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Deux femmes et un jardin – Anne Guglielmetti (entre *** et ****)

 

Deux femmes et un jardin conte la jolie rencontre estivale d'une adolescente et d'une femme d'un âge certain : la première s'ennuie dans le hameau de vacances (comprenant quelques maisons) supportant difficilement la mésentente entre son père et sa seconde épouse, la seconde héritant à sa grande surprise d'une maisonnée dont le jardin mérite toute son attention et son énergie. Dans ce roman  bienveillant,  tout a vocation à la contemplation, le temps s'arrête pour observer ou sentir. Deux femmes et un jardin est un hymne à la nature et aux sentiments sincères, sans naïveté. C'est très agréable de lire une histoire qui ne s'encombre pas d'une multiplicité d'événements secondaires, de personnages, d'une profusion de sentiments, d'une exagération des faits. Là, on voit la discrétion et le silence, le savoir-taire et l'observation, l'attention à l'autre par de petits gestes (et de menus larcins aussi, que vous découvrirez en lisant cette histoire). Ici une balade à vélo ou le défrichage d'un jardin récalcitrant à la tonte offre de belles aventures, sous le regard d'esprits jamais très loin. Deux femmes et un jardin est un roman aussi court que doux, simple et bien écrit, qui prend le temps de décrire les éléments (faune, flore, êtres humains), de les observer, voire d'arrêter toute activité pour les contempler, un roman dans lequel les temps de silence sont aussi des instants de complicité et d'échanges. Anne Guglielmetti nous offre un bonbon-doudou littéraire qui fait du bien et qui m'a rappelé par sa douceur le magnifique Le livre d'un été de Tove Jansson pour son côté filiation et transmission, et le génial Là où chantent les écrevisses de Délia Owens et le beau Toutes les créatures de Sarah Louise Butler pour la connexion avec la nature.

Merci à Sylire et à Fransoaz pour leur conseil judicieux !

Éditions Folio (148 pages)

 

Atelier 4 – Hélène Gestern ****


Atelier 4 présente deux formes narratives : la première concerne l'impact dans une famille (sœur aînée – Irène Dobrynine-, père, mari et enfants) de la mort violente d'un de ses membres (la fille et sœur cadette, Natacha Dobrynine), la seconde propose le descriptif des derniers mois de Natacha (chimiste dans une usine de papier) par les éléments que va recueillir sa sœur Irène. Hélène Gestern propose une immersion dans ce roman noir, et dissèque les comportements : la douleur de la perte, le deuil, l'enquête fournie et cohérente, le jeu de piste et les révélations. Elle y parle aussi de burn-out et de dépression, de surmenage et de politique managériale contestable. Ce n'est pas gai-gai mais c'est très très bien écrit (comme toujours avec cette autrice) avec un choix narratif pertinent : celui d'alterner les témoignages (paroles, mails, dialogues) et de rester dans la logique humaine de chacun de ses personnages : il n'y pas d'altération entre la conscience et la conduite d'untel ou d'unetelle. J'ai apprécié comment un cheminement de vie est sensible aux rencontres (comme la vie d'un chien), j'ai aussi apprécié que le roman se rapproche davantage d'une investigation que d'une enquête policière, puisqu'il définit avant tout les contours de responsabilité d'une mort sur un lieu de travail sans parfaire la reconstitution exacte à la minute près. J'ai admiré la justesse littéraire : la précision des détails juridiques, des éléments de langage policier et journalistique, le scénario travaillé et rythmé. J'ai aimé aussi le travail sur les émotions et les états-d'âme d'Irène qui s'épuise à la fois dans sa vie de femme et d'épouse, de médecin généraliste et d'investigatrice par nécessité, pour ne pas se perdre définitivement. On immerge dans deux solitudes, celles de deux sœurs fusionnelles jusqu'au bout.
En résumé : Atelier 4, c'est pas gai mais c'est très bien !

Éditions Grasset
 
De la même autrice :    Eux sur la photo   -  L'odeur de la forêt   -  La part du feu  -   Portrait d'après blessureUn vertige 
 

Dans le fossé - Sladjana Nina Perkovic ***

 

Sladjana Nina Perkovic annonce dans son écrit Dans le fossé, un écrit décousu, une autrice qui navigue dans son scénario avec dextérité, et applique ce qu'elle dit. On ne pourra pas lui reprocher de trahir sa parole. Elle mêle fond et forme. Reste l'impression d'un récit complètement barré de chez barré à l'image de la famille éclatée qu'il dissèque, une juxtaposition de scènes à la fois cohérentes et qui révèlent des moments insolites et imprévisibles (j'ai apprécié le temps de l'inhumation totalement improbable et très drôle). On sent bien en commençant cette intrigue que rien ne tourne rond dans cette tribu : à commencer par la mère qui délègue à sa fille sa présence aux obsèques d'une tante dans une famille névrosée. Tout le petit clan réuni n'espère qu'une chose : un petit pactole d'héritage obtenu lors de la future vente de la maison de tante Stana (la défunte), pactole plus qu'imaginé, pactole qui peut vite être dilapidé. Sauf qu'une maison peut très vite se déprécier. Dans le fossé vaut le coup d’œil pour ses personnages (de fortes personnalités toutes plus exubérantes les unes que les autres) et pour découvrir l'art de vivre dans les Balkans à la dure. Forcément Sladjana Nina Perkovic force le trait, use d'un humour tonique, écrit comme elle respire (plume fluide), s'amuse avec ses personnages tour à tour enjoliveurs puis machiavéliques, finalement peu attachants. Comme je l'ai déjà indiqué, l'autrice dit ce qu'elle compose et l'applique, jusqu'au titre Dans le fossé qui prend tout son sens final : on va droit dans le mur mais on y va. J'ai apprécié cette lecture pour tout le côté culturel et la prouesse littéraire, j'ai apprécié l'éclairage de chaque personnage à l'occasion de scènes épiques avec l'héroïne, j'ai apprécié le côté sans filtre de cette famille borderline, avec l'humour certain et caustique de l'autrice, j'ai été frustrée en seconde partie et par la fin abrupte. Dans le fossé est un récit atypique qui déroute le script, prend des chemins détournés, surprend et peut perdre le lectorat ! Lecture en demi-teinte de mon côté. 

