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[Jeunesse] Les douze travaux de Jean-Phil Defert - Jean-Christophe Gary

Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Le Verger des Hespérides pour l'envoi de ce livre à l'occasion d'une Masse critique. 

Les douze travaux de Jean-Phil Defert présentent une version actualisée et réinventée des douze travaux d'Hercule. Ici notre héros dont l'identité est déjà un jeu de mots est un garçon épris qui, à la suite d'une bévue, tente de se faire pardonner auprès de l'élue de son cœur en réussissant tous les défis lancés par un original version ermite. Cela va de se venger auprès d'intrigantes méchantes par des moyens aussi bas que les méfaits des mégères, de risquer sa vie pour une photo, de rendre un sourire aussi... L'écrit est solide avec un scénario enlevé et une recherche bibliographique fournie avec des références de mythologie grecque. La plume alerte de Jean-Christophe Gary est accessible et instruite lexicalement. J'ai apprécié les illustrations de Laurence Schluth qui servent le récit et complètent l'imagination du lecteur.  
J'ai été moins fan des moyens utilisés par le héros pour diffuser ses conquêtes, même si j'entends bien qu'il répond ainsi à la loi du talion " œil pour œil, dent pour dent " et que Jean-Christophe Gary répond à sa contrainte originelle : celle d'être au plus près des aventures herculéennes qui étaient loin d'être tout mignonnettes, revisitées en Guerre des boutons. Mais en ces temps actuels, je ne sais pas si l'univers vachard de certaines épreuves convaincra des familles qui attendent un peu plus de bienveillance en littérature pour leurs petits.
 
Éditions Le Verger des Hespérides

[Jeunesse - Théâtre] Cosimo - Jean-Yves Ruf ***

Suite à une dispute familiale, le jeune Cosimo prend la décision de la hauteur : celle de vivre dans les arbres, pour s'éloigner d'une brute de père et d'une famille défaillante, et d'une voisine malveillante. Raconté par Biagio (le frère, celui qui encaisse pour soulager son frère) et Viola (la voisine au défi improbable, Cosimo s'adapte à sa nouvelle vie, étend son territoire, osculte la nature, adopte un nouveau langage. Les semaines passent et tout le retient. 

 

Cette pièce de théâtre présente un langage familier, accessible pour tous. Largement inspiré de Le Baron perché d'Italo Calvino, Cosimo fait preuve de modernité. On sent bien que le héros (même si on entend peu ses sentiments et ses émotions) a choisi l'isolement comme protection, malgré un entourage fraternel attentif (du moins du côté du frère). J'ai apprécié les étapes d'appropriation du nouvel environnement, l'état contemplatif de Cosimo des arbres et des autres "habitants". J'ai été un peu moins fan de l'atmosphère oppressante et malveillante à son égard que ce soit de la part de la famille et de Viola (tout au moins au début), même si cela peut se comprendre, car cette histoire relève bien d'un conte, souvent cruel pour son héros ou son héroïne. L'auteur Jean-Yves Ruf indique s'être largement inspiré des improvisations des comédiens et comédienne qui ont incarné les rôles. J'ai trouvé le traitement intéressant et cohérent. Toutefois, l'âge cible "à partir de 9 ans" me paraît un peu prématuré.  

Éditions Lansman Jeunesse 

Service de presse lu grâce à la Masse critique Littérature de Babelio en partenariat avec les éditions Lansman Jeunesse : je les remercie pour cet envoi et de cette découverte très intéressante, qui m'a sortie de ma zone de confort.

Et ma participation (catégorie PRÉNOM : COSIMO) pour ma ligne du Petit Bac 2025 d'Enna

 

 

[Jeunesse] La famille de mon frère - Karine Reysset ***

Dans La famille de mon frère, Karine Reysset raconte l'histoire de Yann, préadolescent qui à l'occasion d'un voyage en famille sur les terres d'origine (le Vietnam) de son grand frère Minh, redécouvre ce frère, plus distant à son égard, au contact de sa famille de naissance et d'enfance. Minh fait partie de la famille de Yann depuis 4 ans depuis son parrainage par les parents de Yann.

Pendant ce séjour idyllique, Yann a le sentiment de perdre momentanément Minh (accaparé par sa mère, par ses frères, par son oncle, par ses neveux). Et il n'est pas le seul : ses parents, sa soeur Camille, vivent mal la forme de désintérêt de Minh et plus globalement de celle de la population locale à leur égard, se sentent de trop... malgré les visites et les beaux paysages. Mais cette représentation toute personnelle n'est pas la vérité unique. 

