Tu t'en iras

Ce n'est pas moi qui le chante mais la belle et talentueuse La Zarra qui promet : une voix super intéressante, profonde avec un vibrato et un coffre incroyables, un rythme musical qui me plaît bien. Les paroles sont sympas, certaines d'entre elles accrochent bien.

Pour vous, trois versions: celle du clip extra et deux live qui mettent en valeur sa voix juste parfaite (mais quel vibrato, quel vibrato !!!! C'est juste magnifique !)





Famille - Lydie Salvayre (entre ** et ***)

En ce moment, je fais dans la courtitude des écrits. Plus cela va, moins cela va (je parle du nombre de pages et de l'ambiance globale de l'histoire). Famille s'installe dans le dark social : c'est pas gai du tout, c'est super réaliste, c'est même tellement réaliste qu'on se dit que cela peut exister (que cela a peut-être déjà eu lieu). En tout cas, Famille représente encore une prouesse de Lydie Salvayre d'appuyer là où cela fait mal, d'incarner des personnages à la Zola versus les frères Dardenne.


Dans ce court livre (moins de quarante pages), on déroule le tissu familial maltraitant (maltraitant par faute de soins, maltraitant car la violence verbale y est constante) d'un jeune homme de vingt-quatre ans diagnostiqué schizophrène. Chacun des parents est dans le déni complet de la gravité de la situation : le père, ouvrier, reproche à son fils de glander toute la journée ; la mère obnubilée par les chassés-croisés amoureux du héros de sa série préférée et par le rythme des repas se fait un plaisir de dresser le fils contre son père, entretenant constamment avec son rejeton une relation de chantage affectif. Résultat : on voit l'état psychique du jeune se dégrader en même temps que l'ambiance familiale. 

La forme épouse le discours : Lydie Salvayre dynamise son récit avec le phrasé écorché, le parler vrai de ses créatures. Elle y raconte la misère affective, la difficulté sociétale à accompagner et à suivre les personnes  psychotiques et les conséquences dramatiques que cela génère chez ces personnes, leur environnement et plus globalement pour tout le monde. Le trait est forcé, les personnages parentaux un brin caricaturaux et excessifs, le ton est foncièrement inquiétant mais juste.

Éditions Tristram

La fille qu'on appelle - Tanguy Viel ****

La fille qu'on appelle est dans la lignée des écrits de Tanguy Viel et respecte scrupuleusement la même mise en œuvre que dans Article 353 du Code pénal : celle d'un face-à-face avec une autorité - policière pour La fille qu'on appelle, judiciaire pour Article 353 du Code pénal. Dans les deux cas, la fin tombe comme un couperet, implacable avec un terme plus ou moins heureux, plus ou moins terrassant.


 

J'ai débuté cette histoire sans conviction, sans attente non plus. J'aime bien l'univers de Tanguy Viel, je sais que certaines de ses œuvres m'accrochent plus que d'autres. Je me suis juste questionnée sur le côté vers lequel allait pencher La fille qu'on appelle. Si le début m'a paru longuet - il m'a fallu m'adapter au style de l'auteur (un phrasé long, à la limite de l'asphyxie verbale, aux nombreuses digressions (mais je rassure tout le monde, elles sont plus digestes et plus allégées que les jaenadiennes)) et à la présentation des protagonistes (et c'est bien normal que Tanguy Viel prenne le temps qu'il faut pour installer tout ce beau monde... enfin, façon de parler) -, j'ai parcouru d'une traite la suite. 

Vous dire que j'ai été super à l'aise à lire ce bouquin où on sent la tension monter de cran en cran (on ne sait pas où cela finit, mais on sait qu'on y va tout droit et que cela risque de ne pas être joli-joli), où ce qui est narré me paraît tellement proche de ce qui peut se dérouler en réalité (je n'ai pas arrêté de mettre en parallèle cette histoire avec les affaires Bill Clinton et Gérald Darmanin, complètement à tort sûrement mais mon cerveau fait des associations redoutables d'idées que je n'arrive pas toujours à contrôler). 

Je vous recommande cette lecture pour plusieurs raisons : c'est super bien écrit (Tanguy Viel s'installe discrétos dans mon panthéon des auteurs à suivre de près : il a un style à lui qui ne perd jamais son horizon, même si celui-ci est assez bouché), le tout est très cohérent, la fin est logique et implacable (et totalement déprimante), c'est court (autour de 174 pages qui valent leur pesant de cacahouètes). Les thèmes abordés sont hyper actuels : l'emprise, le pouvoir des cons, la prostitution, le déclassement social.

Comment cela commence ? Une jeune femme - Laura- débarque au commissariat pour témoigner. Elle est la fille du chauffeur du maire, chauffeur qui est une ancienne gloire de boxe et poursuit sa passion à ses heures perdues. Et elle a sollicité l'appui du maire pour se loger en ville. Cela tombe bien : l'édile a une adresse toute trouvée : celle du casino, tenu par l'ancien impresario de son père et accessoirement son meilleur ennemi.

Quant au titre, rien à ajouter : il est parfait !

Well done !

Les éditions de Minuit

autres avis : ma Zaz, Gambadou, Alex, Bernhard


Du même auteur : Insoupçonnable  -  Paris-Brest  - 
Article 353 du Code pénal (non chroniqué)


La Photo du Mois # 80 : Traditions

Le thème de ce mois a été choisi par Amartia qui complète : " Découvrir les rites qui sont suivis dans votre région."

