7 ans

J'ai toujours pensé que j'avais créé Jemelivre un 25 septembre, plus précisément le dimanche 25 septembre 2011 avec mon cher et tendre. C'est d'ailleurs lui qui a conçu l'architecture de mon site, même si après trois ans d'attente, j'étais particulièrement sûre de mes choix (de couleurs, de forme, d'images etc). D'ailleurs, Jemelivre ne change pas, vieillit sûrement mais son accueil reste quasi identique à celui de ses débuts. Bref, Jemelivre n'a pas été conçu un dimanche mais la veille, un samedi  (cela reste un jour de week-end, idéal pour la réflexion).
Quoi dire d'autre : je l'aime bien ! Oui, c'est vrai, je suis attachée à ce petit espace personnel. J'ai le sentiment d'avoir une vraie liberté de ton, de la savourer. Je suis aussi très heureuse d'avoir au fil des années construit un cercle de visites d'autres espaces : ces derniers temps, j'ai restreint mes fréquentations (la faute à un travail fantastique mais chronophage). Mais je suis contente de son rythme, de son existence, des petits moments de grâce que j'ai connus pendant ces sept superbes années. 
Je dois beaucoup à Jemelivre et à toutes les personnes que j'ai croisées grâce à cette activité livresque, électronique, effrénée au début - plus calme ces temps-ci : une ouverture de pensée, beaucoup de bienveillance à mon égard, de vraies personnalités avec de très belles plumes. Entretenir cet espace a consolidé une facette de ma vie : sans être littéraire (je n'ai pas l'outrcuidance d'affirmer un quelconque talent à ce niveau-là), j'ai entretenu mon envie d'écrire (par la rédaction de petits billets de lecture et les rendez-vous que j'essaie de suivre le plus fidèlement possible quand je peux : la contrainte chez Philippe D et la Photo du Mois) et certainement mon orthographe. J'ai aussi libéré ma plume (même si je n'en conçois pas complètement les effets) et j'espère avoir appris à dire les choses plus simplement tout en restant authentique et sincère.
Je tiens aussi à remercier les fidèles que je ne citerai pas (un oubli discourtois devient impardonnable), les gens de passage, bref les lecteurs et lectrices potentiels ou assidus. Je ne sais pas si Jemelivre continuera longtemps. En fait, c'est une question que je ne me pose pas pour la simple raison que bloguer ne me pèse pas et m'apporte beaucoup de satisfaction. Alors en conclusion : bon bloganniv, Jemelivre, et sept bisous pour le coup !

Évasion musicale : Comme une reine - Madame Monsieur 

Un été à quatre mains - Gaëlle Josse *****

Un été à quatre mains est un coup de cœur, un moment de grâce littéraire à ne pas manquer.

Le temps d'un été, Schubert, compositeur hors pair mais sans le sou, est invité par une famille noble. En échange du logis et de la nourriture, le musicien compose des morceaux et donne des leçons de piano aux deux jeunes filles du domaine. Si l'aînée s'avère une soprano talentueuse mais pressée, la cadette, Caroline dite Carodine, fait preuve d'une maturité musicale et d'une sensibilité très proche de celle de son instructeur. Qui n'en attendait pas tant pour être inspiré.
Un été à quatre mains par Josse
image captée sur le site de Babélio

Gaëlle Josse dessine la solitude d'un homme dont le génie certes reconnu ne se consolide pas par une vie matérielle décente et à l'abri du besoin. Avec délicatesse, l'auteure dresse le quotidien d'un artiste en proie à ses fulgurances musicales, bien présent et conscient du monde qui l'entoure - fait de castes qui empêchent des amours socialement malséantes et pourtant éprouvées-. L'été à quatre mains présente un homme digne et respectueux des codes, une jeune femme en devenir et à l'avenir tout tracé par le joug parental, des instants de musique où une main posée par inadvertance blesse, le quotidien d'une aristocratie dont la préparation de déjeuners gargantuesques perturbe la torpeur routinière. Par petites touches, l'auteure indique les anecdotes de vie qui ont construit le mythe du musicien, contraint à une existence pauvre, mûri par la simplicité.