Karine Reysset profite de La famille de mon frère pour questionner la notion de famille, et à travers ce concept large de famille, interroge l'identité humaine, culturelle et universelle.
Cette identité est profondément accrochée à la famille qui l'a aidée à se construire, elle montre la difficulté et la richesse du retour aux sources pour l'enfant revenant, pour ses deux familles (celle de naissance, celle de parrainage). Elle questionne aussi l'apport du parrainage et sa condition subie. 

La famille de mon frère est un livre sensible qui dévoile qu'un changement de lieu -un voyage- peut aussi révéler la force réelle des liens familiaux existants et aussi des liens d'attachement. Touchant.

Éditions L'École des Loisirs 

 De la même autrice (en littérature adulte) : le très beau Les yeux au ciel

 

[Jeunesse] Le problème de Nath - Gérard Tenenbaum (entre ** et ***)

Nath est un adolescent du futur (années 2038) qui a une difficulté : réussir les tests INPPM ( Instruction Nationale pour les Plus Méritants), le Graal pour la poursuite d'études gratuites à haut potentiel professionnel. Le problème est que Nath et les maths, cela fait deux (ou plusieurs !) et que l'épreuve de mathématiques fait partie des fameux tests INPPM. S'ajoute un léger problème familial à régler (une survie en jeu) et notre Nath qui n'aime pas les maths va se révéler être un grand aventurier et traducteur des formules scientifiques.


J'ai lu une première fois Le problème de Nath et je n'ai rien compris. Je l'ai lu une seconde fois (en mode rapide) et là j'ai compris ce qui m'avait déroutée et endormie. Si j'admire le talent de l'auteur Gérard Tenenbaum à construire un univers futuriste, à camper ses personnages, je reconnais que l'auteur m'a bien perdue avec ses nombreuses digressions, qui au mieux complètent l'affaire, au pire l'alourdissent  et en règle générale, les deux effets cohabitent ! La mémoire de l'eau, c'est sympa mais elle m'a perdue. Le scénario est d'un compliqué aussi et guère plausible (vous allez me dire, on est dans le futur !!! Certes, mais maintenant qu'on est en 2024, on peut dire que ce futur est relativement proche et j'ai un peu de mal à penser que la vie d'une personne pèse sur les épaules d'un petit bonhomme qui doit jongler entre des formules qu'il ne comprend pas, un dosage qu'il ne maîtrise pas complètement et tout cela avec un risque majeur d'intoxication, et sans que le problème moral ne se pose jamais !). 
 
Sur les mathématiques (domaine de prédilection de l'auteur), rien n'a redire : on a le droit à un très joli problème d'immersion d'une boule dans un récipient cylindrique (problème qui pourrait être abordé en classe de seconde), des sections planes d'une sphère, des jeux de mots de dérivation et une formule mystère avec une fonction fondamentale du lycée ; tout cela est serti d'un discours que parfois en mathématiques on n'est pas obligé de tout comprendre pour résoudre ou avoir une démarche de résolution  d'un problème posé (ce qui est vrai, à condition de comprendre un minimum tout de même, et là visiblement, Gérard Tenenbaum occulte ce léger détail.). 

Une dernière chose : il y a quelques personnages (pas des masses mais quand même) et j'ai lu le livre fatiguée. Il m'a fallu du temps pour en intégrer quelques-uns, surtout que certains font un passage éclair. Donc si vous avez envie de découvrir Le problème de Nath, n'hésitez pas à prendre un papier et un crayon et de tracer un arbre généalogique ou un arbre de relations. C'est un peu pareil avec l'arc narratif, j'ai lu l'enchainement des actions et des scènes; il m'a manqué une articulation plus prononcée, une narration romanesque. Elle existe sûrement mais je n'ai pas senti son ossature.
 
Après, il est possible que Le problème de Nath incarne le type habituel de livre d'aventure pour la jeunesse (Nath a 13 ans) et je ne suis pas une spécialiste de la littérature Jeunesse. Mais je sais aussi que j'ai gardé une âme de (vieille) enfant et j'ai besoin de croire un peu en ce que je lis pour adhérer au discours proposé. Là, j'ai été moyennement convaincue.

Éditions Le voile des mots

Lu en service de presse : je remercie la maison d'édition pour le partenariat et la patience.


