[Théâtre] La Guerre des émeus

Eimelle a vu la pièce de théâtre La Guerre des émeus au dernier festival d'Avignon et a rédigé un très bon article que je vous encourage de consulter parce qu'il est explicite, qu'il vous raconte avec intelligence le pitch, parce que son analyse est performante et que mon avis n'en dira pas plus !
Comme je n'arrive pas à commenter chez Eimelle, je le fais ici. Voici mon retour sur ce spectacle vu à Nantes il y a quelques mois. J'ai été scotchée par la mise en scène et la scénographie à la fois minimalistes et géniales pour tous les décors qu'elles mettent en œuvre (c'est fou ce qu'une armoire peut offrir/ouvrir comme espaces !). Les deux comédiens et auteurs (Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd) donnent une interprétation toute personnelle et corrosive à souhait de ce pan de l'histoire australienne (la gestion expéditive d'une expansion animalière) et jouent une panoplie de personnages en si peu de temps avec une dextérité et une acuité réussies : c'est rythmé (on ne s'ennuie pas) et intéressant à voir. J'ai apprécié la variation des scénettes, le choix des différents points de vue, le questionnement sur les impacts de cette "guerre" à tous les niveaux : politique, humain, sociétal (avec l'effet sur le couple du soldat et l'émancipation de la femme), point de vue transférable à bon nombre de conflits. J'ai regretté une chose qui aurait pu être réduite sans perdre en profondeur du discours : la grossièreté et la vulgarité d'un personnage (qui en expriment la violence, la bêtise et l'outrance) desservent un peu la force du propos, tout comme certains traits d'humour qui ne m'ont pas fait rire du tout (il y en a eu peu qui ne m'ont pas plu, je le précise en toute honnêteté). Même si je comprends bien que La Guerre des émeus est une farce avec toute la parodie et la causticité qu'on peut imaginer. Voilà j'ai passé un bon moment, un moment de théâtre qui m'a fait réfléchir en tant qu'humaine et qui m'a enthousiasmée pour toutes ses trouvailles artistiques.

Pour en savoir plus sur La Guerre des émeus: consulter l'excellent avis d'Eimelle

[RDV en chanson] Ella, elle l'a - France Gall

J'aime beaucoup France Gall : sa personnalité, ses merveilleuses chansons, sa voix douce et déterminée. Elle était solaire et visionnaire, et elle a fait de très bons choix artistiques. Dans son répertoire, son hommage à l'immense chanteuse Ella Fitzgerald, composé par le si talentueux Michel Berger, fait partie des hits de ma vie et a donc toute sa place dans mon rendez-vous mensuel avec Anne. 


C'est comme une gaieté, comme un sourire, quelque chose dans la voix, 
qui paraît nous dire " Viens.", qui nous fait sentir étrangement bien.

C'est comme toute l'histoire du peuple noir,
qui se balance entre l'amour et le désespoir.
Quelque chose qui danse en toi.
Si tu l'as, tu l'as.

Ella, elle l'a, 
ce " je ne sais quoi ", 
que d'autres n'ont pas, 
qui nous met dans un drôle d'état.
Ella, elle l'a. 
Ella, elle l'a, 
cette drôle de voix, 
cette drôle de joie, 
ce don du ciel qui la rend belle. 

Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.

Elle a ce tout petit supplément d'âme,
cet indéfinissable charme, cette petite flamme.

Tape sur des tonneaux, sur des pianos,
sur tout ce que Dieu peut te mettre entre les mains.
Montre ton rire ou ton chagrin.
Mais que tu n'aies rien, que tu sois roi,
que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi.
Tu vois, ça ne s'achète pas. Quand tu l'as, tu l'as.


Ella, elle l'a,
ce " je ne sais quoi ",
que d'autres n'ont pas, 
qui nous met dans un drôle d'état.
Ella, ella l'a. Ella, elle l'a. 
Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.
Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.
Ella, elle l'a, 
ce " je ne sais quoi ",
que d'autres n'ont pas, 
qui nous met dans un drôle d'état.
Ella, Ella l'a. 
Ella, elle l'a, 
cette drôle de voix, cette drôle de joie, ce don du ciel qui la rendait belle. 

Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.

Elle a ce tout petit supplément d'âme,
cet indéfinissable charme, cette petite flamme.

