Deux femmes et un jardin – Anne Guglielmetti ****

 

Deux femmes et un jardin conte la jolie rencontre estivale d'une adolescente et d'une femme d'un âge certain : la première s'ennuie dans le hameau de vacances (comprenant quelques maisons) supportant difficilement la mésentente entre son père et sa seconde épouse, la seconde héritant à sa grande surprise d'une maisonnée dont le jardin mérite toute son attention et son énergie. Dans ce roman  bienveillant,  tout a vocation à la contemplation, le temps s'arrête pour observer ou sentir. Deux femmes et un jardin est un hymne à la nature et aux sentiments sincères, sans naïveté. C'est très agréable de lire une histoire qui ne s'encombre pas d'une multiplicité d'événements secondaires, de personnages, d'une profusion de sentiments, d'une exagération des faits. Là, on voit la discrétion et le silence, le savoir-taire et l'observation, l'attention à l'autre par de petits gestes (et de menus larçins aussi, que vous découvrirez en lisant cette histoire). Ici une balade à vélo ou le défrichage d'un jardin récalcitrant à la tonte offre de belles aventures, sous le regard d'esprits jamais très loin. Deux femmes et un jardin est un roman aussi court que doux, simple et bien écrit, qui prend le temps de décrire les éléments (faune, flore, êtres humains), de les observer, voire d'arrêter toute activité pour les contempler, un roman dans lequel les temps de silence sont aussi des instants de complicité et d'échanges. Anne Guglielmetti nous offre un bonbon-doudoud littéraire qui fait du bien et qui m'a rappelé par sa douceur le magnifique Le livre d'un été de Tove Jansson pour son côté filiation et transmission, et le génial Là où chantent les écrevisses de Délia Owens et le beau Toutes les créatures de Sarah Louise Butler pour la connexion avec la nature.

Merci à Sylire et à Fransoaz pour leur conseil judicieux !

Éditions Folio (148 pages)

 

Atelier 4 – Hélène Gestern ****


Atelier 4 présente deux formes narratives : la première concerne l'impact dans une famille (sœur aînée – Irène Dobrynine-, père, mari et enfants) de la mort violente d'un de ses membres (la fille et sœur cadette, Natacha Dobrynine), la seconde propose le descriptif des derniers mois de Natacha (chimiste dans une usine de papier) par les éléments que va recueillir sa sœur Irène. Hélène Gestern propose une immersion dans ce roman noir, et dissèque les comportements : la douleur de la perte, le deuil, l'enquête fournie et cohérente, le jeu de piste et les révélations. Elle y parle aussi de burn-out et de dépression, de surmenage et de politique managériale contestable. Ce n'est pas gai-gai mais c'est très très bien écrit (comme toujours avec cette autrice) avec un choix narratif pertinent : celui d'alterner les témoignages (paroles, mails, dialogues) et de rester dans la logique humaine de chacun de ses personnages : il n'y pas d'altération entre la conscience et la conduite d'untel ou d'unetelle. J'ai apprécié comment un cheminement de vie est sensible aux rencontres (comme la vie d'un chien), j'ai aussi apprécié que le roman se rapproche davantage d'une investigation que d'une enquête policière, puisqu'il définit avant tout les contours de responsabilité d'une mort sur un lieu de travail sans parfaire la reconstitution exacte à la minute près. J'ai admiré la justesse littéraire : la précision des détails juridiques, des éléments de langage policier et journalistique, le scénario travaillé et rythmé. J'ai aimé aussi le travail sur les émotions et les états-d'âme d'Irène qui s'épuise à la fois dans sa vie de femme et d'épouse, de médecin généraliste et d'investigatrice par nécessité, pour ne pas se perdre définitivement. On immerge dans deux solitudes, celles de deux sœurs fusionnelles jusqu'au bout.
En résumé : Atelier 4, c'est pas gai mais c'est très bien !

Éditions Grasset
 
De la même autrice :    Eux sur la photo   -  L'odeur de la forêt   -  La part du feu  -   Portrait d'après blessureUn vertige 
 

Dans le fossé - Sladjana Nina Perkovic ***

 

Sladjana Nina Perkovic annonce dans son écrit Dans le fossé, un écrit décousu, une autrice qui navigue dans son scénario avec dextérité, et applique ce qu'elle dit. On ne pourra pas lui reprocher de trahir sa parole. Elle mêle fond et forme. Reste l'impression d'un récit complètement barré de chez barré à l'image de la famille éclatée qu'il dissèque, une juxtaposition de scènes à la fois cohérentes et qui révèlent des moments insolites et imprévisibles (j'ai apprécié le temps de l'inhumation totalement improbable et très drôle). On sent bien en commençant cette intrigue que rien ne tourne rond dans cette tribu : à commencer par la mère qui délègue à sa fille sa présence aux obsèques d'une tante dans une famille névrosée. Tout le petit clan réuni n'espère qu'une chose : un petit pactole d'héritage obtenu lors de la future vente de la maison de tante Stana (la défunte), pactole plus qu'imaginé, pactole qui peut vite être dilapidé. Sauf qu'une maison peut très vite se déprécier. Dans le fossé vaut le coup d’œil pour ses personnages (de fortes personnalités toutes plus exubérantes les unes que les autres) et pour découvrir l'art de vivre dans les Balkans à la dure. Forcément Sladjana Nina Perkovic force le trait, use d'un humour tonique, écrit comme elle respire (plume fluide), s'amuse avec ses personnages tour à tour enjoliveurs puis machiavéliques, finalement peu attachants. Comme je l'ai déjà indiqué, l'autrice dit ce qu'elle compose et l'applique, jusqu'au titre Dans le fossé qui prend tout son sens final : on va droit dans le mur mais on y va. J'ai apprécié cette lecture pour tout le côté culturel et la prouesse littéraire, j'ai apprécié l'éclairage de chaque personnage à l'occasion de scènes épiques avec l'héroïne, j'ai apprécié le côté sans filtre de cette famille borderline, avec l'humour certain et caustique de l'autrice, j'ai été frustrée en seconde partie et par la fin abrupte. Dans le fossé est un récit atypique qui déroute le script, prend des chemins détournés, surprend et peut perdre le lectorat ! Lecture en demi-teinte de mon côté. 