Lire du court en été #3 : Catherine Certitude - Sempé et Patrick Modiano [Littérature jeunesse]

Je vais avoir du mal à évaluer ma lecture de Catherine Certitude pour plusieurs raisons : il y a des éléments qui m'ont énormément plu (le style de Patrick Modiano, les personnages, les illustrations de Sempé) et d'autres qui m'ont moins accrochée (le scénario global de l'histoire). 

 

On retrouve dans ce livre jeunesse tout l'univers modianesque : le Paris passé (celui des petites combines et des moult secrets (en particulier, la nature du commerce de M. Certitude, personnage un peu louche dans les combines et très à l'aise dans le paraître en société). Pourtant en découvrant ce livre, on débute en territoire américain auprès d'une femme franco-américaine qui narre une période de sa vie sans sa mère américaine repartie au Pays et avec son père parisien au commerce de détail en gros, pas clair avec la loi.

J'ai apprécié la plume de Patrick Modiano qui a su s'adapter au public jeune : les phrases sont adaptées à sa compréhension, le vocabulaire est précis sans être ultra recherché. L'écrivain ne s'est pas dénaturé : on retrouve le Paris des secrets et des ombres. Patrick Modiano a conservé intacte son envie de laisser l'interprétation de chaque scène au lecteur sans suggestion de sa part. Comme toujours chez lui, la présence des personnages secondaires permet les contrastes réjouissants (l'associé du père, le "chauffeur", la copine de danse et sa famille bourgeoise). Des éléments anecdotiques, il en tisse une sorte de roman noir ou du moins obscur. Bref, Patrick Modiano offre de beaux mots sertis par les illustrations fantastiques de Sempé qui a choisi les couleurs pastel pour donner une ambiance feutrée et passée. Le trait de crayon est suffisamment précis pour rendre les scènes explicites.

De Catherine Certitude, on retiendra une petite fille punchy, un humour attendrissant, un brunch mondain théâtre du dédain de petits bourgeois, une professeure de danse à l'identité obscure, une camionnette en guise de carrosse... Une histoire sympa, un instantané de vie avant le grand départ.

Éditions Folio

                                                                Défi Lire du court - Été 2023 

Jeunesse : Sur le vif - Elizabeth Acevedo ***

Je dois cette lecture grâce à la proposition de Masse Critique privilégiée du site Babelio. Je n'attendais rien de cette lecture,  à part le pitch annonciateur : le quotidien d'une lycéenne, cuisinière talentueuse et mère d'une fillette de deux ans. Je ne fus absolument pas déçue.

Sur le vif nous narre la vie d'Emoni, ado courageuse qui gère le rôle de mère de famille, les études au lycée et un petit boulot dans un fast food pour vivre tout simplement. La maternité précoce de cette bosseuse acharnée la rend plus hermétique au charme masculin (sa "première fois" lui a laissé un bébé-fille chéri Emma dite Babygirl mais pas prévu aussi tôt), plus mature que le reste de ses amis moins sujets aux tracas financiers à la gestion du quotidien. Emoni n'a qu'une envie : quitter assez vite le lycée avec le diplôme en poche et travailler. En cette période de dossiers de candidature aux grandes écoles, elle a bien du mal à se projeter sur un futur universitaire, n'étant pas une férue des études longues et intellectuelles. Mais du nouveau s'annonce au lycée : un cours d'arts culinaires et un nouvel élève fort charmant.

Sur le vif se lit vraiment facilement, déroule une histoire intéressante et bien rythmée. Les personnages sont clairement identifiés. Leur évolution est cohérente. On voit notre héroïne se mobiliser pour des projets qui lui tiennent à cœur, se distinguer aussi dans le bon comme dans le moins bon. Ce qui ressort de Sur le vif est la bienveillance dont est entourée Emoni : un entourage très proche et protecteur (familial avec la grand-même et amical) et parfois lointain (le père, la tante maternelle). Sur le vif  aborde la maternité adolescente et là encore on voit que ni Emoni ni le père de Babygirl ne renoncent à leurs devoirs vis-à-dis de leur fille, avec plus ou moins de réussite. On sent la pression aussi sur la jeune fille à avoir un comportement amoureux irréprochable, pression dont ne souffre pas le père d'Emma. On voyage aussi. 

