Mais je t'aime

Ce soir, je me connecte à Youtube et je tombe par hasard sur Mais je t'aime qui m'a prise aux tripes : la pureté de la voix écorchée de Camille Lellouche avec un vibrato touchant, le slam de Grand Corps Malade, un clip sombre pour laisser la place aux voix, aux profils si expressifs et au texte juste sublime... La musique est là pour accompagner le tout, en apesanteur. Les arrangements sont remarquables et subliment l'ensemble (voix, son, image).
Une splendeur musicale juste magique et magnifique. Parfois le hasard a du bon ! ici


Ne me raconte pas d'histoires.
Tu sais bien ce qui ne tourne pas rond ....chez moi.
Ne m'en demande pas trop,
Tu sais bien, que les fêlures sont profondes...en moi.
Ne t'accroche pas si fort,... si tu doutes.
Ne t'accroche pas si fort,... si ça te coûte.
Ne me laisse pas te quitter, alors que je suis sûre de moi.
Je te donne tout ce que j'ai, alors essaie de voir en moi que
 
Je t'aime
Mais je t'aime
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime, du plus fort que je peux.
Je t'aime, et je fais de mon mieux.
 
On m'avait dit "Attends tu vas voir, l'amour c'est un grand feu.
Ça crépite, ça illumine, ça brille, ça réchauffe, ça pique les yeux.
Ça envoie des centaines de lucioles tout là-haut, au firmament.
Ça s'allume d'un coup et ça éclaire le monde et la vie différemment."
 
Nous, on a craqué l'allumette pour l'étincelle de nos débuts.
On a alimenté ce foyer de tous nos excès, de nos abus.
On s'est aimé plus que tout, seuls au monde dans notre bulle.
Ces flammes nous ont rendus fous, on a oublié qu'au final le feu,
Ça brûle.
 
Je t'aime 
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime
Mais je t'aime
Je t'aime
Je t'aime, du plus fort que je peux.
Je t'aime, et je fais de mon mieux
.
 
Je m'approche tout près de notre feu et je transpire d'amertume.
Je vois danser ces flammes jaune et bleu, et la passion qui se consume.
Pourquoi lorsque l'amour est fort, il nous rend vulnérables et fragiles ?
Je pense à nous, et je vacille.
Pourquoi depuis, rien n'est facile ?
 
Je t'aime en feu, je t'aime en or,
Je t'aime soucieux, je t'aime trop fort,
Je t'aime pour deux, je t'aime à tort,
C'est périlleux, je t'aime encore.
 
Alors c'est vrai, ça me perfore.
Je t'aime pesant, je t'aime bancal.
Évidemment ça me dévore.
Je sais tellement que je t'aime ...mal.
 

Si j'avance... avec toi 
C'est que je me vois faire cette danse .... dans tes bras.
Tes attentes,... j'en n'ai pas.
Tu me donnes tant d'amour, tant de force, 
que je ne peux plus... me passer de toi.
Si mes mots te blessent, ...c'est pas d'ta faute.
Mes blessures sont d'hier.
Il y a des jours... plus durs que d'autres,
Si mes mots te pèsent,... j'y suis pour rien,
j'y suis pour rien,... rien...
 
Mais... je t'aime
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime 
Je t'aime
Je t'aime
Je t'aime, du plus fort que je peux
Je t'aime, et je fais de mon mieux
{Tu m'aimes, tu fais de ton mieux }
 
Mais je t'aime  

Mais je t'aime - Camille Lellouche & Grand Corps Malade

Parole : Grand Corps Malade & Camille Lellouche
Musique : Camille Lellouche

Le chant des revenants - Jesmyn Ward *****

Ce que j'aime dans la lecture, c'est la proximité qui s'opère directement avec certaines autrices et certains auteurs, même si cela fait longtemps que je ne les ai pas lu.e.s, même si j'ai lu finalement peu d'eux et d'elles. C'est le cas de Jesmyn Ward découverte avec Bois sauvage.
Le chant des revenants est une diphonie littéraire incarnée par Jojo, un garçon de 13 ans (à l'instinct paternel très développé) et Léonie sa mère de 30 ans (restée "fille de" sans jamais avoir muté avec ses deux maternités).