Éditions Zulma (242 pages avec un glossaire en fin d'ouvrage)

Très bonne traduction du serbo-croate (Bosnie-Herzégovine) de Chloé Billon  

Le butor étoilé - Sigolène Vinson ****


J'apprécie l'écriture singulière de Sigolène Vinson, et en particulier son art à installer des éléments paranormaux dans un récit qui se veut classique. Cet équilibre narratif est difficile et j'admire l'habileté dont fait preuve cette autrice à l'aide de détails tout à fait anodins (un correspondant qui n'est pas celui attendu, des yeux qui jaunissent, une couleuvre d'Esculape qui s'humanise) mais qui installent le malentendu et les surprises. Le butor étoilé est un écrit réussi avec une prose très agréable à lire et à suivre, qui nous évade tout en explorant un environnement pas si lointain (les personnes des marais, à proximité de lacs ou de forêts devraient s'y retrouver). Dans Le butor étoilé, Sigolène Vinson met en perspective deux histoires, deux quêtes (celle de la recherche d'une ado disparue (Dedou), celle d'un oiseau -le butor étoilé- dont les apparitions sont rares), un couple en attente (une héroïne ornithologue et Damien confondu avec Marc), une galerie réduite de personnages (amicale du côté de l'ornithologue, familiale du côté de Damien – père, femme, enfants), un loup qui rôde, des chasseurs pas toujours clairs. L'ambiance est dédiée à la nature, au rêve et à l'onirisme. Le butor étoilé offre un doux moment de détente et montre une campagne vive et mystérieuse, des humains en recherche de beau et inquiets de ne pas retrouver une Dedou bien présente dans les souvenirs, dans les enquêtes, dans l'attente. Les descriptions de la faune et de la flore sont sympas et participent à l'effet de contemplation et de lenteur. J'ai vraiment apprécié cette immersion poétique et onirique dans la nature toute proche (les fans d'oiseaux s'y retrouveront), j'ai aimé retrouver aussi l'écriture si singulière et l'univers de Sigolène Vinson, j'ai aimé son traitement libre et respectueux de l'amour (filial, parental, marital). J'ai été moins fan du traitement final de la disparition de Dedou, pas assez travaillé à mon goût. Reste à la fin, l'emprunt parfait d'un poème d'une jeune Nathanëlle qui promet.

Merci à Géraldine pour son avis qui m'a donné envie de lire cette oeuvre. Notre squatter préféré chez Dasola a moins aimé. 

Éditions Le Tripode (160 pages). 

De la même autrice : Le caillou 

Les Vivants Nullipares et alors ?

Pour ce billet, je vous propose la rencontre de deux univers : d'un côté un roman, de l'autre un manifeste. J'ai ouvert ces deux livres sans attente particulière, motivée à comprendre le succès populaire et justifié du premier (Les Vivants**** d'Ambre Chalumeau) et à découvrir les discours frondeurs du second (Nullipares et alors ?   entre *** et ****). 

Voilà dans le touchant Les Vivants, Ambre Chalumeau raconte des humanités touchées par un drame : la maladie d'un des leurs, celui qui les lie, celui qui n'a pas tout dit. On voit les deux grandes copines, les parents, le frère, on découvre le secret. Telles des bulles qui grandissent et parfois explosent, on les voit naviguer dans un quotidien tendu : l'une découvre la prépa, l'autre révèle ses traumas, le couple parental morfle, et le petit dernier apprend à vivre sans l'ombre de son frère, presque honteux d'apprécier enfin le soleil.  Les Vivants est le premier roman d'Ambre Chalumeau chroniqueuse culturelle de l'émission Le Quotidien, une personnalité que j'aime bien pour sa bienveillance, son flow, sa culture, la fluidité de ses paroles. Ce premier roman est facile à lire avec les punchlines de l'autrice, habituée à la concision, à l'écriture rapide, au jet incisif sans être méchant. La tendresse pour ses personnages transparaît à chacune de ses pages, sa générosité aussi. Telle une romancière déjà installée avec un univers bien campé, Ambre Chalumeau ose les métaphores, les réflexions toutes personnelles, les petites piques, met à nu ses idées tout en restant pudique. Les Vivants révèle surtout une autrice sur qui compter. Pourvu que son futur second roman soit aussi talentueux !

