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Deux femmes et un jardin – Anne Guglielmetti (entre *** et ****)

 

Deux femmes et un jardin conte la jolie rencontre estivale d'une adolescente et d'une femme d'un âge certain : la première s'ennuie dans le hameau de vacances (comprenant quelques maisons) supportant difficilement la mésentente entre son père et sa seconde épouse, la seconde héritant à sa grande surprise d'une maisonnée dont le jardin mérite toute son attention et son énergie. Dans ce roman  bienveillant,  tout a vocation à la contemplation, le temps s'arrête pour observer ou sentir. Deux femmes et un jardin est un hymne à la nature et aux sentiments sincères, sans naïveté. C'est très agréable de lire une histoire qui ne s'encombre pas d'une multiplicité d'événements secondaires, de personnages, d'une profusion de sentiments, d'une exagération des faits. Là, on voit la discrétion et le silence, le savoir-taire et l'observation, l'attention à l'autre par de petits gestes (et de menus larcins aussi, que vous découvrirez en lisant cette histoire). Ici une balade à vélo ou le défrichage d'un jardin récalcitrant à la tonte offre de belles aventures, sous le regard d'esprits jamais très loin. Deux femmes et un jardin est un roman aussi court que doux, simple et bien écrit, qui prend le temps de décrire les éléments (faune, flore, êtres humains), de les observer, voire d'arrêter toute activité pour les contempler, un roman dans lequel les temps de silence sont aussi des instants de complicité et d'échanges. Anne Guglielmetti nous offre un bonbon-doudou littéraire qui fait du bien et qui m'a rappelé par sa douceur le magnifique Le livre d'un été de Tove Jansson pour son côté filiation et transmission, et le génial Là où chantent les écrevisses de Délia Owens et le beau Toutes les créatures de Sarah Louise Butler pour la connexion avec la nature.

Merci à Sylire et à Fransoaz pour leur conseil judicieux !

Éditions Folio (148 pages)

 

Atelier 4 – Hélène Gestern ****


Atelier 4 présente deux formes narratives : la première concerne l'impact dans une famille (sœur aînée – Irène Dobrynine-, père, mari et enfants) de la mort violente d'un de ses membres (la fille et sœur cadette, Natacha Dobrynine), la seconde propose le descriptif des derniers mois de Natacha (chimiste dans une usine de papier) par les éléments que va recueillir sa sœur Irène. Hélène Gestern propose une immersion dans ce roman noir, et dissèque les comportements : la douleur de la perte, le deuil, l'enquête fournie et cohérente, le jeu de piste et les révélations. Elle y parle aussi de burn-out et de dépression, de surmenage et de politique managériale contestable. Ce n'est pas gai-gai mais c'est très très bien écrit (comme toujours avec cette autrice) avec un choix narratif pertinent : celui d'alterner les témoignages (paroles, mails, dialogues) et de rester dans la logique humaine de chacun de ses personnages : il n'y pas d'altération entre la conscience et la conduite d'untel ou d'unetelle. J'ai apprécié comment un cheminement de vie est sensible aux rencontres (comme la vie d'un chien), j'ai aussi apprécié que le roman se rapproche davantage d'une investigation que d'une enquête policière, puisqu'il définit avant tout les contours de responsabilité d'une mort sur un lieu de travail sans parfaire la reconstitution exacte à la minute près. J'ai admiré la justesse littéraire : la précision des détails juridiques, des éléments de langage policier et journalistique, le scénario travaillé et rythmé. J'ai aimé aussi le travail sur les émotions et les états-d'âme d'Irène qui s'épuise à la fois dans sa vie de femme et d'épouse, de médecin généraliste et d'investigatrice par nécessité, pour ne pas se perdre définitivement. On immerge dans deux solitudes, celles de deux sœurs fusionnelles jusqu'au bout.
En résumé : Atelier 4, c'est pas gai mais c'est très bien !

Éditions Grasset
 
De la même autrice :    Eux sur la photo   -  L'odeur de la forêt   -  La part du feu  -   Portrait d'après blessure -  Un vertige 
 

Le butor étoilé - Sigolène Vinson ****


J'apprécie l'écriture singulière de Sigolène Vinson, et en particulier son art à installer des éléments paranormaux dans un récit qui se veut classique. Cet équilibre narratif est difficile et j'admire l'habileté dont fait preuve cette autrice à l'aide de détails tout à fait anodins (un correspondant qui n'est pas celui attendu, des yeux qui jaunissent, une couleuvre d'Esculape qui s'humanise) mais qui installent le malentendu et les surprises. Le butor étoilé est un écrit réussi avec une prose très agréable à lire et à suivre, qui nous évade tout en explorant un environnement pas si lointain (les personnes des marais, à proximité de lacs ou de forêts devraient s'y retrouver). Dans Le butor étoilé, Sigolène Vinson met en perspective deux histoires, deux quêtes (celle de la recherche d'une ado disparue (Dedou), celle d'un oiseau -le butor étoilé- dont les apparitions sont rares), un couple en attente (une héroïne ornithologue et Damien confondu avec Marc), une galerie réduite de personnages (amicale du côté de l'ornithologue, familiale du côté de Damien – père, femme, enfants), un loup qui rôde, des chasseurs pas toujours clairs. L'ambiance est dédiée à la nature, au rêve et à l'onirisme. Le butor étoilé offre un doux moment de détente et montre une campagne vive et mystérieuse, des humains en recherche de beau et inquiets de ne pas retrouver une Dedou bien présente dans les souvenirs, dans les enquêtes, dans l'attente. Les descriptions de la faune et de la flore sont sympas et participent à l'effet de contemplation et de lenteur. J'ai vraiment apprécié cette immersion poétique et onirique dans la nature toute proche (les fans d'oiseaux s'y retrouveront), j'ai aimé retrouver aussi l'écriture si singulière et l'univers de Sigolène Vinson, j'ai aimé son traitement libre et respectueux de l'amour (filial, parental, marital). J'ai été moins fan du traitement final de la disparition de Dedou, pas assez travaillé à mon goût. Reste à la fin, l'emprunt parfait d'un poème d'une jeune Nathanëlle qui promet.