Le côté très lisse de l'histoire et des sentiments m'a laissée un peu de côté. À la fin de la lecture, il m'a manqué l'émotion et j'ai eu le goût d'inachevé, d'abandon d'intrigues ou de personnages secondaires sans porte de sortie, un peu comme si on jetait quelqu'un en pâture... une sorte de "tout cela pour cela". J'attendais peut-être un peu plus de traitement des autres thèmes abordés : le multiculturalisme, la place des femmes, les relations familiales, l'exil.
C'est dommage parce que Elizabeth Acevedo sait installer et construire les ambiances et les dialogues, les scènes et les relations aussi, parce que son histoire m'a bien accrochée, parce que l'héroïne est d'une classe absolue.
Sur le vif
est une lecture agréable qui se prête à tout moment de l'année, l'été en particulier.  

Éditions Nathan (je remercie la maison d'édition et le site Babelio pour ce partenariat. )

Traduction de Clémentine Beauvais

Jeunesse : D'Or et d'Oreillers - Flore Vesco (entre ** pour le sentiment et **** pour l'écriture et la construction du récit)

Je dois cette lecture après l'avis motivé et motivant de Mokamilla. Et je l'en remercie.

J'ai lu cette histoire avec une grande attention. Même si ma lecture a été agréable, je n'ai pas cessé d'être dérangée par l'entame du scénario : la quête de jeunes filles à passer une nuit dans une chambre obscure, où il se passe des choses qui pourraient toucher à leur intégrité physique, avec l'espoir de plaire à un homme. Cet implicite (qui s'explique parfaitement dans l'histoire) m'a mise mal à l'aise au point que, prévu au départ comme cadeau pour ma cadette, j'ai décidé de garder D'Or et d'oreillers momentanément pour moi et je ne l'offrirai pas. C'est une réaction idiote et déraisonnable de ma part mais je n'arrive pas à m'en défaire. Réaction idiote et déraisonnable puisqu'en des temps reculés, les contes narraient des abandons familiaux, des empoisonnements et des homicides, notre époque actuelle dévoile combien la violence évolue vers d'autres formes. Mais c'est ainsi, l'implicite de base m'a heurtée et je n'ai pas réussi à réfréner ce sentiment (déjà dit).

Bien entendu, D'Or et d'Oreillers a les mêmes qualités d'écriture que De Cape et de Mots : une épopée romanesque fournie et riche, une héroïne courageuse et fine, une vraie anti-princesse, des dialogues savoureux, des références precises aux contes (La Princesse au petit pois dont cette histoire est une réinterprétation-réadaptation contemporaine, Cendrillon, avec un petit côté Blanche Neige - sans les sept nains mais avec la magie et le règlement de compte familial, La Belle et la Bête pour le côté isolé du prince, le côté transformation physique et le timing à respecter). Le scénario est parfaitement huilé, construit avec des personnalités bien marquées comme les positions sociales d'ailleurs : les trois frangines de la noblesse locale, la servante (fille légitime d'un couple mixte de serviteurs), le prince qui n'y connaît pas grand chose aux choses de la vie et fait preuve de maladresse et de curiosité. On retrouve le même rythme des imprévus de De Cape & de Mots. L'écriture de Flore Vesco est impeccable. Il y a des rebondissements, on ne s'ennuie pas. D'Or et d'Oreillers s'appuie sur un standard classique mais c'est exactement l'intérêt de ce roman (ce qui se passe la nuit) qui a produit l'effet inverse chez moi : mon éloignement ! 

Donc en résumé : à vous de voir et de le lire pour vous faire votre propre opinion (j'ai bien conscience d'être passée complètement à côté de ce conte et d'avoir éprouvé une surréaction psychologique épidermique).

Autres avis : Mokamilla, Antigone, 

De la même autrice : De Cape & de Mots

Jeunesse : L'arbre mime le vent pour plaire à ses fleurs - Johan Troïanowski ****

Attirée par le titre sublime, j'ai découvert cet album jeunesse à l'occasion de mon passage en bibliothèque préférée. 

Lorsqu'on ouvre L'arbre mime le vent pour plaire à ses fleurs, on est surpris par la qualité des images, les couleurs à la fois foisonnantes et atténuées, le lyrisme qui se dégage du texte : un être minuscule rêve d'un jardin et l'imagine rempli de qualités végétales, de protection animale, en accord avec la nature et ses éléments (eau, pluie, vent, soleil, saisons..) où tout est prétexte au cérémonial : la mort d'un pin, le retour des enfants, l'hymne à la paix, le rappel à l'ordre d'un hérisson dérouté,... avec cette question essentielle : qui laisser vivre, entre la chenille qui va se transformer en délicieux papillon et la fleur qui subit les assauts de ce prédateur ?