Éditions Le Livre de Poche 

 

Nullipares et alors ? Tout est dans le titre, oui, pourquoi à l'époque actuelle faut-il que des femmes justifient leur choix de ne pas avoir d'enfant, en écrivent un livre pour permettre à celles qui ont ce même désir de ne pas enfanter et qui n'osent pas, de savoir qu'elles ne sont pas seules ? Parce que l'intérêt de ce manifeste est surtout là pour raconter des itinéraires, pour donner des arguments et montrer implicitement la pression sociale forte que subit toute femme en âge de procréer, réduite à un état de porteuse d'utérus. J'ai lu Nullipares et Alors ? et à chaque fois, j'ai senti la colère contenue, la colère d'en avoir supporté des réflexions déplacées sur l'état de célibataire, l'état de celle qui ne veut pas suivre la logique implacable et toute tracée de la maternité qui rassure la norme sociale. Je me suis fait la remarque de savoir si on questionnait autant les futurs parents de leur choix d'enfanter. Pourtant on devrait, par équilibre, par la prise de conscience de ce que c'est de faire naître un enfant et de l'élever. J'ai regretté que ces femmes autrices aient éprouvé le besoin de se justifier capables d'amour. Je l'ai regretté parce que je n'en ai jamais douté, comme je ne doute pas que certains font des enfants sans éprouver tant d'attachement, répondant pour certains d'entre eux, plus à des rites sociaux/ancestraux/familiaux. Au-delà de ces différentes voix intéressantes, Nullipares et alors ? a le mérite de nous faire réfléchir loin et profondément en nous, sur ce qu'on veut réellement. C'est toujours utile.

Éditions Points 

Les insolents Du même bois

Les insolents **** - Ann Scott

Les insolents, une découverte de la plume d'Ann Scott et une belle surprise. Dans Les insolents, Ann Scott décrit un trio de potes parisiens (Alex, Jacques et Margot), et plus particulièrement le choix d'Alex, compositrice reconnue de musiques de film, de quitter la capitale pour respirer le bon air, se rapprocher de la mer après une période Covid enfermante. Ses deux amis comprennent peu/pas cette décision, tous deux habitués à la culture à foison qu'offre la capitale, les rencontres enivrantes, les soirées à n'en plus finir, les choix de partenaire. Alex n'en a cure, son choix est acté depuis longtemps. À l'ère de l'IA, elle sait son métier en péril, elle sait les distances menaçantes pour les réseaux professionnels, pour les amitiés aussi. Mais Alex a envie d'espace, de verdure, d'un nouveau challenge de vie cette fois. Une énième rupture amoureuse, une liaison pas satisfaisante vont l'aider. Dans Les insolents, Ann Scott nous épargne aucune description, aucune étape, aucune remise en question : il n'y a rien de rose, juste des humains qui ont envie de se retrouver. J'ai senti les atmosphères, j'ai visualisé les scènes, les chemins qui mènent à la plage, les courses au village. J'ai lu l'isolement, les rencontres de solitudes. Les insolents est un roman qui offre aussi des réflexions sur nos vies encombrées. Intéressant, vraiment intéressant. 

Éditions J'ai lu
Prix Renaudot 2023 

 

Du même bois *** - Marion Fayolle  

Autre autrice découverte avec ce court livre mi-fiction mi-autobiographie, Marion Fayolle décrit dans Du même bois des scènes de famille dans une ferme : une maison partagée, un frère à surveiller, chaque femme qui devient à son tour la matriarche (une petite devient si vite grande). Chaque vêlage est à la fois une fête et une inquiétude. Une enfance parmi les animaux (de toutes sortes, en chair et en os, et pas dans les documentaires) à les observer et à les ausculter, une famille d'accueil, de nouvelles arrivées et un cycle de vie qui se régénère. C'est une lecture agréable à découvrir, très courte (autour de 120 pages) qui rappellera des souvenirs à celles et à ceux qui ont connu des épisodes d'enfance dans les fermes (à l'occasion de vacances, de fêtes de famille, de dimanches à la campagne, de vie aussi). Une époque passée pas si lointaine, une époque où les enfants étaient beaucoup dehors et pas devant les écrans (d'ordinateur, de tablettes, de smartphones) exceptée la fameuse télé. Du même bois ne présente pas de nostalgie, il est avant tout un témoignage d'une époque révolue, un témoignage littéraire comme les vêtements, les murs ou les photographies en représentent d'autres plus matériels. À l'aide de courts chapitres, Marion Fayolle décrit des événements, des personnalités d'une famille, rend hommage à un monde de labeur, de simplicité et de générosité. Et cela fait du bien aussi de prendre ce temps de la contemplation. 

Éditions Folio

 

Avec Les insolents, je participe au Petit Bac 2026 d'Enna
Catégorie PLURIEL (Les INSOLENTS)  

 

 

 

Je suis Romane Monnier à L'oreille absolue

Je suis Romane Monnier **** - Delphine de Vigan

 
J'avais quitté Delphine de Vigan avec sa pièce de théâtre Les figurants, je la retrouve avec Je suis Romane Monnier. On peut dire que ce nouvel opus s'inscrit dans la lignée de Les enfants sont rois. Dans Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan provoque la rencontre de deux êtres à travers un échange de téléphones portables : Thomas un imprimeur et père de Léo, Romane une jeune femme en recherche. A priori, une histoire ordinaire qui bascule dans le pas normal, parce que si Thomas arrive à récupérer son smartphone, Romane n'éprouve aucune envie de retrouver le sien et laisse à Thomas tout loisir de comprendre le pourquoi du comment. Et dans ce jeu de devinettes et d'exploration, Thomas cherche Romane et se trouve aussi. Je suis Romane Monnier se lit très bien, interpelle nos vies hyper connectées où tout se dit, où tout se vit, où finalement l'intimité est réduite à peau de chagrin. Delphine de Vigan nous présente deux héros : un visible, transparent et qui finalement nous révèle une autre vérité de lui-même, et une invisible mais présente par ses sms, ses notes, ses enregistrements. On s'attache à l'un et à l'autre, on comprend Romane et on rentre dans le jeu de piste de Thomas. Le récit est maîtrisé, relancé par différents formes littéraires. Ce qui ressort de Je suis Romane Monnier est que Delphine de Vigan est une autrice brillante et profondément intelligente, au regard aigu sur l'âme humaine : ce livre en est la confirmation. Un très bon moment de lecture.
Éditions Gallimard 
 