Merci à Géraldine pour son avis qui m'a donné envie de lire cette oeuvre. Notre squatter préféré chez Dasola a moins aimé. 

Éditions Le Tripode (160 pages). 

De la même autrice : Le caillou 

Les Vivants Nullipares et alors ?

Pour ce billet, je vous propose la rencontre de deux univers : d'un côté un roman, de l'autre un manifeste. J'ai ouvert ces deux livres sans attente particulière, motivée à comprendre le succès populaire et justifié du premier (Les Vivants**** d'Ambre Chalumeau) et à découvrir les discours frondeurs du second (Nullipares et alors ?   entre *** et ****). 

Voilà dans le touchant Les Vivants, Ambre Chalumeau raconte des humanités touchées par un drame : la maladie d'un des leurs, celui qui les lie, celui qui n'a pas tout dit. On voit les deux grandes copines, les parents, le frère, on découvre le secret. Telles des bulles qui grandissent et parfois explosent, on les voit naviguer dans un quotidien tendu : l'une découvre la prépa, l'autre révèle ses traumas, le couple parental morfle, et le petit dernier apprend à vivre sans l'ombre de son frère, presque honteux d'apprécier enfin le soleil.  Les Vivants est le premier roman d'Ambre Chalumeau chroniqueuse culturelle de l'émission Le Quotidien, une personnalité que j'aime bien pour sa bienveillance, son flow, sa culture, la fluidité de ses paroles. Ce premier roman est facile à lire avec les punchlines de l'autrice, habituée à la concision, à l'écriture rapide, au jet incisif sans être méchant. La tendresse pour ses personnages transparaît à chacune de ses pages, sa générosité aussi. Telle une romancière déjà installée avec un univers bien campé, Ambre Chalumeau ose les métaphores, les réflexions toutes personnelles, les petites piques, met à nu ses idées tout en restant pudique. Les Vivants révèle surtout une autrice sur qui compter. Pourvu que son futur second roman soit aussi talentueux !

Éditions Le Livre de Poche 

 

Nullipares et alors ? Tout est dans le titre, oui, pourquoi à l'époque actuelle faut-il que des femmes justifient leur choix de ne pas avoir d'enfant, en écrivent un livre pour permettre à celles qui ont ce même désir de ne pas enfanter et qui n'osent pas, de savoir qu'elles ne sont pas seules ? Parce que l'intérêt de ce manifeste est surtout là pour raconter des itinéraires, pour donner des arguments et montrer implicitement la pression sociale forte que subit toute femme en âge de procréer, réduite à un état de porteuse d'utérus. J'ai lu Nullipares et Alors ? et à chaque fois, j'ai senti la colère contenue, la colère d'en avoir supporté des réflexions déplacées sur l'état de célibataire, l'état de celle qui ne veut pas suivre la logique implacable et toute tracée de la maternité qui rassure la norme sociale. Je me suis fait la remarque de savoir si on questionnait autant les futurs parents de leur choix d'enfanter. Pourtant on devrait, par équilibre, par la prise de conscience de ce que c'est de faire naître un enfant et de l'élever. J'ai regretté que ces femmes autrices aient éprouvé le besoin de se justifier capables d'amour. Je l'ai regretté parce que je n'en ai jamais douté, comme je ne doute pas que certains font des enfants sans éprouver tant d'attachement, répondant pour certains d'entre eux, plus à des rites sociaux/ancestraux/familiaux. Au-delà de ces différentes voix intéressantes, Nullipares et alors ? a le mérite de nous faire réfléchir loin et profondément en nous, sur ce qu'on veut réellement. C'est toujours utile.

Éditions Points 

Les insolents Du même bois

Les insolents **** - Ann Scott

Les insolents, une découverte de la plume d'Ann Scott et une belle surprise. Dans Les insolents, Ann Scott décrit un trio de potes parisiens (Alex, Jacques et Margot), et plus particulièrement le choix d'Alex, compositrice reconnue de musiques de film, de quitter la capitale pour respirer le bon air, se rapprocher de la mer après une période Covid enfermante. Ses deux amis comprennent peu/pas cette décision, tous deux habitués à la culture à foison qu'offre la capitale, les rencontres enivrantes, les soirées à n'en plus finir, les choix de partenaire. Alex n'en a cure, son choix est acté depuis longtemps. À l'ère de l'IA, elle sait son métier en péril, elle sait les distances menaçantes pour les réseaux professionnels, pour les amitiés aussi. Mais Alex a envie d'espace, de verdure, d'un nouveau challenge de vie cette fois. Une énième rupture amoureuse, une liaison pas satisfaisante vont l'aider. Dans Les insolents, Ann Scott nous épargne aucune description, aucune étape, aucune remise en question : il n'y a rien de rose, juste des humains qui ont envie de se retrouver. J'ai senti les atmosphères, j'ai visualisé les scènes, les chemins qui mènent à la plage, les courses au village. J'ai lu l'isolement, les rencontres de solitudes. Les insolents est un roman qui offre aussi des réflexions sur nos vies encombrées. Intéressant, vraiment intéressant. 