Tape sur des tonneaux, sur des pianos,
sur tout ce que Dieu peut te mettre entre les mains.
Montre ton rire ou ton chagrin.
Mais que tu n'aies rien, que tu sois roi,
que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi.
Tu vois, ça ne s'achète pas.
Quand tu l'as, tu l'as.

Ella, elle l'a. 
Ce " je ne sais quoi", que d'autres n'ont pas, qui nous met dans un drôle d'état.
 

Ella, ella l'a. Ella, elle l'a. 
Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.
Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.
Ella, elle l'a.  
Ce " je ne sais quoi ", que d'autres n'ont pas, qui nous met dans un drôle d'état.
 

Ella, Ella l'a. Ella, elle l'a, cette drôle de voix, cette drôle de joie, ce don du ciel qui la rend belle. 

Ella, elle l'a. Ella, elle l'a. Ella, elle l'a.

Les Vivants Nullipares et alors ?

Pour ce billet, je vous propose la rencontre de deux univers : d'un côté un roman, de l'autre un manifeste. J'ai ouvert ces deux livres sans attente particulière, motivée à comprendre le succès populaire et justifié du premier (Les Vivants**** d'Ambre Chalumeau) et à découvrir les discours frondeurs du second (Nullipares et alors ?   entre *** et ****). 

Voilà dans le touchant Les Vivants, Ambre Chalumeau raconte des humanités touchées par un drame : la maladie d'un des leurs, celui qui les lie, celui qui n'a pas tout dit. On voit les deux grandes copines, les parents, le frère, on découvre le secret. Telles des bulles qui grandissent et parfois explosent, on les voit naviguer dans un quotidien tendu : l'une découvre la prépa, l'autre révèle ses traumas, le couple parental morfle, et le petit dernier apprend à vivre sans l'ombre de son frère, presque honteux d'apprécier enfin le soleil.  Les Vivants est le premier roman d'Ambre Chalumeau chroniqueuse culturelle de l'émission Le Quotidien, une personnalité que j'aime bien pour sa bienveillance, son flow, sa culture, la fluidité de ses paroles. Ce premier roman est facile à lire avec les punchlines de l'autrice, habituée à la concision, à l'écriture rapide, au jet incisif sans être méchant. La tendresse pour ses personnages transparaît à chacune de ses pages, sa générosité aussi. Telle une romancière déjà installée avec un univers bien campé, Ambre Chalumeau ose les métaphores, les réflexions toutes personnelles, les petites piques, met à nu ses idées tout en restant pudique. Les Vivants révèle surtout une autrice sur qui compter. Pourvu que son futur second roman soit aussi talentueux !

Éditions Le Livre de Poche 

 

Nullipares et alors ? Tout est dans le titre, oui, pourquoi à l'époque actuelle faut-il que des femmes justifient leur choix de ne pas avoir d'enfant, en écrivent un livre pour permettre à celles qui ont ce même désir de ne pas enfanter et qui n'osent pas, de savoir qu'elles ne sont pas seules ? Parce que l'intérêt de ce manifeste est surtout là pour raconter des itinéraires, pour donner des arguments et montrer implicitement la pression sociale forte que subit toute femme en âge de procréer, réduite à un état de porteuse d'utérus. J'ai lu Nullipares et Alors ? et à chaque fois, j'ai senti la colère contenue, la colère d'en avoir supporté des réflexions déplacées sur l'état de célibataire, l'état de celle qui ne veut pas suivre la logique implacable et toute tracée de la maternité qui rassure la norme sociale. Je me suis fait la remarque de savoir si on questionnait autant les futurs parents de leur choix d'enfanter. Pourtant on devrait, par équilibre, par la prise de conscience de ce que c'est de faire naître un enfant et de l'élever. J'ai regretté que ces femmes autrices aient éprouvé le besoin de se justifier capables d'amour. Je l'ai regretté parce que je n'en ai jamais douté, comme je ne doute pas que certains font des enfants sans éprouver tant d'attachement, répondant pour certains d'entre eux, plus à des rites sociaux/ancestraux/familiaux. Au-delà de ces différentes voix intéressantes, Nullipares et alors ? a le mérite de nous faire réfléchir loin et profondément en nous, sur ce qu'on veut réellement. C'est toujours utile.

Éditions Points