Le texte met en scène un monde passé, où le mécénat présenté comme ouvert et jovial peut s'avérer froid et violent. La prose de Gaëlle Josse est sublime, le phrasé à la fois simple et disponible illustre la musicalité du propos. Documenté et riche, Un été à quatre mains est un roman court et prenant, un instantané de vie de Monsieur Schubert.  

page 56 :
"Il s'est assis à l'écart, suant et soufflant sous sa redingote. Ses chaussures le font souffrir, son pantalon le serre, il ne sait pas comment s'asseoir. Il craint de faire craquer le tissu, on va rire de lui. Il n'a plus faim, le verre de vin blanc qu'il a accepté tout à l'heure, mêlé à la chaleur, lui fait tourner la tête. Il aurait dû refuser de venir. Ne pas se mêler à cette jeunesse insouciante, comblée, qui se réjouit du spectacle champêtre qu'elle se donne. Sa place n'est pas ici.
Le repas a pris fin, il a fini par accepter une part de brioche qu'une des jeunes invitées lui a proposé. Une torpeur s'est emparée du petit groupe, déjà moins bavard, moins rieur que tout à l'heure. On s'assoupit. Franz se réjouit de cette trêve, il est enfin devenu invisible."

Editions ateliers Henry Daugier
Broché paru en mars 2017 - 73 pages

Emprunté à la bibliothèque

La Photo du mois # 42 : Ajour(s)

Bon, comment vous dire... Même après avoir étudié le thème toute une soirée, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris (mon cerveau limité fait ce qu'il peut, quand il veut !). Aussi, je présente mes excuses plates à Gine qui a choisi ce beau thème, en raison du splendide hors-sujet que je commets.
Allons admirer l'inspiration à jour et au goût du jour des blogocopines et blogocopains :

Noli me tangere - Andrea Camilleri ****

Je dois cette lecture grâce à l'avis hyper convaincant de Noukette. J'ai suivi la route tracée par notre illustre blogocopine et je ne l'ai pas regretté !
Laura est une romancière en herbe, au talent peu mis en avant, contrairement à sa plastique et ses conquêtes masculines multiples. Mariée à Mattia, un écrivain sexagénaire accompli (trente ans plus âgé qu'elle), elle disparaît un jour tout en prenant le temps de distiller quelques traces d'apparition. Inquiet, le mari demande l'appui d'un commissaire (Maurizi) zélé et néanmoins tenace, déterminé à retrouver un jour ou l'autre cette adulte.

Noli me tangere, locution latine prêtée à Jésus à l'égard de Marie-Madeleine. Des fois qu'on n'aurait pas compris ou cherché à l'aide d'un moteur de traduction numérique, la maison d'édition a fait le choix de sous-titrer avec la traduction française "Ne me touche pas" : quel dommage ! Non seulement, cela alourdit la première de couverture, ôte le mystère du mystique message essentiel pour comprendre la finalité de cette histoire et si contraire à l'attitude même de celle qui le prononce : Laura, une épicurienne, en recherche d'extase, de passion, de sens... Je n'irai pas jusqu'à dire comme Jésus  ( quoique ? ) ... sous peine de m'attirer les foudres des conservateurs religieux. Je ne crains rien, je pense juste que Noli me tangere n'a aucun besoin de polémique pour faire son petit bout de chemin littéraire et de creuser son sillon de succès. 
Parce que ce roman a vraiment tout pour plaire au plus grand nombre. Il y a un petit côté de Da Vinci Code de Dan Brown dans cette intrigue, de Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer dans la forme.
Le rythme est soutenu, entretenu par de courts chapitres, partagés en lettres, courriels, récit, dialogues ou articles de presse. Le phrasé est accrocheur et Noli me tangere en devient un vrai page-turner. Andrea Camilleri y dévoile une double quête : celle de la disparue, celle de son poursuivant (ce cher Maurizi ratisse large). Femme légère ou profonde, Laura montre en tout cas sa complexité et sa liberté... avec brio.     

Editions Métailié (avis à la maison d'édition : une coquille à corriger -la date en entête de la page 59 du format broché)
Traduction de Serge Quadruppani

page 29 : " Tu sais pourquoi le ghibli souffle sur toi ? Parce que c'est toi, le désert. Le vent fait disparaître les formes qui viennent s'imprimer sur ton corps. Ne crois pas que mes paroles soient dictées par la rancœur, la jalousie ou je ne sais quoi. Elles ne sont que le résultat de toute l'affection que j'ai eue pour toi. Je te souhaite, non pas que tu puisses trouver le bonheur, mais que dans ton désert puisse arriver le miracle d'une oasis. "  

avis : Noukette

Mon exemplaire voyage pour les blogueuses et les blogueurs dont je consulte ou connais les sites et éventuellement pour leurs connaissances. N'hésitez pas à me le réclamer.