Le trait de crayon de Johan Troïanowski est parfaitement adapté au contenu de l’œuvre : rond, simple, délicat, subtil, suffisamment explicite et ouvert pour ne pas entraver l'imagination de son lectorat.

Le texte délicat est d'une très jolie poésie, suspendue au rythme du phrasé, au poids des mots utilisés. Certains passages sont très proches de haïkus. 

Il (le jardin) accroche
Le dernier rayon du soleil
que les fleurs se souviennent
qu'elles ont été aimées.

Entre les images et les textes, il y a des temps d'espace libre pour l'expression et les dessins d'enfant : des espaces à utiliser !

 L'arbre mime le vent pour plaire à ses fleurs un album au titre prometteur et au contenu réussissant un équilibre parfait.

Pluie d'étoile éditions

Emprunté à la bibliothèque

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler - Luis Sepúlveda (entre **** et *****)

Encore un titre à rallonge mais quelle histoire ! Un vrai film de cinéma... Non, non, je ne rigole pas en disant cela : j'ai réellement visualisé l'histoire comme si j'étais devant un bon Disney. La raison ? Un trio de chats magique(s) qui m'a rappelé les petits Aristochats... Pourtant ce sont des matous adultes mais leur connection, leur espièglerie, leur maladresse et leur complémentarité m'ont fait penser à d'autres héros. 

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (titré résumé par ce sigle : HMCAV) est l'histoire d'un chat qui n'a rien demandé à personne et qui se retrouve un jour à faire l'éducation d'une mouette : pourquoi ? comment ? Ça, vous le découvrirez en lisant le livre.
Et comme ce chat, Zorbas, a un grand sens de l'honneur, il va tout faire pour répondre à sa mission, quitte à embarquer sa bande de vieux potes dans l'aventure... parce qu'il n'est en effet pas aisé d'apprendre à un volatile de voler quand pour soi-même le vol plané peut s'avérer mortel !
 

HMCAV est une histoire doudou, pleine de bons sentiments et toute jolie. Comme je l'ai dit, j'ai craqué pour le trio de félins :  Jesaistout qui cherche dans le dictionnaire, Colonello qui cherche ses mots, Secretario qui les trouve. Même si je reconnais que Zorbas, le Zorro de l'histoire, (avec les moustaches et sans le masque... quelle chance il a !) est un héros de grande classe. La jeune mouette aura aussi le droit à un petit nom tout destiné au cours de l'histoire mais chut ! Regardons-la grandir parmi ces prédateurs qui finalement vont se révéler ses sauveurs. Et on peut dire qu'ils ne vont pas ménager leur peine. Parce que pour qu'un petit grandisse, il faut lui trouver à manger, le protéger, le couver même.

Luis Sepúlveda n'a pas son pareil pour nous raconter un joli conte qui plaira aux plus petits comme aux plus grands. Tout est doux, rond et on n'échappe pas au serrement au cœur quand il faut apprendre à se séparer parce que grandir, c'est aussi quitter !

Il faut une vraie prouesse littéraire pour rendre son discours accessible, pour construire une histoire qui se tient, qui se voit, qui se sublime. Luis Sepúlveda y arrive avec une facilité déconcertante. Tout  coule : le rythme, l'association des personnages, les anecdotes, le récit. Il ne se passe pas grand chose mais on prend un vrai plaisir à être là avec eux tous, à les regarder se dépatouiller, à réfléchir à la meilleure stratégie (et Dieu sait qu'ils vont se creuser les méninges). 

HMCAV est un hymne au vivre ensemble, à l'entraide et à la coopération. C'est aussi une allégorie de la parentalité : apprendre à grandir, apprendre à élever (haut, très haut pour le coup). Très joli !

Éditions Métailié

Traduction d'Anne-Marie Métailié

Du même auteur : 
Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur -
Le vieux qui lisait des romans d'amour

 Et ma seconde et dernière participation au challenge En Amérique latine de Goran et Ingannmic

et un de plus pour le challenge de Sharon : Animaux du monde 

Jeunesse : Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur - Luis Sepúlveda ****

Alors avant de commencer, je le clame haut et fort : ce n'est pas parce que Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur (titre à rallonge que je vais résumer par ce sigle : HEDIL) est étiqueté en littérature Jeunesse que cette fable écologiste et très sympa ne s'adresse pas aux adultes. Parce que franchement entre un roman adulte très moyen et un très bon livre jeunesse, ma balance de lecture penche largement pour le second !