Éditions Zulma (242 pages avec un glossaire en fin d'ouvrage)

Très bonne traduction du serbo-croate (Bosnie-Herzégovine) de Chloé Billon  

Le butor étoilé - Sigolène Vinson ****


J'apprécie l'écriture singulière de Sigolène Vinson, et en particulier son art à installer des éléments paranormaux dans un récit qui se veut classique. Cet équilibre narratif est difficile et j'admire l'habileté dont fait preuve cette autrice à l'aide de détails tout à fait anodins (un correspondant qui n'est pas celui attendu, des yeux qui jaunissent, une couleuvre d'Esculape qui s'humanise) mais qui installent le malentendu et les surprises. Le butor étoilé est un écrit réussi avec une prose très agréable à lire et à suivre, qui nous évade tout en explorant un environnement pas si lointain (les personnes des marais, à proximité de lacs ou de forêts devraient s'y retrouver). Dans Le butor étoilé, Sigolène Vinson met en perspective deux histoires, deux quêtes (celle de la recherche d'une ado disparue (Dedou), celle d'un oiseau -le butor étoilé- dont les apparitions sont rares), un couple en attente (une héroïne ornithologue et Damien confondu avec Marc), une galerie réduite de personnages (amicale du côté de l'ornithologue, familiale du côté de Damien – père, femme, enfants), un loup qui rôde, des chasseurs pas toujours clairs. L'ambiance est dédiée à la nature, au rêve et à l'onirisme. Le butor étoilé offre un doux moment de détente et montre une campagne vive et mystérieuse, des humains en recherche de beau et inquiets de ne pas retrouver une Dedou bien présente dans les souvenirs, dans les enquêtes, dans l'attente. Les descriptions de la faune et de la flore sont sympas et participent à l'effet de contemplation et de lenteur. J'ai vraiment apprécié cette immersion poétique et onirique dans la nature toute proche (les fans d'oiseaux s'y retrouveront), j'ai aimé retrouver aussi l'écriture si singulière et l'univers de Sigolène Vinson, j'ai aimé son traitement libre et respectueux de l'amour (filial, parental, marital). J'ai été moins fan du traitement final de la disparition de Dedou, pas assez travaillé à mon goût. Reste à la fin, l'emprunt parfait d'un poème d'une jeune Nathanëlle qui promet.

Merci à Géraldine pour son avis qui m'a donné envie de lire cette oeuvre. Notre squatter préféré chez Dasola a moins aimé. 

Éditions Le Tripode (160 pages). 

De la même autrice : Le caillou 

La Photo du mois #128 : (Esprit de) clocher

 Sur une idée de Blogosth

Je suis allée voir l'exposition Interstellar à la HAB Galerie (HAB pour hangar à bananes) à Nantes. Et j'ai flashé sur cette oeuvre Coquilles d'Anais Lelièvre (oeuvre qu'elle a réalisée en étant artiste en residence dans une ville avec des églises et des clochers... Ce qui l'a bien inspirée pour représenter ses flèches). Cette oeuvre comme les autres oeuvres d'Interstellar sont visibles du 23 mai 2026 au 27 septembre 2026 et l'entrée est libre et gratuite ! Allez-y, c'est vraiment intéressant comme les autres propositions de cette exposition (dont Négociation 34- Porter surface de Caroline Le Mehauté, une oeuvre mouvante, 1908FPt de Gillian Brett ou Planet d'Astrid Krogh) et les autres lieux et temps artistiques sur les places Graslin et Félix Fournier à Nantes, les expositions temporaires aux musées Dobrée et d'Arts, le court-métrage au cinéma Katorza le vendredi vers 15h30 -pour public adulte-, etc. du Voyage à Nantes (toujours bien inspiré à rendre accessible l'art à tout le monde !).
 
Pour en savoir plus sur l'exposition Interstellar, c'est ici
N'hésitez pas à visionner le montage vidéo de présentation de l'exposition (passionnant).
Et si vous pouvez suivre une visite guidée, c'est pas long (30 minutes), gratuit et c'est instructif vraiment. 
 
Pour le programme du Voyage à Nantes, c'est ici