La chance de leur vie - Agnès Desarthe **** [RL2018 #1]

J'aime bien l'écriture d'Agnès Desarthe, j'aime bien cette auteure. Je trouve qu'elle s'invente, qu'elle ne reste pas sur un thème déterminé, qu'elle utilise une langue propre, qu'elle n'hésite pas à triturer, à vulgariser. Parfois certains passages sont super imagés, beaux ; d'autres sont propres à la langue du quotidien, poétique aussi. Il y a une vraie dignité et une grande sincérité dans sa façon d'aborder la vie, ses créatures, sans complaisance mais aussi sans mièvrerie. Bref j'aime beaucoup l'univers d'Agnès Desarthe, j'ai toujours plaisir à le retrouver et on va dire qu'après avoir lu La chance de leur vie, je ne suis pas prête à changer d'avis ! 
La famille Vickery débarque aux States : le père, Hector, philosophe et poète, convié à partager ses savoirs universitaires et autres un temps donné en Caroline du Nord ; la mère, Sylvie, femme au foyer tout le temps, en proie à l'introspection et à l'observation momentanément ; le fils rebaptisé, Lester, en charmante crise mystique, sujet aux salves pertinentes. Le trio détonne et perturbe les habitudes installées. Dans une ville où tout se sait, le moindre écart sert aux discussions, est disséqué puis tancé. 

Agnès Desarthe présente une famille d'expatriés en perte de repères, entre les attentats parisiens et l'avènement de Trump. L'homme se découvre, la femme explore et le fils touche. Il n'y a rien de graveleux, tout est fait en conscience. Il est inutile d'en dévoiler plus. La plume d'Agnès Desarthe se déguste. Dans La chance de leur vie, vous y découvrirez des personnages touchants, honnêtes et sincères à leur façon, déboussolés par une nouvelle existence et d'autres relations ; un couple solide et un adolescent résistant, continuellement en ressources. Les souvenirs français côtoient le quotidien américain : le choc des cultures est ébranlé par celui des attentats. 
Sylvie, tantôt antipathique et froide, se révèle profondément humaine. Son regard sur sa vie passée et sa réussite artistique sont sans concession. Le trio qu'elle forme avec son mari et son fils unique ne se dissout jamais, chaque personnage ravive l'autre : par ses mots, par ses pensées, par ses faits, par son regard, Sylvie entretient le groupe. Vraiment réussi.

Editions de l'Olivier

Page 54 : " C'est étrange ... comme ce grand bond vers un avenir incertain, ce voyage au bout du monde, dans un pays inconnu et neuf, au lieu de lui ouvrir les ailes vers une vie à conquérir, la replonge sans qu'elle le veuille, dans le passé. Jamais elle n'avait, avant de poser le pied sur ce sol étranger, tourné son regard vers le temps d'avant. C'est comme si, par la magie du déplacement, elle se retrouvait non plus face au futur, mais braquée vers l'enfance, sa propre enfance, sa jeunesse qu'elle n'avait pas pris de ressasser. Elle se sent pareille au promeneur qui, après s'être concentré sur l'ascension, jette un regard paisible, lavé par l'épuisement du corps, en direction du chemin accompli, tout en reprenant haleine. "

avis : Alex

Mon exemplaire voyage pour les blogueuses et les blogueurs dont je consulte ou connais les sites et éventuellement pour leurs connaissances. N'hésitez pas à me le réclamer.

De l'auteure :

La Photo du Mois # 41 : Trophée

Le thème du mois fut choisi par La Tribu de Chacha sans commentaires.

Après avoir mûrement réfléchi (vous avez raté l'image d'un écureuil savourant son "trophée-butin-noisette"), c'est au détour d'une rue très passante de la belle ville d'Ottawa que cette sculpture urbaine assez impressionnante s'est imposée (à ma vue et à mon esprit).

Pour la petite histoire, cette œuvre d'art urbaine de la capitale canadienne, inaugurée en octobre 2017 rend hommage à la coupe Stanley décernée chaque année à l'équipe de hockey championne du Dominion. Voilà, voilà....
Allons admirer les trophées des photocopains et photocopines :