Éditions J'ai lu
Prix Renaudot 2023 

 

Du même bois *** - Marion Fayolle  

Autre autrice découverte avec ce court livre mi-fiction mi-autobiographie, Marion Fayolle décrit dans Du même bois des scènes de famille dans une ferme : une maison partagée, un frère à surveiller, chaque femme qui devient à son tour la matriarche (une petite devient si vite grande). Chaque vêlage est à la fois une fête et une inquiétude. Une enfance parmi les animaux (de toutes sortes, en chair et en os, et pas dans les documentaires) à les observer et à les ausculter, une famille d'accueil, de nouvelles arrivées et un cycle de vie qui se régénère. C'est une lecture agréable à découvrir, très courte (autour de 120 pages) qui rappellera des souvenirs à celles et à ceux qui ont connu des épisodes d'enfance dans les fermes (à l'occasion de vacances, de fêtes de famille, de dimanches à la campagne, de vie aussi). Une époque passée pas si lointaine, une époque où les enfants étaient beaucoup dehors et pas devant les écrans (d'ordinateur, de tablettes, de smartphones) exceptée la fameuse télé. Du même bois ne présente pas de nostalgie, il est avant tout un témoignage d'une époque révolue, un témoignage littéraire comme les vêtements, les murs ou les photographies en représentent d'autres plus matériels. À l'aide de courts chapitres, Marion Fayolle décrit des événements, des personnalités d'une famille, rend hommage à un monde de labeur, de simplicité et de générosité. Et cela fait du bien aussi de prendre ce temps de la contemplation. 

Éditions Folio

 

Avec Les insolents, je participe au Petit Bac 2026 d'Enna
Catégorie PLURIEL (Les INSOLENTS)  

 

 

 

Je suis Romane Monnier à L'oreille absolue

Je suis Romane Monnier **** - Delphine de Vigan

 
J'avais quitté Delphine de Vigan avec sa pièce de théâtre Les figurants, je la retrouve avec Je suis Romane Monnier. On peut dire que ce nouvel opus s'inscrit dans la lignée de Les enfants sont rois. Dans Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan provoque la rencontre de deux êtres à travers un échange de téléphones portables : Thomas un imprimeur et père de Léo, Romane une jeune femme en recherche. A priori, une histoire ordinaire qui bascule dans le pas normal, parce que si Thomas arrive à récupérer son smartphone, Romane n'éprouve aucune envie de retrouver le sien et laisse à Thomas tout loisir de comprendre le pourquoi du comment. Et dans ce jeu de devinettes et d'exploration, Thomas cherche Romane et se trouve aussi. Je suis Romane Monnier se lit très bien, interpelle nos vies hyper connectées où tout se dit, où tout se vit, où finalement l'intimité est réduite à peau de chagrin. Delphine de Vigan nous présente deux héros : un visible, transparent et qui finalement nous révèle une autre vérité de lui-même, et une invisible mais présente par ses sms, ses notes, ses enregistrements. On s'attache à l'un et à l'autre, on comprend Romane et on rentre dans le jeu de piste de Thomas. Le récit est maîtrisé, relancé par différents formes littéraires. Ce qui ressort de Je suis Romane Monnier est que Delphine de Vigan est une autrice brillante et profondément intelligente, au regard aigu sur l'âme humaine : ce livre en est la confirmation. Un très bon moment de lecture.
Éditions Gallimard 
 

L'oreille absolue **** - Agnès Desarthe 


J'ai eu à cœur de lire L'oreille absolue d'Agnès Desarthe, un roman bienveillant qui présente un village où on ne meurt pas/plus. Dans cette galerie de portraits, on rencontre un grand timide à la voix exceptionnelle, un Jacques sur le départ, une Sonya à la musique enchantée, un quatuor au drame partagé, tous convergent vers l'orchestre du coin, le soir de la représentation finale. Agnès Desarthe séquence ses portraits avec une petite incantation. Une musique qui déroule et rythme les vies, les secrets, les surprises. Une musique qui parle d'opportunités, de découvertes, de tremplin et d'injustice aussi. Un moment agréable de lecture, qui fait du bien.
Éditions de l'Olivier 
De la même autrice
: Ce qui est arrivé aux Kempinski   -   Dans la nuit brune  - L'éternel fiancé -  La chance de leur vie  -

Après un Cocktail sugar, Tenez bon !

Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée ****
Collectif de huit autrices coréennes

 
Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée est un recueil de huit nouvelles intéressantes et de haute qualité, qui permettent d’entrer par la petite porte littéraire dans la culture coréenne, autour de femmes et d’hommes, dans un monde particulier où l’adultère est coutumier. J’ai lu et apprécié certains écrits, j’ai eu un coup de cœur pour le fantastique Cocktail Sugar de Go Eun-Ju (pour la ronde des personnalités et des transmissions qu’il permet avec une chute imparable) et le corrosif Premières neiges de Oh Jung-Hi (une pause goûter gourmande qui m'a rappelée une fable de Jean de la Fontaine en version moderne et humaine). J’ai aimé le portrait maternel dans Le couteau de ma mère (ustensile de labeur et de liberté) de Kim Ae-Ran.  La nouvelle  Les chiens au soleil couchant de Han Kang (prix Nobel de littérature 2024) m'a profondément touchée, nouvelle sombre à la maîtrise parfaite tant dans les descriptions de lieu que des relations, sur une enfance abîmée. J’ai été sensible à Doublage de Park Chan-Soon qui honore les accompagnants avec douceur et délicatesse, sans le côté larmoyant, tout en restant raisonnable. L'héroïne de Trois jours en automne de Pak Wan-So se voue corps et âme à ses missions jusqu'aux trois derniers jours.
Les nouvelles sont relativement longues (la plupart dépassent les trente pages, certaines oscillent autour de soixante pages) et permettent d’installer les personnages et l’atmosphère. Elles sont toutes bien écrites et construites. Elles abordent des femmes de notre temps, combattantes, personnalités déterminées du plus jeune âge au plus ancien, au destin fragile ou fragilisé. Je suis contente de leur découverte.
Éditions Zulma
Traduction multiple conduite sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.
 
