La Photo du Mois # 89 : un mur de votre salon

Le thème du mois a été choisi par Pilisi qui argumente : " Montrez-nous ce qu'il y a sur un mur de votre salon : tableau, poster, déco... à votre choix."

Lorsque j'ai découvert le thème de ce mois-ci, je me suis dit que j'allais aller tout droit dans le mur (blanc !) Et vous constaterez que la vacuité volontaire de décorations répond parfaitement à ma réflexion initiale. Voilà, voilà !

Allons admirer les murs des autres participants de la Photo du Mois : Akaieric, Blogoth67, Christophe, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, Frédéric, Gilsoub, Gine, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, Pilisi, Renepaulhenry, Xoliv'.

Audiolivre : Un soir de décembre - Delphine de Vigan ****

J'ai lu Un soir de décembre par l'écoute et franchement, j'ai emprunté l'audiolivre sans conviction, pas par hasard parce que je suis de près (ou de loin) Delphine de Vigan une autrice qui ne me laisse jamais (JAMAIS) indifférente (et c'est une grande qualité). Eh bien aussi bizarre que cela puisse paraître, Un soir de décembre est très certainement un de mes récits préférés de Delphine de Vigan : je confirme ainsi le propos du lecteur François Busnel qui aime beaucoup Un soir de décembre (et le défend très bien). Grâce à cette histoire, j'ai (re)découvert la justesse du propos de cette écrivaine sur le couple et sur les relations amoureuses, sa capacité à incarner chaque personnage sans jugement et avec une acuité du monde réel saisissante. 

Restant sur un fil d'équilibriste, Delphine de Vigan laisse parler trois personnages : un homme écrivain dépassé par le succès d'une première œuvre et en proie à la conception du fameux second roman (toujours un cap difficile à dépasser), sa femme qui sent son mari la fuir (pour quoi ? pour qui ?), une trentenaire en cristallisation stendhalienne qui dure, qui dure. On pourrait avoir envie de remuer le popotin de tout ce petit monde et pourtant on les regarde évoluer tels des boules d'un même flipper, se percutant, s'ignorant, et pourtant constamment attirées par un centre obscur, un trou noir qui absorbe toute la lumière. 

Je suis ravie d'avoir découvert Un soir de décembre par l'écoute et il est clair que François Busnel met en valeur chaque mot de Delphine de Vigan. Il sert le texte à la perfection, posant sa voix et les intonations en articulant les mots écrits et en renforçant sans excès les propos de l'écrivaine. Je ne suis pas certaine que mon ressenti aurait été aussi favorable si j'avais découvert cette œuvre avec la lecture par les yeux. 

Editions Audiolib

Emprunté à la bibliothèque 


  ma première participation pour le mois de novembre 2022 au chouette challenge de ma copine Sylire



De la même autrice :   Les gratitudes  - Les Heures souterraines  -  Rien ne s'oppose à la nuit

J'ai lu aussi No et moi (très bien)



Évocation musicale : À cause de toi - Léa Castel


 

Nous nous aimions - Kéthévane Davrichewy (entre **** et *****)

Nous nous aimions offre l'occasion de découvrir l'histoire de la région géorgienne d'Abkhazie (qui rappelle étrangement l'annexion russe des régions ukrainiennes du Donbass et de Crimée) au travers de l'itinéraire d'une danseuse Daredjane et de la période de vacances estivales avec ses filles. 

Nous nous aimions reprend les thèmes phares de Kéthévane Davrichewy notamment dans  La mer noire : l'exil et l'identité, l'intégration et l'inclusion, la double culture avec en toile de fond l'évolution du couple formé par la native Daredjane et l'assimilé Tamaz (au prénom masculin déjà mobilisé dans La mer noire), et la sororité (celle de Kessané et de Tina). Nous nous aimions est un écrit riche des anecdotes qu'il dresse avec humanité, des petits secrets familiaux, des scènes tantôt poétiques (les paysages d'Abkhazie avant la guerre fratricide), tantôt épiques, tantôt violentes (le passage à la douane russe, les combats). Kéthévane Davrichewy présente différents points de vue et de vie (ceux de Daredjane et de sa fille Kessané) montrant ainsi que la vérité est multiple et complexe. À l'instar de La mer noire et Les séparées, Nous nous aimions offre un chouette moment de lecture, à la fois instructif et très bien construit : les personnages sont parfaitement campés ; les scènes sont bien articulées avec des paysages suffisamment explicites ; l'écriture est fluide, ronde et jolie. Grâce à cet écrit, l'autrice gagne en dimension narrative en creusant à la fois les caractères et la réflexion géopolitique et romanesque, avec la grâce et la tendresse qui la caractérisent, tout en conservant un petit côté fleur bleue qui avait déjà hanté les deux romans précités.

Éditions Sabine Wespieser 

De la même autrice :     La mer noire       Les séparées  

BD : L'étreinte - Jim & Laurent Bonneau (entre **** et *****)

Je n'attendais pas grand chose de ce roman graphique, mise à part que je ne l'ai pas choisi au hasard. Avant de l'emprunter, je l'ai feuilleté et j'ai été scotchée par le graphisme. La lecture m'a ensuite très émue : j'ai tout aimé (le scénario, les dialogues, les images). Pourtant à lire les auteurs en fin d'album, ce n'était pas gagné d'avance car ils ont construit l'histoire en juxtaposant les images qu'ils avaient dressées et les idées qui leur venaient au fur et à mesure, chacun de leur côté. Le tout est cohérent et sublime, et n'évite pas les questions qui fâchent (celui du désir d'une autre malgré l'absence de l'être aimé, avec l'espoir d'un mieux).