Le chant des revenants raconte l'épopée de Léonie flanquée de sa tribu (Jojo donc et la toute petite Michaela dite Kayla, fillette de 3 ans) et de sa bonne copine, junkie comme elle, sur les routes pour rejoindre son cher et tendre (enfin son mec quoi), le père de ses enfants, son amour, celui pour qui elle vit, celui qui a pris tout son cœur et qui laisse des miettes à leurs deux enfants. Le trajet sera semé d'embûches et d'étapes, assez inquiétantes, parfois glauques mais pas trash.

Mais Le Chant des revenants est tellement plus que celà, riche de son fond thématique (la transmission, l'héritage, la rédemption, le pardon, les mythes, la parentalité), profondément ancré dans le Sud américain marqué à la culotte par la xénophobie et le racisme ordinaire, et terriblement actuel (l'arrestation du groupe par des policiers zélés et le plaquage au sol de Jojo rappellent des événements douloureusement récents).

Dans Le Chant des revenants, tout est question d'équilibre : si le sentiment d'amour parental est faiblard chez Léonie, il est renforcé chez Jojo, son grand-père et sa grand-mère maternels. Entre la mère et le fils, la connexion n'est pas verbale ni orale mais traverse les murs et s'effectue d'esprit à esprit.

J'ai tout aimé dans ce roman : la qualité littéraire et la belle traduction de Charles Recoursé, la capacité de Jesmyn Ward à m'évader dans différents univers, dans différentes dimensions. Et surtout quelle maîtrise, mais quelle maîtrise du récit !
J'ai apprécié être avec tous les personnages, d'effectuer ce road-movie (finalement ordinaire dans sa trajectoire, extraordinaire dans ses rencontres) en leur compagnie, de vivre les paysages, les époques, la fatigue, les corps éprouvés, l'histoire sociétale américaine, la chasse à l'homme, la cruauté et l'humanité, l'amour et le désarroi. J'ai été émue de découvrir les petits secrets de chacun et de chacune, leur faiblesse et leur force, leurs imperfections et leur résilience.
Tout est solaire, tout est clair-obscur dans ce roman, tout est somptueusement maîtrisé : chacun.e cherche sa voie, sa vérité, un sens à sa vie. Et pourtant tous appartiennent à la même lignée.
La violence tantôt physique tantôt verbale joue au jeu du chat et de la souris avec le lecteur : elle apparaît par surprise, se niche là où on ne l'attend pas où on croit à l'espoir et au pardon, elle choque et puis repart.
Le rythme de narration est à la fois lent et ténu, on ne s'ennuie pas, on est même complètement ferré.
Je n'oublierai pas de sitôt certaines retrouvailles familiales, deux familles unies par un couple mixte, deux ambiances.

Le Chant des revenants est un roman futur classique, un livre qui marquera son époque sans faire de vague ni d'éclat ni de propagande publicitaire outrageuse, juste par le talent de son autrice, par son humilité et sa singulière précision du détail, de tous les détails.
Cette œuvre parle de tout, de nous, suit la filiation des auteurs américains du Sud, sans les trahir mais avec une touche de modernité, dépeint la condition humaine comme à son époque l'a décrite Émile Zola.

Exceptionnel et prodigieux, ni plus ni moins !

Éditions 10/18 - 287 pages -parution du broché en 2017, parution du poche en février 2020.
Traduction remarquable de Charles Recoursé

autres avis : ma Zaz, Kathel, Sharon, Cathulu, Mimipinson, Alex,

de la même autrice :
Bois sauvage

La Photo du Mois # 63 : Mon amie, mon ombre

Le thème du mois fut choisi par Akaeric qui argumente ainsi : "Elle nous suit partout, on ne fait plus attention à elle. Peut-être que dans notre dos, notre ombre fait des choses surprenantes ou va dans des endroits inconnus ? Alors n'hésitez pas à vous retourner et à prendre (ou à faire prendre) votre propre ombre en photo."

L'idée était de respecter à la fois le thème d'Akaeric mais aussi le cadre initial du groupe mensuel (celui de prendre nous-même la photo).

Bon, j'aurais voulu un truc un peu fun, un peu plus sympa, plus original. Bref, voici ma participation en demi-teinte (comme cela m'arrive de temps en temps), mais qui respecte le thème originel... 
Allons admirer les ombres des autres :

Jeunesse : Charlananas & chantilly - Estelle Dubreuil (entre *** et ****)

J'ai reçu Charlananas & chantilly d'Estelle Dubreuil par l'opération Masse Critique spécial Jeunesse de Babelio (oui depuis que j'ai divorcé avec Facebook, je me suis pacsée avec Babelio, ne supportant pas la solitude numérique.)

