photocopains et photocopines : Akaieric, Amartia, Blogoth67, Chris M, Christophe, El Padawan, Frédéric, Gilsoub, Gine, J'habite à Waterford, Jakline, Julia, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, magda627, Marie-Paule, Marlabis, Morgane Byloos Photography, Nicky, Pilisi, Renepaulhenry, Shandara, Sous mon arbre, Tambour Major, USofParis, Xoliv', écri'turbulente.

Terre et cendres - Atiq Rahimi ****

On est en Afghanistan, en guerre avec l'Union soviétique. Des représailles russes sur la population locale sont sujets à une barbarie sans nom. Un vieil homme, Dastaguir, accompagné de son petit fils, Yassin, souhaite informer son fils Mourad (également père du petit), du drame qui concerne leur famille. Leur périple dans un no man's land et en attente d'une voiture qui tarde à arriver, est sujet à des rencontres et à des divagations. 

J'avais lu et adoré Synghé Sabour du même auteur, j'avais apprécié la plume sèche et lyrique d'Atik Rahimi. J'ai retrouvé ici son art de raconter avec précision mais sans s'étendre, à faire vivre ses personnages, à nous permettre de comprendre leur cheminement de pensées (à la fois dans la forme avec l'usage régulier du "tu" qui fait participer de façon implicite le lecteur, et dans le fond, où le récit est ponctué de dialogues, de monologues, de descriptions courtes). L'intrigue est efficace, surtout en un nombre réduit de pages (93), le rythme ne ralentit pas, même si tout est pesant. Atik Rahimi a cette délicatesse d'éviter un gore inutile : la tension qu'il impose dans son récit réside dans les rencontres de son héros (déboussolé, vieillissant mais absolument pas résigné à assurer sa mission) avec des hommes parfois fréquentables, d'autres moins. On retrouve l'atmosphère de La route de Cormac McCarthy ou de La nuit tombée d'Antoine Choplin, celle d'avoir ou non confiance en ses compagnons de route, celle de résilience après des chocs traumatiques à la pelle avec un quotidien forcément bouleversé, celle de transmettre par tous les moyens (et parfois un objet suffit à tout révéler ou tout confirmer).

Atik Rahimi offre là un très joli texte avec Terre et cendres : son héros infiniment brave est attachant d'humanité, le petit-fils du haut de son  jeune âge (cinq ans ?) avec ses questions existentielles et métaphoriques renvoie les humains à leurs contradictions lors d'un conflit armé. Le phrasé court est percutant. Terre et cendres questionne le lecteur et se lit très bien. J'ai tout visualisé, j'ai accompagné cet honorable aïeul et le petit bonhomme (j'aurais bien nettoyé la pomme, je leur aurais bien évité de mordre la poussière, j'aurais aussi bien tapé du poing sur la table devant un notable minier, au risque de me faire fusiller).  Il m'a juste manqué un tout petit supplément de Synghé sabour, ce quelque chose qui me bouscule et me retranche, ce quelque chose qui m'aspire définitivement.

Éditions P.O.L

Traduction touchante et réussie de Sabrina Nouri dont le prologue est empreint d'une profonde humilité.

Emprunté à la bibliothèque.

La Baleine Thébaïde - Pierre Raufast (the big déception : un petit ***)

Bon, j'avais vraiment misé sur la lecture de La Baleine Thébaïde de Pierre Raufast. D'abord parce que cela faisait longtemps que je n'avais rien lu de l'auteur, parce que j'avais lu et apprécié les deux premiers jets (La fractale des raviolis et La variante chilienne). Bon, ben, je crois que je vais attendre encore un peu avant de découvrir une autre œuvre de Pierre Raufast.
Je pense que ce qui m'a fortement déplu dans La Baleine Thébaïde est le côté très décousu du récit : cela part dans tous les sens, comme si l'auteur (pourtant hyper organisé) avait construit un scénario au fil de l'eau ou bien parce que Pierre Raufast n'a pas voulu choisir entre deux options, a pris les deux au risque de rendre une histoire dispersée.
Je ne peux pas rien reprocher au caractère scientifique de son affaire, ni à sa volonté manifeste de nourrir son lectorat de références littéraires et technologiques (sa capacité à rendre les savoirs techniques accessibles est indéniable et louable). L'humour est bien présent et agréable, les petites piques sont dosées, bien senties et argumentées. Pierre Raufast tente tout plein d'approches stylistiques : un peu de fantastique (avec des automates animaliers), un peu de roman noir, un peu d'enquête policière, un peu de roman d'espionnage, un peu de discours écolo-durable, un peu de politique pour décrire les méfaits sociétaux (réseaux sociaux, blanchiment d'argent ou détournement d'argent public, atteinte à la vie privée, politicards et scientifiques véreux ou manipulateurs -ou les deux, mon capitaine... de navire... blague tout aussi véreuse mais justifiée par la première partie de La baleine Thébaïde !). C'est varié : on peut dire que Pierre Raufast ne ménage pas ses efforts pour tout traiter et pourtant cela ne colle pas chez moi. J'ai eu le sentiment d'un cumul plus que d'un mélange, comme une superposition sédimentaire. Le résultat est joli mais ne fait pas le joyau.
Le choix de narration a vraiment posé problème pour mon cerveau. J'ai eu le sentiment que Pierre Raufast très habitué aux petites histoires a voulu sortir de ce tic narratif mais au final, l'ensemble fait un rendu bizarre :
on part d'une première partie (exploration maritime à bord d'un chalutier scientifique à la recherche de la baleine qui émet un son différent de ses congénères...)
puis, on retrace le passé d'un savant fou mais à l'esprit diaboliquement génial, le passé et le présent d'un jeune homme qui n'a rien demandé et qui subit sa vie plus qu'il ne la vit et ceux d'un hacker russe.
Pierre Raufast reste cohérent avec son ancienne forme d'écriture (puisqu'il insère des anecdotes dont on se serait bien passé dans la première partie, histoire de noyer un peu le poisson... désolée ! ou de faire un petit clin d’œil à ses œuvres passées). D'ailleurs les clins d’œil sont  nombreux : citations de personnes fictives (de La fractale des raviolis et de La variante chilienne) ou réelles vivantes (je vous laisse découvrir le passage relatif à la librairie le Saint Christophe à Lesneven (29)) ou du passé souvent littéraire (avec de jolies accroches de chapitres).
Dire que j'ai subi la lecture de La Baleine Thébaïde serait archi mensonger : j'ai souri et j'ai aussi ri (notamment avec les baleines automates dans les piscines et leur usage technologique). Les lecteurs qui découvriront la plume de Pierre Raufast à l'occasion de ce récit devraient apprécier : ils apprendront beaucoup et seront divertis. Je loue en tout cas la volonté de cet auteur à changer de registre : cette prise de risque est intéressante. Mais je ne suis pas sûre d'en retenir grand chose.

En bref : La Baleine Thébaïde est une lecture de vacances estivales, agréable, pour celles et ceux qui aiment les récits d'aventure et d'espionnage, pour ceux et celles qui n'ont pas envie de se prendre la tête, qui ont envie de relire des citations d'auteurs connus et d'approfondir certaines notions scientifiques.

Alma Éditeur

autres avis (plus enthousiastes que le mien): Keisha, Enna, Ramettes, La Chèvre grise, Alex, Alexandra K,

Emprunté à la bibliothèque

Du même auteur :

 
Et un de plus pour le challenge Animaux du monde de Sharon