L'oreille absolue **** - Agnès Desarthe 


J'ai eu à cœur de lire L'oreille absolue d'Agnès Desarthe, un roman bienveillant qui présente un village où on ne meurt pas/plus. Dans cette galerie de portraits, on rencontre un grand timide à la voix exceptionnelle, un Jacques sur le départ, une Sonya à la musique enchantée, un quatuor au drame partagé, tous convergent vers l'orchestre du coin, le soir de la représentation finale. Agnès Desarthe séquence ses portraits avec une petite incantation. Une musique qui déroule et rythme les vies, les secrets, les surprises. Une musique qui parle d'opportunités, de découvertes, de tremplin et d'injustice aussi. Un moment agréable de lecture, qui fait du bien.
Éditions de l'Olivier 
De la même autrice
Ce qui est arrivé aux Kempinski   -   Dans la nuit brune  - L'éternel fiancé -  La chance de leur vie  -

L'amour - François Bégaudeau ****

J'ai découvert la plume de François Bégaudeau à travers ce titre de L'amour. Ce fut un bon choix. J'ai aimé sa tendresse envers ses personnages sa façon de raconter l'ordinaire, sa facétie de manipuler et de décortiquer nos expressions si populaires. J'ai aimé rencontrer Hélène et Jacques : Hélène la grande amoureuse qui rêve beaucoup, travaille énormément, sait ménager son amour, une femme intelligente et de son temps ; Jacques le fan de maquettes, à l'approche romantique gauche et épaulée, un amoureux des plantes aussi, un bosseur également. En peu de pages, François Bégaudeau nous fait découvrir ces deux beaux personnages, leur itinéraire, leur rencontre, leur vie. Il sublime l'ordinaire avec une prose accessible et malicieuse. En trois phrases, on peut prendre deux ans ou dix ans dans la figure. J'ai retrouvé la simplicité de couples cousins, j'ai aimé revivre le fameux dilemme du pain du jour (dilemme que j'ai partagé avec mon cher et tendre). J'ai trouvé des scènes et des anecdotes justes. J'ai nettement moins apprécié le qualificatif attribué à un chanteur italien  adoré de Jeanne : je l'ai trouvé  désagréable et complètement décalé par rapport à une ambiance plutôt douce, à ce qu'est intimement le personnage de Jacques, et à ce qui nous a été renvoyé de lui précédemment), c'est dommage de gâcher un si bel ensemble.

L'amour reste un texte à découvrir, pour rencontrer la plume intéressante et fluide de son auteur François Bégaudeau, pour ses transitions remarquables, pour y lire un duo attachant tout simplement ... que j'ai quitté à regret.

 Éditions Folio

Autres avis : Sylire

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

89 pages 

Psychopompe - Amélie Nothomb ***

Je pense qu'Amélie Nothomb gagnerait à savoir arrêter un livre au bon moment. Je m'explique : j'aime bien cette autrice, j'aime assez ses intentions et son écriture (son vocabulaire est toujours nourri et elle possède une plume éclairée tout en étant accessible).   

Lorsque j'ai débuté Psychopompe, j'ai apprécié le pitch de départ et l'inclinaison forte d'Amélie Nothomb à regarder les oiseaux, à les admirer. J'ai aimé leur compagnie et leur présence pendant toutes les péripéties de voyage et de déplacements professionnels du père d'Amélie. J'ai trouvé que leurs descriptions renforçaient les éléments du discours de l'autrice, à propos des conditions de vie de la population locale, à propos des relations géopolitiques. Et puis en seconde partie, le récit va vers l'intime, vers l'écriture et la relation au père et là je n'y ai plus cru du tout, je me suis même détachée (à défaut de voler). À vouloir tout associer à un psychopompe, Amélie Nothomb m'a perdue : j'ai trouvé le trait forcé et quasi ridicule.  

Résultat : une moyenne de lecture de *** alors que la première partie flirtait vers le **** et la dernière partie vers le **. C'est ballot tout de même !

Éditions Le Livre de poche 

Livres chroniqués de la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats - Le livre des soeurs - Riquet à la houppe Soif Tant mieux 

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

et pour le défi En sortir 26 en 2026, défi lancé par Maghily (et logo repris chez Mokamilla) : vous retrouverez les participants et participantes grâce aux deux liens. 



149 pages 

4/26

Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]
 2. Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda [PAL 2025]
 3. À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse [PAL 2025]
 4. Psychopompe - Amélie Nothomb [PAL 2025]

L'heure zéro - Agatha Christie *****

L'heure zéro est un excellent Agatha Christie, j'entends par là que je n'ai pas grand chose à lui reprocher, j'ai pris un réel plaisir à lire cette histoire, à faire des pronostics et à me planter (comme toujours... Je ne serai jamais une Miss Marple ou une Herculine Poirot : les héros récurrents d'Agatha Christie ont un sens de l'observation et une mémoire que je n'ai pas.). Un conseil : lisez attentivement L'heure zéro pour trouver avant la fin. C'est le genre d'histoire qui mérite d'être lue deux fois (une première fois pour le plaisir, une seconde fois pour repérer tous les indices qu'a gentillement disséminés Agatha pour aider son lectorat et je peux vous dire qu'elle en a écrits). Telle une lapalissade, l'histoire commence de la première page à la dernière page, comme le discours de l'écrivaine le prétend (un meurtre prémédité prend parfois racine dans un passé lointain et tous les éléments convergent vers une vérité - et pas forcément la vérité-).