C'est l'histoire d'un petit escargot qui ne se contente pas comme ses comparses de ne pas avoir de nom et qui veut aussi comprendre pourquoi il est lent. Bref, c'est l'histoire d'un personnage qui veut faire bouger les lignes - ou du moins la sienne - et qui ne se contente pas de son pré carré vert (et il a là encore raison !)

HEDIL est une fable bien mignonne adaptée aux enfants plutôt grands (parce que le texte est long et imagé) et aux adultes aussi (cf mon introduction). Dans HEDIL, on a le droit à un héros principal dans lequel on se reconnait : il questionne les habitudes de son clan, dérange de ne pas se contenter d'absence de réponse ou bien de réponses toutes faites. Pourtant son intention d'avoir une identité propre par le nom (au-delà de l'enveloppe charnelle) est louable et même recommandée. Alors notre chouette héros, qui a décidé de n'en faire qu'à sa tête va prendre des risques, sortir des ornières et faire des rencontres. 

Il y a une très grande bienveillance dans l'écriture ronde de Luis Sepúlveda, de la facétie aussi. On s'attache à notre petit héros, on voit sa difficulté à répondre à ses deux questions, une quête qui paraît presque vaine mais qui va s'avérer aussi salvatrice pour lui et pour les autres. L'auteur en profite pour aborder les thèmes de l'écologie, de la vie en société, du voyage (et de la découverte de corps inconnus), de l'entraide animale, du dépassement de soi : c'est beau, doux, ténu, fragile, plein de sagesse. Notre petit escargot à l'allure candide va faire des rencontres fabuleuses, se confronter à la réalité, prendre du recul, s'affirmer (le voyage transforme la jeunesse) et puis, surtout se retrouver, donner un sens à sa vie, à son être et un avenir à sa tribu. 

J'ai beaucoup aimé cette HEDIL qui m'a bien parlé. J'ai aussi apprécié les illustrations qui facilitent la lecture de ce texte copieux (surtout pour les "moins lecteurs" des découvreurs de ce livre). Ces dessins coupent la narration pour libérer un souffle, un supplément d'âme en plus.

 Vous l'aurez compris, je vous surconseille cette histoire. 

Éditions Métailié (bravo pour l'idée des illustrations et la qualité de la pagination)

Dessins bien venus et super sympas de Joëlle Jolivet

Traduction d'Anne Marie Métailié

Autres avis : Keisha, Sharon, 

Du même auteur : l'exceptionnel Le vieux qui lisait des romans d'amour

 

Et ma tout première participation au challenge En Amérique latine de Goran et Ingannmic

et un de plus pour le challenge de Sharon : Animaux du monde 

Jeunesse : Murdo (texte entre ** et *** : Alex Cousseau - Images **** : Éva Offredo)

Voilà, il faut bien une première fois : Murdo est le premier livre jeunesse pour lequel je suis nettement moins fan du script que des illustrations. 

Dans ce recueil, 59 petits rêves ou désirs sont exprimés par le gentil yéti prénommé Murdo illustrés tantôt par des couleurs dans le texte, tantôt (le plus souvent) par des images au graphisme assez géométrique (ce qui me convient) où le panel de couleurs varie entre le orange, le turquoise et le marron (le blanc délimitant les espaces).


Je n'ai rien à reprocher à la plume d'Alex Cousseau : elle est propre, elle décrit différents univers, elle varie les situations, elle est lisse. Et c'est peut-être ce dernier état qui a fait que j'ai moins adhéré : quand un texte est court, j'attends une chute finale ou bien une évasion finale, une accélération ou une décélération de rythme. Là, cela n'a pas été le cas. Pourtant, je me répète : on ne peut rien reprocher à cette forme d'écriture qui valorise la bienveillance des liens avec autrui, qui porte l'espoir. J'ai cherché la poésie dans les mots, elle était plus dans les faits narrés. Je pense que mon cerveau n'a pas été disponible pour apprécier pleinement la prose et j'ai complétement conscience d'avoir un avis qui ne fera pas l'unanimité. J'ai été moins sensible au côté décalé et je le regrette.

J'ai davantage accroché pour le graphisme d'Eva Offredo qui m'a évadée. Peut-être pour son côté accessible et efficace, harmonieux et présent tout en restant discret, complémentaire au texte d'Alex Cousseau. Peut-être aussi pour son côté géométrique qui me parle davantage qu'à d'autres lecteurs, qui seront peut-être plus réfractaires à ces lignes angulaires, droites, symétriques.