 
Tenez bon - Pierre Assouline (entre *** et ****)
 
Dans Tenez bon, Pierre Assouline nous parle d’expériences de vie (parfois dangereuses, souvent altruistes), de littérature, d’impact d’œuvres littéraires sur sa pensée (et celle de ses élèves), sur ses choix. J’ai apprécié cet essai instruit sans être trop nombriliste, je l’ai trouvé utile et vrai (parce que la littérature a été et est un beau refuge dans ma vie d'humaine et m'a aidée à surmonter des deuils, des désillusions, à continuer à croire en l'humanité même si les temps actuels d'espoir sont durs) : c’est toujours bon de rappeler les valeurs qui nous lient, des valeurs humanistes. J’ai apprécié l’écriture à la fois instruite et claire, son estime de grands auteurs et de personnalités attachantes et justes (j’ai apprécié les moments partagés avec Simone Veil, j'ai compris son exaspération.). J'aime aussi le titre de cet essai avec son double sens : tenir bon en résistant à toutes les formes de bêtise, tenir bon en restant digne tout court. J’ai découvert la plume de Pierre Assouline,  un auteur pourtant bien installé. J'y reviendrai.
Éditions Robert Laffont 
 

Avec Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée, je participe au Petit Bac 2026 d'Enna
Catégorie LIEU (Cocktail Sugar et autres nouvelles de CORÉE) 

 

 

L'amour - François Bégaudeau ****

J'ai découvert la plume de François Bégaudeau à travers ce titre de L'amour. Ce fut un bon choix. J'ai aimé sa tendresse envers ses personnages sa façon de raconter l'ordinaire, sa facétie de manipuler et de décortiquer nos expressions si populaires. J'ai aimé rencontrer Hélène et Jacques : Hélène la grande amoureuse qui rêve beaucoup, travaille énormément, sait ménager son amour, une femme intelligente et de son temps ; Jacques le fan de maquettes, à l'approche romantique gauche et épaulée, un amoureux des plantes aussi, un bosseur également. En peu de pages, François Bégaudeau nous fait découvrir ces deux beaux personnages, leur itinéraire, leur rencontre, leur vie. Il sublime l'ordinaire avec une prose accessible et malicieuse. En trois phrases, on peut prendre deux ans ou dix ans dans la figure. J'ai retrouvé la simplicité de couples cousins, j'ai aimé revivre le fameux dilemme du pain du jour (dilemme que j'ai partagé avec mon cher et tendre). J'ai trouvé des scènes et des anecdotes justes. J'ai nettement moins apprécié le qualificatif attribué à un chanteur italien  adoré de Jeanne : je l'ai trouvé  désagréable et complètement décalé par rapport à une ambiance plutôt douce, à ce qu'est intimement le personnage de Jacques, et à ce qui nous a été renvoyé de lui précédemment), c'est dommage de gâcher un si bel ensemble.

L'amour reste un texte à découvrir, pour rencontrer la plume intéressante et fluide de son auteur François Bégaudeau, pour ses transitions remarquables, pour y lire un duo attachant tout simplement ... que j'ai quitté à regret.

 Éditions Folio

Autres avis : Sylire, 

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

89 pages 

[Nouvelles] À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse ****

Retrouver la plume de Gaëlle Josse c'est comme avoir un rendez-vous avec une bonne copine / un bon copain : je me sens tout de suite chez moi, prête à chouchouter dans un climat bienveillant et respectueux, avec une écriture d'une grande poésie. J'aime retrouver cette écrivaine, dont l'univers me fait un bien fou : j'aime son style, j'aime son écriture, j'aime les endroits dans lesquels elle fait passer son lectorat. Bref, je continue ma découverte de son œuvre et à chaque fois, je suis conquise. Le recueil de nouvelles au titre si explicite et si fabuleux, À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ?, ne déroge pas à cette règle. Tip top !

Gaëlle Josse a conçu son recueil de portraits et d'instantanés de vie avec la contrainte de la nuit, celle qui s'étire, celle qui se prolonge, celle qui est perturbée, celle qui permet les pensées de vagabonder (parfois un peu trop). Il y a dans À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? des récits si courts - 2 à 3 pages souvent - qu'ils se rapprochent de microfictions (si chères à Régis Jauffret). Entre chaque changement de personnage et de cadre, des petits mots de poésie et de respiration de Gaëlle Josse.

À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? : une belle question avec des éléments de réponse avec l'attente d'un père concernant l'appel de sa fille, des retrouvailles sous fond de lutte de classes, l'attente d'une femme pour un absent, le regard absent après les effusions ou après un bloc opératoire qui vire au cauchemar, le voyage plein de promesses, la bague de la discorde, un oreiller cajoleur, le concert de trop, la voyeuse d'amoureux, la maison de famille sans portique, les appels d'un frère...

Gaëlle Josse varie les histoires, les personnages, les regarde évoluer et penser avec respect (pour ses créatures et pour ses lecteurs). Le style reste descriptif sans variation de registres. 