J'ai trouvé tous les traitement subtils : l'autre dimension de la fidélité amoureuse présentée dans ce livre, le désir d'un artiste sculpteur pour une muse inconnue photographiée à son insu, (son)sa (en)quête, la vie de soignants et d'accompagnants, la réaction des proches, l'attente de tout. J'ai aimé cette galerie de portraits d'êtres du quotidien, leur bienveillance et leur authenticité. J'ai aimé lire cette histoire malgré ce qu'elle raconte, et pour ce qu'elle raconte : celui de l'évolution d'un couple parti en vacances, celui de l'évolution de leur amour, celui de la vie d'un artiste en recherche d'inspiration et d'aspiration. Très beau. 

Le graphisme est soigné, souligné par des couleurs toniques. Les dialogues ne manquent pas de rythme. Chaque scène sert à l'histoire, à l'évolution de la pensée intime du narrateur, à son évolution physique, mentale et psychique, à toutes les formes de résilience rencontrées. 

Ce roman graphique est une réelle réussite. À lire absolument. 

 Éditions Bamboo 

Emprunté à la bibliothèque

Clara lit Proust - Stéphane Carlier ***

J'ai découvert la plume de Stéphane Carlier avec Les gens sont les gens (je ne suis pas fan du tout du titre - mais fort heureusement je ne me suis pas arrêtée à ce titre - pour une histoire sympatoche  qui mérite le détour). J'ai très envie de découvrir Le Chien de Madame Halberstadt (la rencontre devrait se faire incessamment sous peu) et en attendant je découvre une Clara qui lit Proust et franchement, c'est un bon moment de lecture qui aurait pu être un excellent moment de lecture si l'épilogue et la fin de l'intrigue avaient autant été travaillées que le reste (et cela me met en rogne qu'un auteur gâche en peu de pages un si beau travail de mise en scène et de mise en place des personnages !)

Clara lit Proust par Carlier 

Quand on ouvre Clara lit Proust (au titre explicite et impeccable), on a l'impression d'être dans le film Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall mais en version coiffure [avec une atmosphère de bienveillance que ne renieraient ni Anna Gavalda (Ensemble c'est tout) ni Antoine Laurain (Le chapeau de Mitterand, La fille au carnet rouge)]. Même galerie de portraits (côté professionnels de la coiffure : Madame Habib - la propriétaire du magasin, Clara, Nolwenn et Patrick les coiffeurs ; côté clients ou visiteurs fréquents : Lorraine la tenancière du bar d'à côté, Claude Hansen en mal d'identité, etc). Le salon Cindy coiffure (du nom de la fille de l'ancienne propriétaire) est un lieu de vie(s), de rencontres, d'anecdotes (cela cancane dur), d'évolutions en tous genres.

La lecture de ce roman est super aisée : Stéphane Carlier fait le choix de paragraphes courts, alterne les scènes et est économe en mots : c'est bien et cela rend son texte très aéré. Du coup, Clara lit Proust est un roman idéal entre deux pavés ou des histoires bien noires.
Au niveau de la construction de l'intrigue, rien à redire sur les deux tiers du roman. On situe bien les lieux, on positionne parfaitement les personnages, on les distingue bien, les dialogues sont alertes. On comprend comment Clara tombe sous la coupe (littéraire) de Marcel, ce qu'il dit de sa vie à elle, de son intimité. S'il y a une énorme qualité à retenir de Clara lit Proust, c'est que c'est une excellente publicité d'À la recherche du temps perdu : clairement Stéphane Carlier a bossé une partie de cette œuvre majeure de la littérature française et nous propose même le podium des personnages et des tomes préférés de Clara en page 130 de cette édition. En citant à bon escient le délicat Marcel, Stéphane Carlier nous transmet qu'au-delà de la sensibilité et de l'extrême précision des détails avec une plume accessible et sans fioriture outrancière, Marcel Proust était avant tout un fin observateur de ses contemporains et un grand analyste sociétal. De façon plutôt pertinente et humble, Stéphane Carlier traduit l'univers proustien, ses idées principales, la transmission littéraire. De ce fait, Clara lit Proust sert l’œuvre de Marcel davantage qu'il ne s'en sert. Là encore un point fort. 

Non, mon unique regret est qu'après avoir tout installé et fait monter l'intrigue (et cela de façon intelligente), celle-ci retombe comme un soufflet : c'est comme ci Stéphane Carlier avait façonné une bonne recette de cuisine, qu'il avait préparé le four, suivi sa super recette, mais qu'il avait oublié de sortir le plat du four. Le goût final n'est pas cramé mais inachevé. C'est la fin qui pêche vraiment : on n'y croit pas et on n'y croit pas déjà avec la rencontre de Clara et des artistes de rue. Enfin, ce n'est que mon ressenti mais franchement achever de cette façon à la one shot une intrigue tant construite frustre la lectrice que je suis. 

Éditions Gallimard

autres avis : Gambadou

du même auteur : Les gens sont les gens