J'ai trouvé le scénario béton avec une construction d'une grande intelligence, et j'ai apprécié le renouvellement de cette immense écrivaine : Agatha Christie débute L'heure zéro par des tranches de vie qui apparemment ne se correspondent pas mais qui vont servir tôt ou tard à l'intrigue et seront rappelées à bon escient. Toute réflexion, toute attitude de personnage n'est jamais inutile : d'ailleurs dans L'heure zéro, rien n'est superflu, rien n'est à jeter. Tous les détails servent (un ascenseur en panne, un club de golf, une odeur de poisson mort, etc.). Les personnages sont bien cernés et démarqués, certains avec un passé trouble ou des fragilités tantôt apparentes, tantôt anciennes, tantôt les deux !

La psychologie des personnages est bien mené, les secrets sont partiellement divulgués voire reformulés, ce qui renforce l'intérêt de dépatouiller le vrai du faux. On sent bien que

  • l'atmosphère générale est pesante (et pourtant, longtemps, il n'y a pas de décès à constater),
  • tout ce petit monde qui se retrouve en vacances en septembre dans la belle demeure de Lady Tressilian n'est pas totalement jouasse de cohabiter mais le fait bon gré mal gré,
  • l'idée de son neveu (Neville Strange) de réunir sa première épouse (Audrey) dont il est divorcé et sa seconde épouse (Kay) pour qu'elles deviennent de grandes copines le temps d'un séjour de quinze jours n'est pas l'idée du siècle, tout le monde en convient.

Bref, lisez ce roman, il est top !

Éditions du Masque 
Traduction et adaptation de Michel Le Houbie 

Exemplaire issu d'une boîte à livres

Et un de plus pour les challenges Un hiver polar d'Alexandra et Petit Bac 2026 d'Enna.

Catégorie Passage du temps (L'HEURE zéro) 


 

 

Un, deux, trois... - Agatha Christie ****

Agatha Christie est une romancière géniale qui a réussi à construire une œuvre littéraire complètement adaptable à la réalisation filmée. En refusant de décrire plus qu'il n'en faut, elle ne prend aucun risque à  divulgâcher des éléments compromettant le secret et de révéler l'identité du, de la ou des coupables, elle assure aussi l'entière liberté aux réalisateurs et réalisatrices de recréer une atmosphère, de poser les transitions. Bref je comprends pourquoi son œuvre immense est à ce point populaire. Parce que son écriture classe est accessible, parce que son univers ouvert a permis aussi la filmographie de ses œuvres en divers formats (films, séries, épisodes) et sa nécessaire complémentarité avec ses écrits, avec parfois un brin de modernité qui n'aurait pas tant déplu à l'autrice, parce que les vilaines pratiques (cupidité, irrespect, présomption, abus de pouvoir, etc.) restent malheureusement indémodables. 

Et il semble que chaque livre soit un challenge pour Agatha Christie. Tantôt elle place la narration par une femme témoin secondaire (ici), dans Un, deux, trois... elle construit son intrigue autour d'une contrainte : celle d'une comptine. Chaque sous-partie a pour entrée une phrase de ladite comptine.


Dans Un, deux, trois..., vous apprendrez le fameux tour de la carte forcée, terriblement efficace dans cette histoire, vous verrez aussi qu'un crime peut en cacher un autre. Mais je n'en dis pas plus. 

J'ai apprécié cette lecture car j'ai trouvé l'histoire plus complète que Meurtre en Mésopotamie. J'ai visualisé les personnages (je les ai retenus sans trop de difficultés), j'ai aimé les controverses politiques et les éclairages des différents protagonistes, j'ai aimé qu'Agatha mette le doute à son héros récurrent un brin arrogant. Et là pour le coup, Hercule Poirot doute, il doute beaucoup et ce n'est pas dans ses habitudes. On sent la lutte des classes, on sent les mouvements et les réseaux. J'ai apprécié les différentes options et comme toujours avec Agatha, toute phrase est utile, tout détail sert l'intrigue (un bas, une boucle de chaussure, des coïncidences plus que fortuites, une phrase, un nom malencontreux.). Le pas de bol pour le/la/les criminel.le.s, c'est qu'Hercule Poirot a été présent ce matin-là chez son dentiste et qu'il enquête ! D'ailleurs, on essaie de se jouer de lui et forcément le retour du bâton dans les roues vaut son pesant de cacahuètes. À lire pour passer un bon moment. 

Éditions le Club des masques

Exemplaire issu d'une boîte à livres.

Première participation pour les challenges Un hiver polar d'Alexandra et Petit Bac 2026 d'Enna.

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline

Petite dédicace de remerciement à Keisha pour le rappel du challenge d'Alexandra !  

Catégorie Musique (1 2 3 est un titre de chanson, celle d'Amel Bent et d'Hatik, repérée ici et
190 pages 

[Jeunesse] Les douze travaux de Jean-Phil Defert - Jean-Christophe Gary

Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Le Verger des Hespérides pour l'envoi de ce livre à l'occasion d'une Masse critique. 