À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? est un recueil de grande qualité, comme le sait faire cette autrice prolifique et innovante. 

Éditions J'ai lu (merci pour cette très belle première de couverture : quelle classe tout de même !) 

De la même autrice : De nos blessures un royaume -  L'ombre de nos nuits   - Le dernier gardien d'Ellis Island - Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordées - Un été à quatre mains - Une femme en contre-jour  -  Une longue impatience 

Et un de plus pour les challenges Petit Bac 2026 d'Enna et Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

et pour le défi En sortir 26 en 2026, défi lancé par Maghily (et logo repris chez Mokamilla) : vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce aux deux liens.

Catégorie Pronom personnel sujet (À quoi songent-ILS ceux que le sommeil fuit ?)

189 pages 

3/26

Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]
 2. Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda [PAL 2025]
 3. À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse [PAL 2025]

[BD] La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu ****

La nuit retrouvée est un joli roman graphique avec des couleurs fantastiques, construit à quatre mains : celles de l'écrivaine Lola Lafon et celles de la dessinatrice Pénélope Bagieu. Avec délicatesse et intelligence, il nous permet de nous immerger dans une famille monoparentale : une femme divorcée et ses trois enfants adultes, réunis le soir de l'anniversaire maternel. Le décor est posé : il y a beaucoup d'amour et de gentilles chamailleries dans ce clan soudé. Cela débute dans la cuisine et cela s'achève au salon entre filles pour de secrètes confessions.

J'ai aimé l'humanité sincère des personnages, ces petites contre-vérités que nous opérons sur nos souvenirs et qui préservent l'image qu'on renvoie aux autres. J'ai aimé la dernière scène qui montre que la transmission a bien eu lieu et qu'une attitude et un enthousiasme non exprimés forcément par des mots la servent aussi. J'ai vraiment apprécié de lire cette histoire qui servira peut-être à des familles de dire, de se connecter. 

 

Si je ne suis pas tant accrochée au trait de crayon de Pénélope Bagieu (surtout concernant le graphisme de ses personnages), je lui reconnais un talent certain de rendre bien vivants ses personnages, de ne pas les falsifier. J'aime aussi sa façon de les colorer : c'est gai, vivant, tonique et joyeux. J'ai apprécié les cadres et les atmosphères (celle du passé, celle du présent), j'ai trouvé des images et des ambiances chaleureuses et réussies.

Le scénario de La nuit retrouvée est commun et donc universel : je pense qu'on peut tous se retrouver dans une situation comparable, où une confidence maternelle permet aussi de comprendre un moment de l'enfance et envisager un autre avenir, de comprendre la complicité mesurée entre une mère et sa fille, une forme de retenue et de pudeur. Une vraie réussite très agréable à lire.

Éditions Gallimard BD 

Autres avis : Gambadou,  

Ma première participation au défi En sortir 26 en 2026 du défi lancé par Maghily. Logo repris chez Mokamilla [Vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce à ces deux liens.]

1/26


 Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]

 

[Jeunesse] Les douze travaux de Jean-Phil Defert - Jean-Christophe Gary

Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Le Verger des Hespérides pour l'envoi de ce livre à l'occasion d'une Masse critique. 

Les douze travaux de Jean-Phil Defert présentent une version actualisée et réinventée des douze travaux d'Hercule. Ici notre héros dont l'identité est déjà un jeu de mots est un garçon épris qui, à la suite d'une bévue, tente de se faire pardonner auprès de l'élue de son cœur en réussissant tous les défis lancés par un original version ermite. Cela va de se venger auprès d'intrigantes méchantes par des moyens aussi bas que les méfaits des mégères, de risquer sa vie pour une photo, de rendre un sourire aussi... L'écrit est solide avec un scénario enlevé et une recherche bibliographique fournie avec des références de mythologie grecque. La plume alerte de Jean-Christophe Gary est accessible et instruite lexicalement. J'ai apprécié les illustrations de Laurence Schluth qui servent le récit et complètent l'imagination du lecteur.  
J'ai été moins fan des moyens utilisés par le héros pour diffuser ses conquêtes, même si j'entends bien qu'il répond ainsi à la loi du talion " œil pour œil, dent pour dent " et que Jean-Christophe Gary répond à sa contrainte originelle : celle d'être au plus près des aventures herculéennes qui étaient loin d'être tout mignonnettes, revisitées en Guerre des boutons. Mais en ces temps actuels, je ne sais pas si l'univers vachard de certaines épreuves convaincra des familles qui attendent un peu plus de bienveillance en littérature pour leurs petits.
 
Éditions Le Verger des Hespérides

Badjens - Delphine Minoui (entre *** et ****)

Badjens décrit une adolescente iranienne décidée à faire vivre son intégrité physique et corporelle. Sa naissance installe le décor : le déshonneur de la famille paternelle qui rêve d'un garçon, le prénom de naissance imposé par une grand-mère omnipotente. L'éducation qu'elle et son frère cadet vont vivre finit par le planter. Badjens est née révoltée et tout son environnement ne fait que conforter et renforcer cette révolte.

Delphine Minoui décrit une atmosphère oppressante sous un joug religieux omniprésent mais où la résistance fourmille d'audace et d'ingéniosité. Badgens rend hommage aux hommes et aux femmes d'Iran et d'ailleurs qui combattent pour leur liberté et l'expriment par des gestes symboliques, au péril de leur vie. Badjens décrit une jeunesse bien dans l'air du temps qui aspire à évoluer librement. 

