Affichage des articles dont le libellé est Belgique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Belgique. Afficher tous les articles

Psychopompe - Amélie Nothomb ***

Je pense qu'Amélie Nothomb gagnerait à savoir arrêter un livre au bon moment. Je m'explique : j'aime bien cette autrice, j'aime assez ses intentions et son écriture (son vocabulaire est toujours nourri et elle possède une plume éclairée tout en étant accessible).   

Lorsque j'ai débuté Psychopompe, j'ai apprécié le pitch de départ et l'inclinaison forte d'Amélie Nothomb à regarder les oiseaux, à les admirer. J'ai aimé leur compagnie et leur présence pendant toutes les péripéties de voyage et de déplacements professionnels du père d'Amélie. J'ai trouvé que leurs descriptions renforçaient les éléments du discours de l'autrice, à propos des conditions de vie de la population locale, à propos des relations géopolitiques. Et puis en seconde partie, le récit va vers l'intime, vers l'écriture et la relation au père et là je n'y ai plus cru du tout, je me suis même détachée (à défaut de voler). À vouloir tout associer à un psychopompe, Amélie Nothomb m'a perdue : j'ai trouvé le trait forcé et quasi ridicule.  

Résultat : une moyenne de lecture de *** alors que la première partie flirtait vers le **** et la dernière partie vers le **. C'est ballot tout de même !

Éditions Le Livre de poche 

Livres chroniqués de la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats - Le livre des soeurs - Riquet à la houppe Soif Tant mieux 

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

et pour le défi En sortir 26 en 2026, défi lancé par Maghily (et logo repris chez Mokamilla) : vous retrouverez les participants et participantes grâce aux deux liens. 



149 pages 

4/26

Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]
 2. Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda [PAL 2025]
 3. À quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? - Gaëlle Josse [PAL 2025]
 4. Psychopompe - Amélie Nothomb [PAL 2025]

Tant mieux - Amélie Nothomb ****

J'ai apprécié de lire Tant mieux, le dernier roman d'Amélie Nothomb et j'ai apprécié de le lire sans saisir le contexte d'écriture (et pourtant, ce n'est pas faute de la part de l'autrice de ne rien cacher de sa genèse, au nombre d'interviews effectuées lors de la promotion de ce nouvel opus.). J'ai apprécié de découvrir cette histoire riche et nourrie, cohérente dans son ensemble. J'ai trouvé les personnages creusés, j'ai apprécié les ambivalences et les secrets, les double vies et les non-dits. J'ai apprécié aussi de ne pas aimer tous ces personnages décrits, de ne pas être attendrie (et qui pourrait l'être face à certaines monstruosités ?). Parce qu'Amélie Nothomb nous montre déjà un problème initial de taille : celle d'une mère qui laisse une jeune enfant (4 ans) en garde estivale à sa propre mère non reconnue pour son talent de bienfaitrice et mère aimante. Et déjà ce nœud sert à la fois d'entrée et d'introduction dans un univers malsain. J'ai apprécié le travail scénaristique de l'autrice pour aborder toutes les facettes de ses personnages essentiellement féminins, pour raconter une histoire dans l'intimité d'une famille meurtrie et délétère, sous fond d'une guerre qui a détruit les âmes sur les champs de bataille et dans la cité. En fermant Tant mieux, je n'ai qu'un regret : le choix d'Amélie Nothomb d'avoir édulcoré la relation de couple Astrid-Donatien. Avec Tant mieux, je ne regarde plus les cuillères en bois comme simples ustensiles de cuisine.

 

Grâce à Tant mieux, on comprend mieux l’œuvre globale d'Amélie Nothomb, son attirance (attraction) à parler du morbide et de monstres, à les créer et à les analyser, sa fascination et sa répulsion face à la nourriture (son manque d'équilibre aussi). Certains traumas à défaut de réparations sont supportés à force de thérapies et de médicaments, plus ou moins bien, plus ou moins mal ; d'autres sont supportés et deviennent résilients à travers la création artistique qui peut prendre différentes formes (littéraire, picturale, cinématographique etc.) Amélie Nothomb a fait le choix de psychanalyser son essence et ses troubles familiaux par la création littéraire, par son effervescente production : qu'elle continue !

Éditions Albin Michel. 

De la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats - Le livre des soeursRiquet à la houppe Soif -  

[RDV en chansons] - Avril 2025 -Ma meilleure ennemie by Stromae et Pomme

Chaque premier mercredi du mois, Anne propose qu'on mette à l'honneur des chansons en langue française.  