J'ai une première fois lu ce court album et j'y ai trouvé de jolies choses (les illustrations et les couleurs splendides, une chute très sympa) et de moins jolies choses (un scénario assez cousu, un texte qui peut par moments être plat et par d'autres instants être mélodieux et clinquant). J'ai ensuite repris d'autres lectures (et en ce moment, c'est moins la joie : j'ai du mal avec un livre mais je vous en parlerai prochainement).

Puis pendant une pause, j'ai relu Charlananas & chantilly et j'y ai découvert tous les messages subliminaux de cette histoire d'amitié et cet éclairage nouveau rend l’œuvre nettement plus intéressante et forte. En gros, Charlananas & chantilly, ce n'est pas que pour les enfants !

Charlananas et l'Oiseau sont deux amis très différents. L'un rêve de mer, l'autre de ski ; l'un s'évade dans les livres, l'autre veut que cela bouge !

Alors si en plus, le haut de forme que porte Charlananas devient sujet à discorde (une activité sportive risquée peut le briser), rien ne va plus entre les deux potes !
Avec son histoire légère et rigolote avec des scènes aussi féériques que spatiales, Estelle Dubreuil parle bien sûr d'amitié, mais aussi de différence, d'abandon et de choix qui font souffrir puis réfléchir sur l'essentiel. Au-delà des divergences, seul compte ce qu'il y a de plus précieux : le lien d'amour.
Alors oui, Charlananas & chantilly raconte aux enfants que le lâcher prise (l'abandon d'un doudou, par exemple, quand on est prêt) aide à grandir et surtout à retrouver ce qui importe le plus.

En bref, Charlananas & chantilly est tout sauf un album anecdotique et son discours sous-jacent est aussi flamboyant et délicat que ses couleurs et le graphisme extras. À découvrir.

Éditions ThoT (merci à la maison d'édition pour ce partenariat avec Babelio)

Un chemin de tables - Maylis de Kérangal (entre *** et ****)

Lire une œuvre de Maylis de Kerangal c'est comme retrouver une bonne copine : les fondations de la relation sont là, on se retrouve comme si on s'était quitté la veille, on rentre direct dans le sujet, on est tout de suite bien et à l'aise, la connection est immédiate (de cœur à cœur, d'esprit à esprit). Bref, j'ai ouvert Un chemin de tables et je ne l'ai pas lâché !
Un chemin de tables raconte un bout d'itinéraire de vie de Mauro, autodidacte cuisinier, étudiant en sciences économiques qui va peu à peu se destiner à l'art culinaire.

Mauro a la bougeotte, la détermination de quelqu'un qui en veut mais pas à n'importe quel prix, un insoumis au cœur généreux avec des convictions aussi professionnelles qu'humaines, qui ne lésine ni sur son temps ni sur l'expertise qu'il doit acquérir.

J'ai aimé ce personnage, le voir évoluer, dévolu à sa passion, ne comptant pas ses heures ; un artiste humble qui jeune s'investit comme un fou dans une entreprise mais n'accepte pas à raison l'humiliation, un chouette bonhomme donc !

Dans Un chemin de tables, Maylis de Kerangal narre les différentes expériences dans la restauration de Mauro, son aptitude à rebondir, à innover, à impulser.

Un chemin de tables est à mi chemin entre le documentaire, le roman et la part biographique. Maylis de Kerangal apparaît discrètement au détour de ses rencontres avec Mauro qu'elle suit à la trace. Grâce à ce récit hybride, on découvre l'envers du décor des tables étoilées et de cuisines aussi rutilantes que rabaissantes (il y a des claques qui se perdent), les heures de labeur et qui ne se comptent plus, le sacerdoce, les sacrifices (la perte d'un  amour, le manque de sommeil...) et l'incroyable énergie d'entreprendre si jeune, de choisir des bons produits, d'être une main d’œuvre au savoir-faire recherché et convoité. On retrouve toujours la plume énergique de Maylis de Kerangal, les mots qui coulent à flot magique et naturel.

En bref : Un chemin de tables, une vie pour une passion, une vie passionnante.

Éditions Folio - juin 2019
106 pages.

autres avis : Clara, Emma, ComèteÀ propos des livres, Yv,

de la même autrice :