La lecture de ce roman est aisée : par des phrases courtes et simples, par des mots punchys, Delphine Minoui ne s'embarrasse pas de larges descriptions et garde le point de vue de l'adolescente. J'ai apprécié ce style direct et parfois lyrique. J'ai visualisé les scènes et les temps forts de famille (d'opposition avec le père et la grand-mère, de connivence silencieuse et tenace avec la mère). On sent l'Iran en mouvement, et aussi les répressions perpétuelles. On sent la force et le poids de la majorité silencieuse, malgré l'oppression, et c'est peut-être ce qui est à retenir ici : la peur et la violence sont les armes des dictateurs, pas leur endoctrinement ni le nombre de personnes qui leur sont corvéables à merci. 

Page 173 : vers de Simin Behbahani

Pour ne pas mourir, il faut assassiner le silence. 

Éditions Points 

Ma première participation (185 pages) au super défi Les gravillons de l'hiver de Sibylline du blog  La petite liste. Merci aussi à Kathel, PatiVore et Philippe pour la promotion.

 

[Nouvelles] 13 à table ! 2026 - Quelle bonne idée ! (entre *** et ****)

13 à table ! 2026  propose le thème Quelle bonne idée ! pour fêter dignement les quarante années des Restos du Coeur. Comme toujours, certaines nouvelles me parlent beaucoup, m'émeuvent, d'autres me laissent de marbre. C'est normal, le recueil est suffisamment riche et varié pour plaire au plus grand nombre. 


J'avoue que cette année, j'ai particulièrement apprécié Quatorze minutes de Karine Giebel, une nouvelle forte qui fait passer par plein d'émotions : c'est une réussite (tant dans sa construction que dans sa narration) dans laquelle une absence peut à tout jamais changer la vie d'un humain. 

J'ai éclaté de rire devant À nos actes manqués de Céline Denjean (une guerre sous fond de rosiers et de terrassement). Et pourtant si on y réfléchit, la situation n'est pas si drôle. 

J'ai apprécié La Terre de lait de Sandrine Collette (l'exode des nourrices rurales pour gagner plus d'argent en ville.) et Le petit chat de la rue Murillo de Michel Bussi (l'adoption d'un félin par une famille parisienne sous fond d'éradication animalière. Même si la fin m'a paru bien obscure et métaphorique -j'aurais aimé plus de détails- , j'ai senti le même glissement que celui de Matin brun de Franck Pavloff, livre que je vous surconseille de lire, surtout en ces temps obscurs.). 

J'ai découvert la plume usitée de Mireille Calmel dans La Tablée (tout est bon pour maintenir une brasserie généreuse) et le héros ordinaire, bienveillant et sans génie de Raphaëlle Giordano dans L'Homme sans idées. Lorraine Fouchet revisite des retrouvailles amicales version vachardes dans Une idée qui n'a pas de prix. Une sororité à recomposer. Alexandra Lapierre propose les effets d'un parfum érotique dans Senza fine - Le parfum de Pops ! Romain Puertolas anticipe l'immortalité dans son Cryogenic, intéressant, bien travaillé et glauque.

J'ai été moins fan de certaines nouvelles : La Montée des Eaux de Philippe Besson (je ne suis pas certaine que risquer la vie de camarades soit une si super idée), Odette de Valérie Perrin (l'autrice aborde les déserts médicaux au travers d'une histoire tout personnelle, et sans nuance.), Guérilla de Henri Loevenbruck (une guerre fleurie qui flirte allègrement avec des manquements à la loi), Quelle drôle d'idée d'Agnès Martin-Lugand (un univers bienveillant d'une maison d'hôtes dont le modèle économique n'est pas complètement assuré.)

Quand on ferme 13 à table ! 2026, on remercie les auteurs et autrices d'avoir pris le temps de nous évader, de nous proposer des écrits construits et consistants, de nourrir notre cerveau. La vente de ce recueil permet l'achat de 5 repas pour les plus démunis. Les Restos du Coeur fêtent leurs 40 ans, ce recueil est un cadeau qui a beaucoup d'intérêt. Et on remercie aussi tout le monde éditorial de rendre possible un tel objet à ce prix-là.

Éditions Pocket

Des éditions précédentes :

Triste tigre - Neige Sinno *****

Quoi dire de plus que Triste tigre est un livre immense, immense parce qu'il bouscule, provoque, bouleverse, immense parce qu'il amène à la réflexion, au rejet, au dégoût, immense parce qu'il raconte le sordide au détour d'une phrase, d'un souvenir, d'une scène sans s’appesantir, sans larmoiement, juste avec sincérité et une fine analyse, immense parce qu'il ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le pathos, immense parce que cet écrit magistral est mené avec une très grande intelligence, dissèque, use de documentations et d'archives, de pensées illustres, présente la parole de la victime, essaie d'analyser le comportement du criminel. Bref, Triste tigre est solide dans sa construction, il est solide dans le contenu littéraire, il est solide dans le rythme pesé : il est solide parce qu'il est puissant.

Dès les premières phrases, les premières pages de Triste tigre, on sait l'immonde : Neige Sinno a subi des années d'inceste de son beau-père. L'autrice ne le cache pas, elle l'annonce vite, et l'annonce est à l'image de son essai : directe, frontale, sans ménagement. Mais la prouesse réside à éviter le scabreux. L'autrice remonte l'histoire familiale - un microcosme embarqué dans des travaux sans fond d'une maison jamais finie, une mère avec deux aînées qui rencontre un homme plus jeune avec qui elle aura deux autres enfants, un père aimant dont les absences se prolongent, un beau-père dans la toute puissance intérieure mais si creux dans la vie réelle. Neige Sinno convoque les souvenirs, la recherche d'indices, les éléments de presse, le parcours du procès, son propre parcours de résilience. 