Voici mon choix pour le mois de mars 2025 : Ma meilleure ennemie - Stromae et Pomme.

Une écoute et un vrai coup de foudre direct !

Bon, il faut dire que le hit est composé d'un génie musical (Stromae) avec la voix sylphide de Pomme. Bref que du bon (du très très bon) ! 

On est toujours dans l'amour toxique (cf mon post musical Mauvais garçon d'Héléna Bailly) à proscrire définitivement, parce que rien ne peut sauver de grands malades à part la psychiatrie, parce qu'aimer n'est pas se faire la guerre, parce qu'il vaut mieux être célibataire que de vivre une relation délétère et avilissante.


Je t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te hais
 
T'es la meilleure chose qui m'est arrivée,Mais aussi la pire chose qui m'est arrivée.Ce jour où je t'ai rencontrée, j'aurais peut-être préféréQue ce jour ne soit jamais arrivé (arrivé).La pire des bénédictionsLa plus belle des malédictionsDe toi, j'devrais m'éloignerMais comme dit le dicton"Plutôt qu'être seul, mieux vaut être mal accompagné".
 
Tu sais c'qu'on dit"Sois près d'tes amis les plus chers"Mais aussi"Encore plus près d'tes adversaires".
 
Mais ma meilleure ennemie, c'est toi.Fuis-moi, le pire, c'est toi et moi.
 Mais si tu cherches encore ma voix,Oublie-moi, le pire, c'est toi et moi.
 
Pourquoi ton prénom me blesseQuand il se cache juste là dans l'espace ?C'est quelle émotion, ta haine ?Ou de la douceur Quand j'entends ton prénom.Je t'avais dit "Ne regarde pas en arrière,Le passé qui te suit, te fait la guerre."
 
Mais ma meilleure ennemie, c'est toiFuis-moi, le pire, c'est toi et moi.
Mais ma meilleure ennemie, c'est toi.Fuis-moi, le pire, c'est toi et moi.
 
Je t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te haisJe t'aime, je te hais, je t'aime, je te hais

Paroliers et compositeurs : Paul Van Haver (Stromae) - Alexander Seaver - Claire Pommet (Pomme) - Luc Van Haver

 

[RDV en chansons] - Février 2025 - Mauvais garçon by Héléna Bailly

Chaque premier mercredi du mois, Anne propose qu'on mette à l'honneur des chansons en langue française.  

Voici mon choix pour le mois de février 2025 : Mauvais garçon - Héléna Bailly

Mauvais garçon montre le pouvoir de nuisance et d'attraction de toute personne toxique : si ses paroles poussent à fuir, elles questionnent davantage sur le pourquoi on reste. J'aime le rythme et le refrain empreint d'inquiétude malgré son côté entêtant et rythmé. J'aime la voix de son interprète Héléna Bailly. Une chanson qui rappelle que la toxicité n'attend malheureusement pas le nombre d'années et la maturité pour prospérer, et qu'il est sain de fuir dès qu'une personne qui dit vous aimer vous brime, brime votre entourage et vous isole. Fuir avant de perdre toute confiance en soi, fuir avant qu'il ne soit trop tard !

 

Mauvais garçon me rabaisseMe dit que je suis pas belle comme çaQue je sers à rienQu'il est jamais heureux avec moi
 Mauvais garçon dit qu'il m'aimeMais il voudrait tout changer chez moiJusqu'à ma façon d'êtreDe sortir et de rire aux éclats.
 Mauvais garçon me rabâche,Tout est de ma faute si je l'écoute.Il veut pas que j'aille en boîteQue je parle, que je danse avec d'autres.
 Mauvais garçon me dénigreMe donne tous les noms d'oiseau.Mais les oiseaux, eux, sont libres,Et son amour est une prison.
 
Mais moi je resteDis-moi pourquoi je resteAvec Mauvais garçon.Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)Faut qu'j'arrête,On me dit faut qu'j'arrête,De voir Mauvais garçon.Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)
 
Mauvais garçon tient les fils.C'est moi le pantin.Un jour sur deux, il est mignonUn jour sur deux, il est pire qu'un ... mmh.Mauvais garçon joue les dursEt moi j'apprends les lois de l'amourEt j'y connais rienEt plus il me fait marcher et plus je cours.
 