Je me suis aussi posée la question de l'âge des lecteurs de ce livre jeunesse, de la cible du public. Je ne suis pas sûre qu'il soit adapté à un public très jeune car il propose des métaphores qui nécessitent un bon recul sur la vie, ou alors une très bonne culture.

Éditions Seuil Jeunesse

Un livre reçu par l'opération Masse Critique Jeunesse de Babelio que je remercie pour l'envoi.

Sortie Octobre 2020

Jeunesse : De Cape & de Mots - Flore Vesco (entre **** et *****)

 Je dois cette lecture grâce à Miss little World qui en a fait un coup de cœur et je l'en remercie. 

De Cape & de Mots s'apparente aux contes enfantins du style Cendrillon de Charles Perrault avec un petit côté Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas.

L'autrice Flore Vesco nous dévoile une héroïne haute en couleurs, exceptionnelle et qui marque les esprits. Bourrée de pertinence, d'humour, d'adaptabilité et d'empathie, la demoiselle a de la ressource. Et découvrir et lire une telle héroïne donne la pèche pour toujours. C'est une vraie chance que les enfants et les adultes puissent lire une œuvre contemporaine de si belle qualité littéraire et romanesque. 

 
 
Séraphine Marie-Geneviève Alexandrina de Notre-Dame Chancies du Jousselinière Senestre lez Castiche de l'Auberivière sié l'Ostel de la Colline, alias Serine, est comtesse et a un patronyme aussi pompeux que le patrimoine familial est désargenté. Aînée d’une fratrie de garçons, la miss doit quitter assez vite le foyer familial pour des raisons pécuniaires et devenir dame de compagnie royale. Et le challenge est de taille : la reine est une psychopathe avérée, insupportable dans ses caprices à satisfaire constamment, d’une bêtise incommensurable mais redoutable dans sa cruauté. La mission de tenir et de survivre dans un tel univers impitoyable est un vrai défi, d’autant que l’enjeu d’être repérée positivement par la reine facilite le quotidien mais accentue la jalousie de courtisans et courtisanes malveillants. Bref Serine, par son acuité et son intelligence, a de grands soucis à se faire, surtout que partout où elle passe, cela déménage (et dans tous les sens du terme) !

Flore Vesco dresse une héroïne très moderne, qui casse les codes et fait bouger les lignes. Dans ce roman complet, tous les registres sont abordés : le suspense, la romance, le théâtre, le burlesque, les bons mots. Ce qui est épatant est la capacité de l’autrice à restituer les codes et le décor d’une cour royale : les banquets, les coups bas, les soporifiques conseils de ministres, l’allée de courtisans inutiles, la présence des petites mains sans lesquelles rien ne se passe, les manipulations, les joutes verbales.

De Cape & de Mots brille par l’écriture de Flore Vesco : le rythme est haletant. L’autrice s’attache à nourrir son écrit de belles phrases, de mots ingénieux ou de néologismes. Les combats et les luttes ne se gagnent pas uniquement par les armes ; la dextérité linguistique et l’intelligence sont aussi sources de révolution. L’univers est instruit et parfaitement installé, chaque scène se visualise, chaque personnage se vit et est suffisamment démarqué. Les saillies littéraires sont subtiles. Reste le secret un peu attendu et cousu de fil blanc.

L’ensemble est malgré tout remarquable et vraiment très sympa.

En résumé : De Cape & des Mots est un très bon roman de cape et d’épée, du grand art et un excellent moment de lecture assurément aussi !

Éditions Le Livre de Poche.

pour les plus de 11 ans.

Jeunesse : Charlananas & chantilly - Estelle Dubreuil (entre *** et ****)

J'ai reçu Charlananas & chantilly d'Estelle Dubreuil par l'opération Masse Critique spécial Jeunesse de Babelio (oui depuis que j'ai divorcé avec Facebook, je me suis pacsée avec Babelio, ne supportant pas la solitude numérique.)

J'ai une première fois lu ce court album et j'y ai trouvé de jolies choses (les illustrations et les couleurs splendides, une chute très sympa) et de moins jolies choses (un scénario assez cousu, un texte qui peut par moments être plat et par d'autres instants être mélodieux et clinquant). J'ai ensuite repris d'autres lectures (et en ce moment, c'est moins la joie : j'ai du mal avec un livre mais je vous en parlerai prochainement).