Je suis admirative du courage de Neige Sinno : plonger dans le sordide et la douleur, revenir à un passé odieux, en faire un objet littéraire complet essai-témoignage-écrit de réflexion, pousser la réflexion sur l'emprise et la dissociation, sur les années d'enquête. L'autrice est honnête : elle n'attend ni empathie, ni apitoiement, elle parle de son expérience d'humaine, elle tente d'analyser l'indéfendable. Je suis admirative parce que j'imagine l'énorme douleur de replonger dans ce passé-là, d'en décrire certains moments : je suis admirative et émue de laisser cet écrit comme un témoignage transcendant, afin de désacraliser les criminels et humaniser les victimes - leur rendre leur statut d'humains-. Voilà Triste tigre est un livre exceptionnel, auréolé de nombreux prix littéraires au moment de sa parution, à juste titre. Sa lecture est bouleversante et nécessaire. 

Éditions Folio 

Et ma participation (catégorie ANIMAL : Triste TIGRE) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

 

[BD] De pierre et d'os - Jean-Paul Krassinsky (entre **** et *****)

L'adaptation graphique de Jean-Paul Krassinski du roman De pierre et d'os de Bérangère Cournut est un album magnifique, respectueux de l'esprit de l'histoire originelle. 

On retrouve notre vaillante héroïne Uqsuralik, séparée trop tôt de sa famille suite à une rupture de banquise et on admire toujours autant son instinct de survie, face aux épreuves (faim, solitude, violence animale et humaine). Son périple l'emmène vers des lieux plus nourriciers, des clans plus ou moins hospitaliers. Le roman graphique De pierre et d'os propose une immersion graphique de l'univers du peuple inuit, dont les journées sont rythmées par la recherche de nourriture, de construction d'abris, de chants et de remerciements aux âmes animalières quand celles-ci quittent les corps, d'appel aux esprits pour sauver les blessés. 

J'ai aimé le dessin vif de Jean-Paul Krassinski : le trait de crayon précise juste ce qu'il faut le visage de chaque personnage, les couleurs sont magnifiques et bien dosées. J'ai aussi aimé les dialogues que j'ai trouvés justes. J'ai apprécié aussi son choix de ne pas retenir la fin du roman originel, fin que je trouvais un peu too much. Par contre, j'ai trouvé que l'univers des esprits est annoncé sans transition, contrairement au roman. Bref, le roman graphique De pierre et d'os de Jean-Paul Krassinski est une belle proposition picturale au très beau roman De pierre et d'os de Bérangère Cornut : ces deux versions se complètent et se servent, et servent la littérature.

 Éditions Aire libre 

De la même autrice : De pierre et d'os - Élise sur les chemins - Zizi Cabane 

[BD] Musée - Chabouté ****

C'est fou d'imaginer une telle vie nocturne dans un musée parisien comme le fabuleux musée d'Orsay. C'est fou et c'est qu'a fait le sieur Chabouté dans le très bel opus Musée si joliment nommé ! 

Alors oui, le musée vit la nuit et il s'en passe des choses : des querelles à n'en plus finir, des tests d'un espace usager bien énigmatique, des moments pour se raconter la journée, des retrouvailles touchantes le temps de quelques heures, une quête du regard de nuit comme de jour, des gossips aussi... Et puis, il y a le jour, avec les visiteurs et leur pratique toute personnelle d'observer l'art, leur étonnement, leur surprise, leur rejet, leur questionnement. Il y a parfois des détails de cadre qui préoccupent davantage que l’œuvre cernée. Tout ce microcosme foisonnant de jour comme de nuit fait de ce musée une mosaïque humaine et artistique.

Clairement quand on referme ce livre, on a surtout envie de découvrir ou de retourner voir le musée d'Orsay qui vaut pour son cadre d'exposition et bien entendu, pour la richesse des œuvres qu'il expose : je ne suis pas objective, j'adore ce musée (sa collection fantastique de toiles impressionnistes, les autres œuvres, son horloge, ...), j'aime y déambuler et l'imaginer avant lors de son autre usage (dédié aux transports). 

Chabouté a su sublimer ce lieu, le raconter et décrire son appropriation par la foule curieuse de visiteurs, et nous propose une immersion toute douce en noir et blanc. Il ne s'essaie pas à la copie, il suggère et met en mouvement. C'est bien et intéressant.

Je dois cette lecture grâce à l'avis d'Enna : merci, Enna ! 

Éditions Vents d'Ouest

Autres avis : Enna, Violette, 

Du même auteur : Construire un feu - Fables amères - De tout petits riens - Pleine lune - Plus loin qu'ailleurs - Quelques jours d'été - Terre-Neuvas - Tout seul - Un peu de bois et d'acier  

Et ma participation (catégorie SPORT/LOISIR: MUSÉE) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna


[Jeunesse - Théâtre] Cosimo - Jean-Yves Ruf ***

Suite à une dispute familiale, le jeune Cosimo prend la décision de la hauteur : celle de vivre dans les arbres, pour s'éloigner d'une brute de père et d'une famille défaillante, et d'une voisine malveillante. Raconté par Biagio (le frère, celui qui encaisse pour soulager son frère) et Viola (la voisine au défi improbable, Cosimo s'adapte à sa nouvelle vie, étend son territoire, osculte la nature, adopte un nouveau langage. Les semaines passent et tout le retient. 