Les douze travaux de Jean-Phil Defert présentent une version actualisée et réinventée des douze travaux d'Hercule. Ici notre héros dont l'identité est déjà un jeu de mots est un garçon épris qui, à la suite d'une bévue, tente de se faire pardonner auprès de l'élue de son cœur en réussissant tous les défis lancés par un original version ermite. Cela va de se venger auprès d'intrigantes méchantes par des moyens aussi bas que les méfaits des mégères, de risquer sa vie pour une photo, de rendre un sourire aussi... L'écrit est solide avec un scénario enlevé et une recherche bibliographique fournie avec des références de mythologie grecque. La plume alerte de Jean-Christophe Gary est accessible et instruite lexicalement. J'ai apprécié les illustrations de Laurence Schluth qui servent le récit et complètent l'imagination du lecteur.  
J'ai été moins fan des moyens utilisés par le héros pour diffuser ses conquêtes, même si j'entends bien qu'il répond ainsi à la loi du talion " œil pour œil, dent pour dent " et que Jean-Christophe Gary répond à sa contrainte originelle : celle d'être au plus près des aventures herculéennes qui étaient loin d'être tout mignonnettes, revisitées en Guerre des boutons. Mais en ces temps actuels, je ne sais pas si l'univers vachard de certaines épreuves convaincra des familles qui attendent un peu plus de bienveillance en littérature pour leurs petits.
 
Éditions Le Verger des Hespérides

Badjens - Delphine Minoui (entre *** et ****)

Badjens décrit une adolescente iranienne décidée à faire vivre son intégrité physique et corporelle. Sa naissance installe le décor : le déshonneur de la famille paternelle qui rêve d'un garçon, le prénom de naissance imposé par une grand-mère omnipotente. L'éducation qu'elle et son frère cadet vont vivre finit par le planter. Badjens est née révoltée et tout son environnement ne fait que conforter et renforcer cette révolte.

Delphine Minoui décrit une atmosphère oppressante sous un joug religieux omniprésent mais où la résistance fourmille d'audace et d'ingéniosité. Badgens rend hommage aux hommes et aux femmes d'Iran et d'ailleurs qui combattent pour leur liberté et l'expriment par des gestes symboliques, au péril de leur vie. Badjens décrit une jeunesse bien dans l'air du temps qui aspire à évoluer librement. 

La lecture de ce roman est aisée : par des phrases courtes et simples, par des mots punchys, Delphine Minoui ne s'embarrasse pas de larges descriptions et garde le point de vue de l'adolescente. J'ai apprécié ce style direct et parfois lyrique. J'ai visualisé les scènes et les temps forts de famille (d'opposition avec le père et la grand-mère, de connivence silencieuse et tenace avec la mère). On sent l'Iran en mouvement, et aussi les répressions perpétuelles. On sent la force et le poids de la majorité silencieuse, malgré l'oppression, et c'est peut-être ce qui est à retenir ici : la peur et la violence sont les armes des dictateurs, pas leur endoctrinement ni le nombre de personnes qui leur sont corvéables à merci. 

Page 173 : vers de Simin Behbahani

Pour ne pas mourir, il faut assassiner le silence

Éditions Points 

Ma première participation (185 pages) au super défi Les gravillons de l'hiver de Sibylline du blog  La petite liste. Merci aussi à Kathel, PatiVore et Philippe pour la promotion.

 

Meurtre en Mésopotamie - Agatha Christie (entre ** et ***)

J'ai lu Meurtre en Mésopotamie pour reprendre contact avec Miss Agatha tout en répondant au défi d'Enna du Petit Bac 2025. Dernier thème à aborder pour clore ma première et dernière ligne (oui je sais, je n'ai jamais été précoce.) et quoi de mieux que la reine du roman policier pour clore ce beau défi de l'année !

 
On retrouve notre Hercule Poirot aussi astucieux que fier de ses trouvailles et de ses conclusions, de son esprit vif de fin observateur de l'âme humaine. Dans Meurtre en Mésopotamie, notre très cher detective belge se prend d'affection pour une nurse engagée tout récemment par un archéologue inquiet de la santé de sa femme. Notre nurse très sensible au moindre détail et attachée à répondre à ses engagements n'aura que peu de temps à s'attacher à sa patiente qui décède assassinée peu de temps après l'arrivée de sa soignante.  L'enjeu de ce huis-clos va être de défaire les fausses déclarations, les vrais ressentiments et comprendre en quoi la victime ne laissait absolument personne indifférent.

J'avais oublié que Miss Agatha aimait autant les personnages, j'avais oublié que ses intrigues regorgeaient autant de rôles secondaires, et que se souvenir de chacun d'eux nécessitait une bonne attention et une patience que je n'ai pas eues pour cette histoire. Bizarrement, Meurtre en Mésopotamie ne m'a pas super convaincue. Ce n'est pas le style d'écriture : la plume d'Agatha est toujours précise et riche lexicalement. C'est peut-être le rythme et les bavardages qui ne m'ont pas enthousiasmée. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue même dans les scènes : j'ai eu un mal fou à visualiser celles de crime, à imaginer les actions stratégiques, à visualiser les lieux (et pourtant ce n'est pas faute d'avoir un plan de la maisonnée). Je crois que j'aurais bien voulu des descriptions (lieux, scènes, actions) et un peu moins de psychanalyse. Et surtout, je n'ai pas cru au scénario (parce que quoiqu'on en dise, si l'esprit peut oublier des moments de vie et de proximité, le corps lui se souvient souvent.). Bref j'étais à la fois contente de découvrir Meurtre en Mésopotamie et un peu déçue du traitement. C'est un peu ballot tout de même !
 