Puis pendant une pause, j'ai relu Charlananas & chantilly et j'y ai découvert tous les messages subliminaux de cette histoire d'amitié et cet éclairage nouveau rend l’œuvre nettement plus intéressante et forte. En gros, Charlananas & chantilly, ce n'est pas que pour les enfants !

Charlananas et l'Oiseau sont deux amis très différents. L'un rêve de mer, l'autre de ski ; l'un s'évade dans les livres, l'autre veut que cela bouge !

Alors si en plus, le haut de forme que porte Charlananas devient sujet à discorde (une activité sportive risquée peut le briser), rien ne va plus entre les deux potes !
Avec son histoire légère et rigolote avec des scènes aussi féériques que spatiales, Estelle Dubreuil parle bien sûr d'amitié, mais aussi de différence, d'abandon et de choix qui font souffrir puis réfléchir sur l'essentiel. Au-delà des divergences, seul compte ce qu'il y a de plus précieux : le lien d'amour.
Alors oui, Charlananas & chantilly raconte aux enfants que le lâcher prise (l'abandon d'un doudou, par exemple, quand on est prêt) aide à grandir et surtout à retrouver ce qui importe le plus.

En bref, Charlananas & chantilly est tout sauf un album anecdotique et son discours sous-jacent est aussi flamboyant et délicat que ses couleurs et le graphisme extras. À découvrir.

Éditions ThoT (merci à la maison d'édition pour ce partenariat avec Babelio)

Frangine - Marion Brunet *****

Pages 196-197
« Et quand elle baise, votre mère, elle fait l'homme ou la femme ? »
Pauline a tendu le bras devant moi pour m'arrêter net dans mon élan. C'est elle qui a parlé.
« - Et la tienne, elle est plutôt levrette ou sodomie ? »

Pauline découvre le lycée. Elle a quinze ans, la vie devant elle, beaucoup d'amour à donner : elle en reçoit aussi.  Un nouvel établissement, des repères à refaire, un changement de statut à gérer (passer de grande troisième à petite seconde). Mais Pauline assez vite décline, ne veut plus manger, modifie la décoration de sa chambre, s'y réfugie trop souvent. Ses deux mères s'inquiètent, envoient leur fils Joachim à la rescousse (en avant des questions, à l'avant des problèmes), qui tient le secret imposé par la frangine. Jusqu'à ce que l'impossibilité de divulguer met en péril le moral des troupes.

Frangine est un livre jeunesse grandiose parce qu'il parle avec sensibilité et intelligence d'un foyer homoparental, de harcèlement scolaire, de la découverte de la sexualité, le burn-out, sans tabou, sans choquer. Marion Brunet y narre aussi l'acceptation familiale/ sociétale/ individuelle (ou non) de l'homosexualité (ici, féminine). 

Elle a choisi Joachim, le seul mâle dans ce foyer ultra féminin : avec ses mots de jeune adulte (il a 18 ans), il relate ses souvenirs d'enfance en compagnie de Maline et Julie (sa mère biologique), avant l'arrivée de la petite sœur, les réflexions subies par le couple parental, les histoires de famille (celles qui coupent, celles qui font mal, celles qui font avec, celles qui s'adaptent) et enfin ce présent scolaire et professionnel difficile. 

Tout est beau et touchant dans Frangine : de la paire particulière Maline-Julie, Marion Brunet atteint l'universalité. On n'y voit que l'amour, l'estime, la bienveillance, la parentalité, on oublie l'homosexualité. Il n'y a pas de famille idéale, il n'y a pas de meilleur parent, il y a juste des gens qui s'affranchissent des conventions, qui laissent parler leur cœur (parce que les conflits oxydent l'âme).  D'autres éprouvent plus de difficulté - avec les magnifiques personnages des quatre grands-parents  : chacun chemine à son rythme. Là encore, l'auteure ne trompe pas, ne se trompe pas.

Reste la jeune génération, en mouvement, en apprentissage, parfois en décalage, et surtout en recherche : elle a tout à gagner à lutter contre l'homophobie, à défendre le mariage homosexuel dont nous célébrons le deuxième anniversaire aujourd'hui, la tolérance, parce qu'elle représente l'avenir, le nôtre !  
A tous prix
Éditions Sarbacane

âge conseillé (plutôt 14 ans parce qu'il est question aussi de première relation sexuelle)

à L. dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.

et un de plus pour le challenge d'Asphodèle (prix Ados en colère 2015)


J'ai reçu ce SP grâce à l'opération La voie des Indés organisée par Libfly, en collaboration avec les éditions Sarbacane
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