Je n'ai pas de photo répondant vraiment au thème et au complément apporté par  Amartia. J'aurais aimé dévoiler une photo de défilé, quelque chose de festif. Je suis restée centrée dans l'art industriel et la culture, qui sont centraux à Nantes et toujours rapportés à l'histoire de la ville. 

Vous trouverez là un bout de la tour LU (site des anciens locaux de la biscuiterie nantaise LU - LU pour Lefèvre-Utile du nom des fondateurs Jean-Romain Lefèvre et Isabelle Utile de la marque qui a produit le célèbre gâteau Petit Beurre par exemple-).
Le site a trouvé peau neuve en devenant un haut site culturel nantais (salle de spectacles, lieu d'exposition d'art contemporain, salon de lecture) et de rencontres (bar, restaurant), en se renommant le Lieu Unique, tout en préservant ses initiales originelles.
Sur l'image, on repère un ciel un peu gris et nuageux qui est aussi une "tradition météorologique nantaise" annonçant l'automne et l'hiver.

La vérité sur la lumière - Auður Ava Ólafsdóttir ****

Dýja est sage-femme et vit dans l'appartement de sa grand-tante, Fífa, appartement qu'elle a reçu en héritage. D'ailleurs, Fífa ne lui a pas laissé que l'appartement : les meubles, ses manuscrits, sa profession sont des biens communs qu'elles se partagent. Comme Fífa, Dýja est célibataire et vouée à son métier. Pourtant on ne peut pas dire que ce fut son premier choix mais disons que son itinéraire de vie l'a amenée à suivre la lignée ancestrale, toutefois fortement concurrencée par un autre corps de métiers (celui des pompes funèbres, celui des parents de Dýja ) dans un tout logique : la naissance et la mort, les deux bouts d'une existence. Parce que finalement tout est lié.

Entre les naissances qui se succèdent et ne se ressemblent pas, les sorties de couches à surveiller, l'appartement à réaménager pour gagner en lumière, les appels tempétueux de la frangine météorologue et les mémoires de Fífa à découvrir et à suivre, Dýja n'a pas une seconde pour elle. Et cela tombe bien : un visiteur australien débarque pour occuper l'appartement du dessus et peut-être un peu plus d'espace.

La vérité sur la lumière emprunte le titre d'un des écrits de Fífa et aussi sa principale quête existentielle. Dans ce roman, Auður Ava Ólafsdóttir brosse deux héroïnes : une qui vit, l'autre qui se dévoile par ses écrits. Et ce qu'on constate en lisant cette œuvre foncièrement géniale est finalement qu'on en sait plus sur  Fífa et sa profonde intelligence (notamment sa réflexion sur la vie) que sur sa petite-nièce (qui est loin d'être idiote, fait preuve de générosité, de bonté, de discrétion, d'empathie et de partage : une autre belle âme également).

Dans La vérité sur la lumière, Dýja confirme que les différents calepins de notes laissés par Fífa forment un foutu bordel : on devine difficilement et sans assurance l'ordre chronologique de ses œuvres et de ses remarques. Et je vous confirme que La vérité sur la lumière est un roman assez bordélique tout en étant très organisé : il est définitivement inclassable ! Parce que sans se forcer à l'exercice de style comme on peut le voir chez certains auteurs français, Auður Ava Ólafsdóttir met en pratique ce qu'elle écrit : ainsi on évolue entre trois histoires (le quotidien de Dýja nourri par des rencontres, des échanges avec les copines, les collègues, les futurs parents, les inconnus ; la vie de Fífa et le passé des sage-femmes de la famille ; les écrits de Fífa) sans aboutir à une conclusion certaine sur l'essence même de la lumière, mais en ayant abordé plein de chemins de traverse avec comme moyens de transport : la poésie et le tricot. 

Comme toujours chez Auður Ava Ólafsdóttir, les personnages sont toujours un peu hors sol mais il y a une telle énergie, une telle facétie, une telle inventivité que tout passe, mais alors vraiment tout. Il y a des mots cités de toute beauté, un univers tellement réjouissant, à la fois terre-à-terre et complètement stellaire - rien n'est prévisible-. Il y a toujours cette écriture de la contemplation qui m'émerveille et dont je ne me lasse pas. Bref, La vérité sur la lumière est un roman qui va rester longtemps dans ma mémoire comme celui qui ne dit pas tout mais qui me nourrit et offre plein de perspectives, comme une aurore boréale. Fantastique. 

page 48 : "On oublie les gens. Au bout de trois générations, tout le monde est oublié. Bientôt, il n'y a plus qu'une seule personne qui se souvienne de nous. Notre nom dit vaguement quelque chose à quelqu'un. Et puis nul ne sait plus que nous avons vécu."

page 127 : dans le paragraphe intitulé Le plus difficile, c'est de s'habituer à la lumière.
"... les trous noirs sont des zones qui absorbent toute lumière et avalent toute matière sans jamais les laisser ressortir. Leur comportement est tellement étrange qu'il remet en question toutes les notions communément admises par la science... Ils abolissent jusqu'aux notions de temps et d'espace telles que nous les connaissons." ...
puis page 152 : "Au centre de l'univers, il y a un trou noir et au centre de ce trou noir, il y a la lumière."

 

Éditions Zulma
Traduction d'Éric Boury.

autres avis : Hélène , Cathulu 

De la même autrice : L'embellie  L'exception  -  Le rouge vif de la rhubarde  - Miss Islande  - Ör  -  Rosa candida