Éditons Le Masque

Belle traduction de Louis Postif
 
Exemplaire issu d'une boîte à livres. 
 
Et ma participation (catégorie CRIME : MEURTRE en Mésopotamie) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

Mon chien Stupide - John Fante ***

Mon chien Stupide raconte l'impact de l'arrivée d'un molosse un peu bizarre, aussi impressionnant  qu'imprévisible, dans une famille complètement barrée. 

 

Avec une plume alerte,  John Fante nous montre un héros père de famille, écrivaillon à ses heures et sans le sou (alignant les scénarios pour séries à défaut de pitchs de romans) vampirisé par le charme canidé. A ses côtés, sa femme qui supporte le molosse tant bien que mal (surtout mal et à raison), des enfants plus ou moins reconnaissants, plus ou moins autonomes aussi, des voisins ulcérés. Dans Mon chien Stupide, l'humour de John Fante est caustique : les relations familiales sont sinueuses et les liens d'attachement parfois tortueux, une famille dans laquelle dire l'amour et la vérité prend des chemins bien détournés, mais aussi et surtout, une famille tout court. Mon chien Stupide présente un couple à l'aube du départ des enfants parfois précipité par un chien tout sauf stupide mais surtout bien déterminé à tout faire voler en éclats. Intéressant et à découvrir.

Éditions 10/18 

Traduction de l'anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent

Et ma participation (catégorie GROS MOT : Mon chien STUPIDE) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

 

Tant mieux - Amélie Nothomb ****

J'ai apprécié de lire Tant mieux, le dernier roman d'Amélie Nothomb et j'ai apprécié de le lire sans saisir le contexte d'écriture (et pourtant, ce n'est pas faute de la part de l'autrice de ne rien cacher de sa genèse, au nombre d'interviews effectuées lors de la promotion de ce nouvel opus.). J'ai apprécié de découvrir cette histoire riche et nourrie, cohérente dans son ensemble. J'ai trouvé les personnages creusés, j'ai apprécié les ambivalences et les secrets, les double vies et les non-dits. J'ai apprécié aussi de ne pas aimer tous ces personnages décrits, de ne pas être attendrie (et qui pourrait l'être face à certaines monstruosités ?). Parce qu'Amélie Nothomb nous montre déjà un problème initial de taille : celle d'une mère qui laisse une jeune enfant (4 ans) en garde estivale à sa propre mère non reconnue pour son talent de bienfaitrice et mère aimante. Et déjà ce nœud sert à la fois d'entrée et d'introduction dans un univers malsain. J'ai apprécié le travail scénaristique de l'autrice pour aborder toutes les facettes de ses personnages essentiellement féminins, pour raconter une histoire dans l'intimité d'une famille meurtrie et délétère, sous fond d'une guerre qui a détruit les âmes sur les champs de bataille et dans la cité. En fermant Tant mieux, je n'ai qu'un regret : le choix d'Amélie Nothomb d'avoir édulcoré la relation de couple Astrid-Donatien. Avec Tant mieux, je ne regarde plus les cuillères en bois comme simples ustensiles de cuisine.

 

Grâce à Tant mieux, on comprend mieux l’œuvre globale d'Amélie Nothomb, son attirance (attraction) à parler du morbide et de monstres, à les créer et à les analyser, sa fascination et sa répulsion face à la nourriture (son manque d'équilibre aussi). Certains traumas à défaut de réparations sont supportés à force de thérapies et de médicaments, plus ou moins bien, plus ou moins mal ; d'autres sont supportés et deviennent résilients à travers la création artistique qui peut prendre différentes formes (littéraire, picturale, cinématographique etc.) Amélie Nothomb a fait le choix de psychanalyser son essence et ses troubles familiaux par la création littéraire, par son effervescente production : qu'elle continue !

Éditions Albin Michel. 

De la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats - Le livre des soeursRiquet à la houppe Soif -  

DJ Bambi - Audur Ava Olafsdottir (entre **** et *****)

DJ Bambi est une oeuvre importante d'Audur Ava Olafsdottir, certainement la plus politique, celle où l'autrice réussit avec talent à nous faire vivre les émois, les questionnements, la souffrance continuelle de vivre dans un corps - celui de naissance - qui ne correspond pas à son genre le plus intime, à son identité. Dans DJ Bambi, on écoute la voix de Logn, né V., ses tourments, sa vie, ses espoirs d'opération. Par son prisme, on découvre son itinéraire familial et amoureux, la déflagration dans son cercle le plus intime de son identité réelle, le rejet d'un grand nombre (mère, sœurs, fils, ex-femme) et l'affection continuelle du jumeau (celui qui a tout compris depuis le début). 

 

DJ Bambi est un livre inspirant sur l'identité de genre, sans tomber dans le grotesque, ni dans la mièvrerie. Avec délicatesse et intelligence (comme toujours), Audur Ava Olafsdottir dresse un beau portrait d'une femme née avec les attributs d'homme, qui n'aspire qu'à être elle et à être reconnue comme telle. Beau et essentiel. 

Éditions Zulma 

Excellente traduction de l'islandais d'Éric Boury

Autres avis : Cathulu, Jostein

De la même autrice

Et ma participation (catégorie MÉTIER : DJ Bambi) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna


Le dernier thé de maître Sohô - Cyril Gély ***

Le dernier thé de maître Sohô présente une jeune femme bien décidée à devenir samouraï et qui fuit un destin tout tracé. Sa quête va lui permettre de vivre le quotidien d'un maître d'arme vieillissant et qui a choisi un autre art d'émerveillement. 