 

Cette pièce de théâtre présente un langage familier, accessible pour tous. Largement inspiré de Le Baron perché d'Italo Calvino, Cosimo fait preuve de modernité. On sent bien que le héros (même si on entend peu ses sentiments et ses émotions) a choisi l'isolement comme protection, malgré un entourage fraternel attentif (du moins du côté du frère). J'ai apprécié les étapes d'appropriation du nouvel environnement, l'état contemplatif de Cosimo des arbres et des autres "habitants". J'ai été un peu moins fan de l'atmosphère oppressante et malveillante à son égard que ce soit de la part de la famille et de Viola (tout au moins au début), même si cela peut se comprendre, car cette histoire relève bien d'un conte, souvent cruel pour son héros ou son héroïne. L'auteur Jean-Yves Ruf indique s'être largement inspiré des improvisations des comédiens et comédienne qui ont incarné les rôles. J'ai trouvé le traitement intéressant et cohérent. Toutefois, l'âge cible "à partir de 9 ans" me paraît un peu prématuré.  

Éditions Lansman Jeunesse 

Service de presse lu grâce à la Masse critique Littérature de Babelio en partenariat avec les éditions Lansman Jeunesse : je les remercie pour cet envoi et de cette découverte très intéressante, qui m'a sortie de ma zone de confort.

Et ma participation (catégorie PRÉNOM : COSIMO) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

 

 

[BD] La dernière reine - Jean-Marc Rochette (entre **** et *****)

Jean-Marc Rochette propose un roman graphique de toute beauté, mêlant Histoire, art, écologie, mystique et féminisme. Si les premières planches montrent un léger tâtonnement de l'auteur dans le récit peut-être lié à différentes directions possibles à l'histoire, le chemin final choisi laisse la place à des humanités singulières et touchantes, humaines comme animales.

Au-delà des thèmes abordés (la reconstruction d'un homme dont le visage a été saccagé lors de la Première guerre mondiale, l'affirmation des femmes dans le monde artistique, le respect de la nature côté ours), Jean-Marc Rochette présente une œuvre graphique splendide aux couleurs sombres comme l'époque décrite. Il affirme aussi un discours politique par l'intermédiaire de ses héros (le traitement des gueules cassées, en particulier). Dans La dernière reine, on retrouve, comme dans Le loup, le respect d'un territoire et de ses occupants, on respire la nature, on découvre la volubilité du monde artistique parisien du XIXe siècle (l'effervescence, l’exubérance, le temps des découvertes et des confirmations). L'histoire présentée est solide, complète tant dans son scénario que dans les images et les nuances chromatiques. Comme toujours, le sublime trait de crayon davantage dans l'esquisse des formes suffit pour l'imagination et la description des scènes. Un bel ouvrage que voilà.

Éditions Casterman   

Du même auteur :  Le loup

Le dernier thé de maître Sohô - Cyril Gély ***

Le dernier thé de maître Sohô présente une jeune femme bien décidée à devenir samouraï et qui fuit un destin tout tracé. Sa quête va lui permettre de vivre le quotidien d'un maître d'arme vieillissant et qui a choisi un autre art d'émerveillement. 

Le dernier thé de maître Sohô est une histoire agréable à lire : on plonge dans l'atmosphère du Japon (période du XIXe siècle) mêlant contemplation et honneur, luttes de pouvoir et silence de la nature. J'ai apprécié de lire la confrontation de la modernité et des gestes ancestraux. J'ai bien visualisé les scènes, j'ai apprécié les silences et la complicité entre le maître et l'élève, les dissimulations et la détermination. Le rite du thé est si bien décrit qu'on a envie d'en boire tout le temps. L'écriture de Cyril Gély est poétique et fluide. Je reconnais que je n'ai pas complètement adhéré à cette histoire, peut-être parce que le code d'honneur des samouraïs se prête peu au repentir ni à la bienveillance. À vous de voir et de lire.

Éditions Points 

Du même auteur : le fantastique La forêt aux violons

[Nouvelles] À nos vies imparfaites - Véronique Ovaldé ****

Dans le recueil de nouvelles À nos vies imparfaites, Véronique Ovaldé explore un florilège de personnages (et de personnalités) toutes liées les unes aux autres, chacune ayant le droit un moment à un éclairage. Le scénario est construit de façon cohérente, l'autrice n'hésite pas à commenter et à intervenir, les histoires s'entremêlent. C'est bien écrit et agréable à lire. On y rencontre le musicien Auguste malchanceux et heureux, la besogneuse Eva Coppa qui assure le rôle de mère célibataire et navigue entre mensonges par omission et sincérité, une Marguerite qui s'affirme et fait bouger les lignes, une Rachel déterminée à se défendre du futur, un Baron naïf à dodo idolâtre, un Hermann horloger au talent frustré et qui s'exprime au mauvais moment, un Lazlo perfide, deux ados à l'amitié abîmée par un casting, un anniversaire qui sauve et qui meurtrit. 

Il y a une vraie intelligence du récit, dans la capacité à faire rebondir les histoires, à les prolonger de façon subtile par un détail disséminé là ou là. D'une galerie de portraits, Véronique Ovaldé a tissé un recueil de nouvelles cohérent, chaque nouvelle portant une âme, un univers. À nos vies imparfaites offre une lecture vraiment intéressante et rafraichissante. Bien, bien, bien.

 Prix Goncourt de la nouvelle 2024.

Éditions J'ai lu

De la même autrice (romans) : Ce que je sais de Vera Candida, Des vies d'oiseaux, La grâce des brigands

Et ma participation (catégorie LETTRE ISOLÉE :   À nos vies imparfaites) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna