La Photo du mois # 99 : Banc public

 Un bout de banc public qui offre une vue bien agréable !

Sur une idée de Blogosth

Les autres participations sont ici.

Lire du court en été #3 : Catherine Certitude - Sempé et Patrick Modiano [Littérature jeunesse]

Je vais avoir du mal à évaluer ma lecture de Catherine Certitude pour plusieurs raisons : il y a des éléments qui m'ont énormément plu (le style de Patrick Modiano, les personnages, les illustrations de Sempé) et d'autres qui m'ont moins accrochée (le scénario global de l'histoire). 

 

On retrouve dans ce livre jeunesse tout l'univers modianesque : le Paris passé (celui des petites combines et des moult secrets (en particulier, la nature du commerce de M. Certitude, personnage un peu louche dans les combines et très à l'aise dans le paraître en société). Pourtant en découvrant ce livre, on débute en territoire américain auprès d'une femme franco-américaine qui narre une période de sa vie sans sa mère américaine repartie au Pays et avec son père parisien au commerce de détail en gros, pas clair avec la loi.

J'ai apprécié la plume de Patrick Modiano qui a su s'adapter au public jeune : les phrases sont adaptées à sa compréhension, le vocabulaire est précis sans être ultra recherché. L'écrivain ne s'est pas dénaturé : on retrouve le Paris des secrets et des ombres. Patrick Modiano a conservé intacte son envie de laisser l'interprétation de chaque scène au lecteur sans suggestion de sa part. Comme toujours chez lui, la présence des personnages secondaires permet les contrastes réjouissants (l'associé du père, le "chauffeur", la copine de danse et sa famille bourgeoise). Des éléments anecdotiques, il en tisse une sorte de roman noir ou du moins obscur. Bref, Patrick Modiano offre de beaux mots sertis par les illustrations fantastiques de Sempé qui a choisi les couleurs pastel pour donner une ambiance feutrée et passée. Le trait de crayon est suffisamment précis pour rendre les scènes explicites.

De Catherine Certitude, on retiendra une petite fille punchy, un humour attendrissant, un brunch mondain théâtre du dédain de petits bourgeois, une professeure de danse à l'identité obscure, une camionnette en guise de carrosse... Une histoire sympa, un instantané de vie avant le grand départ.

Éditions Folio

                                                                Défi Lire du court - Été 2023 

Lire du court en été #2 : Tenir jusqu'à l'aube - Carole Fives (entre **** et *****)

Carole Fives a un style d'écriture qui me parle : honnête, qui ne passe pas par quatre chemins, littéraire à sa façon. Elle ne choisit pas de longues et belles phrases ; la beauté de son écriture vient par le souffle et le rythme qu'elle impose à ses phrases et dans ses mots, dans la juxtaposition toujours réfléchie de ses mots, dans la construction de ses intrigues. Il y a à la fois une urgence à être sincère, à dénoncer, une explosion à tenir le discours, à défendre les malmené(e)s de notre société...
De ses romans, Carole Fives en compose des manifestes et des pamphlets sociétaux, décortique les clichés et les discriminations, soulève les exagérations et les fausses vérités.  

Tenir jusqu'à l'aube s'inscrit parfaitement dans l'œuvre de cette artiste.

Dans Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives nous présente une héroïne du quotidien, mère célibataire avec un enfant en bas âge, qui subit son statut et se relève avec toutes les difficultés inhérentes à sa situation précaire. Elle y parle de cette générosité à ne pas perdre le lien avec le père (absent) de l'enfant, à garder l'espoir. Elle y raconte toute l'énergie dépensée pour se rappeler aux bons souvenirs de ses ex-copains de promotion, pour sortir de la précarité, pour libérer quelques heures de travail quand le tout petit n'a plus qu'un seul mât familial sur lequel s'appuyer. Intelligemment, Carole Fives montre la pesanteur des propos de certaines femmes, marqueuses et cultivatrices à leur façon de la mauvaise conscience, vectrices également du modèle ultra-conservateur de l'anti-féminisme.  

Tenir jusqu'à l'aube parle d'une femme sur le fil, qui a encore le courage de l'avouer et de s'accrocher. La fin brutale est remarquable, tout simplement. 

Éditions Folio (176 pages).

                                                             Défi Lire du court - Été 2023 


De la même autrice Que nos vies aient l'air d'un film parfait  - Térébenthine - 

Lire du court en été #1 : Noces de neige - Gaêlle Josse ****

Je reprends l'excellente idée d'auto-challenge de Comète et sa non moins excellente initiative de lire des livres courts en été (moins de 200 pages). c'est un format qui me sied parfaitement : j'aime la contrainte de dire vite et bien, d'aller à l'essentiel. Je ne lynche pas les romans plus gros, les fameux pavés (souvent, il y a du très bon) mais la courtitude est une tendance qui me plaît, particulièrement après une année très chargée en émotions et charges diverses. Mes avis seront du même format que les livres lus : courts !

Je commence par Noces de neige de Gaëlle Josse (autrice dont j'affectionne la plume et l'univers). J'ai choisi de débuter ce livre aussi, par clin d'œil à un autre challenge proposé par Comète il y a quelques années, concernant les intrigues en lien avec les trains. 

Noces de neige propose le portrait de deux femmes russes : l'une est née dans l'aristocratie du XIXe siècle, l'autre est contemporaine. Malgré cet écart de temporalité, elles partagent plusieurs rêves ou situations : vivre le grand amour, rechercher une forme de sécurité à la fois intérieure et financière, prendre la ligne de chemin ferroviaire (la Riviera Express qui relie Moscou à Nice) mais dans les sens opposés. Gaëlle Josse propose deux éclairages de la société russe (la richesse d'un côté, la difficulté du quotidien de l'autre), la condition féminine. 

Le récit est court mais bien cerné : au-delà d'un semblant romancé, il aborde l'apparence et l'identité sous toutes ces formes (physique, numérique, familiale), la violence et la folie (natives de guerre ou de rejet), le mensonge et la dissimulation. Il y a de tout dans ce court roman : une écriture toujours aussi fantastique de précision et si agréable à lire, des scènes installées qui marquent, une réflexion sur la vie qui perdure, un petit coup de cœur sur des âmes qui se rapprochent. Sous un couvert qui pourrait paraître léger, Noces de neige est un très bon roman qu'on quitte à regret. Well done !

Éditions J'ai lu
123 pages
 
autre avis : Aifelle,

                                                               Défi Lire du court - Été 2023