Le dernier thé de maître Sohô est une histoire agréable à lire : on plonge dans l'atmosphère du Japon (période du XIXe siècle) mêlant contemplation et honneur, luttes de pouvoir et silence de la nature. J'ai apprécié de lire la confrontation de la modernité et des gestes ancestraux. J'ai bien visualisé les scènes, j'ai apprécié les silences et la complicité entre le maître et l'élève, les dissimulations et la détermination. Le rite du thé est si bien décrit qu'on a envie d'en boire tout le temps. L'écriture de Cyril Gély est poétique et fluide. Je reconnais que je n'ai pas complètement adhéré à cette histoire, peut-être parce que le code d'honneur des samouraïs se prête peu au repentir ni à la bienveillance. À vous de voir et de lire.

Éditions Points 

Du même auteur : le fantastique La forêt aux violons

Ce que je sais de toi - Eric Chacour *****

J'ai choisi Ce que je sais de toi d'Eric Chacour parce que je voulais découvrir ce qui se cachait derrière ce best-seller littéraire. Non pas pour comprendre le succès public mais, plus par curiosité. Et là, bonne surprise : pour un premier roman, Ce que je sais de toi est très complet. 

 

Ce que je sais de toi narre l'itinéraire de vie de Tarek destiné à reprendre le cabinet médical de son père dans la ville du Caire. Ambitieux, vivant dans l'opulence et conscient aussi de soigner des personnes socialement très défavorisées, ses différentes rencontres humaines vont l'aider à cheminer et à se libérer de carcans familiaux et sociaux.

Ce que je sais de toi est une réussite littéraire en tout point : le scénario est solide, les personnages sont bien marqués et campés, l'ambiance est parfaitement installée (on sent l'Egypte à la fois dans ses paysages, dans ses humeurs, dans ses arômes, dans les senteurs). Les découvertes et l'évolution des personnages sont également distillées à bon escient : il y a de vraies surprises et puis d'autres moins. Il y a des révélations. Ce que je sais de toi offre une lecture accessible qui dépayse et renseigne, qui fait aussi vibrer. L'écriture est vraiment propre, le style est très agréable : Eric Chacour n'a pas choisi la tâche facile de faire des allers-retours entre passé et présent, entre le "toi" distant, le "moi" présent et qui veut exister et le "nous" (trois phases qui pourtant se justifient amplement). 

Au cours de ma lecture et avant même de la débuter, le titre Ce que je sais de toi m'avait paru un peu bizarre, peu vendeur. En fait, il est juste parfait. La première scène sur la question de l'automobile résume à elle seule et simplement le traitement inéquitable des garçons et des filles (à la fois dans la projection d'avenir et dans l'écoute de souhaits professionnels) au sein de la famille.

Well done ! 

Éditions Folio 

Le café où vivent les souvenirs - Toshikazu Kawaguchi ****

Contre toute attente, je suis revenue sur ma décision d'arrêter de lire la série des Cafés de Toshikazu Kawaguchi. Si j'avais apprécié l'idée principale (celle de revenir dans le passé  ou d'aller dans le futur sans rien modifier quoi que ce soit) - je l'apprécie toujours-, j'avais été un peu moins enthousiaste concernant le tome 2 : une forme d'usure, une difficulté à repérer les personnages. Pourtant c'est pas faute d'inventivité de la part de l'auteur : à chaque tome, Toshikazu Kawaguchi propose un nouveau petit truc.

 

J'ai volontairement choisi le tome 3 pour les vacances estivales, parce que je sais qu'en ce moment j'entame des lectures pas gaies gaies et qu'un peu de bienveillance littéraire ne fait jamais de mal à personne. Et contre toute attente, j'ai bien fait et j'ai nettement mieux apprécié ce tome 3, et ce n'était pas gagné d'avance. Comme quoi, se remettre en question a parfois du bon (enfin me concernant, a souvent du bon !).

Dans Le café où vivent les souvenirs, on retrouve un nouveau café le Dona Dona, une nouvelle team avec des intervenants historiques : Nagare, sa soeur Kazu, Sachi la fille de Kazu, Reiji le serveur qui se rêve comique et Nanako son amie d'enfance, Saki la psychiatre, et puis la grande absente bien présente à distance Yukari,la mère de Nagare et de Kazu et propriétaire du café Dona Dona. Yukari qui justement en raison d'une absence plus ou moins longue, a demandé à son fils de la remplacer. 

Je crois que ce qui est vraiment réussi dans ce tome par rapport aux deux précédents est la force des histoires individuelles, la proximité de toutes ces individualités et le fait de leurs interactions permanentes. J'ai aussi apprécié la volonté de l'auteur de rappeler régulièrement le statut des personnages et les règles, il a également diminué le nombre d'intervenants permettant d'approfondir les caractères et de leur donner davantage d'amplitude. Chaque chronique se suffit à elle-même mais est bien inscrite dans un script cohérent. Contrairement aux deux autres tomes, je me suis attachée aux personnages et j'ai aussi à la fois ri et pleuré : bref, j'ai éprouvé de l'empathie et c'est un très bon signe. Et ce que j'ai trouvé de moins bien réussi dans le second tome (le passage du passé et du futur) est là parfaitement maîtrisé. On pourra peut-être résumer Le café où vivent les souvenirs comme un tome larmoyant : il rappelle la nostalgie d'évoquer le passé, mais donne une forme aussi de réconciliation à soi-même et aux autres. 

Éditions Le livre de Poche 

 Tant que le café est encore chaud (tome 1)

 Le café du temps retrouvé (tome 2)