Mais moi je resteDis-moi pourquoi je reste,Avec Mauvais garçon.Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)Faut qu'j'arrête,On me dit faut qu'j'arrête,De voir Mauvais garçon.Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)
 
J'ai retrouvéL'amour de moiQui m'attendaitLoin de ses bras.Maintenant, je saisQue plus jamaisMauvais garçonNe m'éteindra.
 
Mais moi je reste (mais moi je reste),Dis-moi pourquoi je reste (dis-moi pourquoi je reste),Avec Mauvais garçon.Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)
 Faut qu'j'arrête (faut qu'j'arrête)On me dit faut qu'j'arrête (on me dit faut qu'j'arrête)De voir Mauvais garçon.
Mais on me dit qu'il m'aime (ah-ah-ah-ah)
 
Mais moi je restePourquoi je reste ?Dis-moi pourquoi je resteAvec Mauvais garçonÇa veut pas dire que j'l'aime (ah-ah-ah-ah)

Paroles : Héléna Bailly et Vincha
Musique : Héléna Bailly, Vincha et Jonathan Cagne

[Audiolivre] Riquet à la houppe - Amélie Nothomb ****

Je crois que j'ai trouvé le bon moment et le bon endroit pour découvrir par les oreilles l’œuvre Riquet à la houppe d'Amélie Nothomb : balades en bord de mer avec le soleil sur le visage et parfois un peu le vent pour le côté fraîcheur. Je crois aussi que ce conte revisité par l'autrice belge met en valeur ses mots corrosifs à souhait, son humour fantastique, sa façon de contourner et de tacler avec précision et délicatesse les âmes grincheuses, malveillantes et malfaisantes. Je crois surtout que cette histoire permet d'apprécier la plume de cette autrice prolifique, peut-être plus que d'habitude, et d'une même intensité que lors de Hygiène de l'assassin (qui à ce jour est le livre que j'apprécie le plus d'elle).

Du conte de Charles Perrault, Amélie Nothomb a gardé le titre, le héros (Déodat) bossu et laid à l'intellectuel et au phrasé exceptionnels, une héroïne (Trémière) aussi belle que contemplative et naïve : deux âmes pures ébranlées par un monde cruel dans sa réalité, ébranlées mais fortes. Et c'est toute la puissance de ce récit : sa bienveillance à l'égard de ces deux héros entourés d'amour par leurs proches, la foi persistante en leurs capacités à surmonter les chagrins, les sobriquets et les mesquineries des plus petits qu'eux, leur résilience à dépasser chaque épisode traumatique avec plus ou moins d'aide extérieure. 

Dans Riquet à la houppe, Amélie Nothomb quitte le monde des princes et des princesses, pour celui des oiseaux et des bijoux, mais garde la magicienne-sorcière. Comme toujours chez elle, les personnages ont des prénoms insolites : Déodat, Trémière, Lierre, Passerose, Enide, Honorat...avec toujours cette acuité de jouer avec les mots (déo, crémière). Le phrasé est impeccable et le tout est absolument cohérent.

Le choix d'Amélie Nothomb de réserver un temps certain et unique à Déodat et à Trémière et d'alterner les scènes concernant leur évolution à la fois spirituelle et sociale renforce l'urgence de leur rencontre. Par ce roman, l'autrice aborde aussi les premiers émois amoureux mais également le choc des cultures (entre les environnements familiaux de Déo et de Trémière et ceux de leurs congénères.).

La version audio de ce Riquet à la houppe sert parfaitement l’œuvre. La lectrice, Anne Kessler, incarne la lecture, use des respirations, du souffle pour appuyer les temps de conjugaison, pour mettre en valeur les saillies verbales très fines de Déodat et respecter les silences de Trémière. J'ai ri, j'ai souri, je me suis attachée à ces deux héros distants de notre monde mais dont la particularité, l'innocence et la poésie, leur questionnement et leur recul pertinent, les rendent d'autant plus précieux. J'ai apprécié le chapitre 12 des notes de l'autrice qui prolongent la lecture et rendent la fin un peu moins brutale. 

Je verrai très bien le metteur en scène Joël Pommerat réinterpréter et réincarner le conte nothombien de Riquet à la Houppe et je pense que ce serait également une réussite et une plus-value artistique : je pense même que ce metteur en scène en ferait une petite perle scénographique. Parce qu'Amélie Nohomb a profondément modernisé le conte originel sans minorer la portée ni défaire le discours initial. Et cette réincarnation est intéressante et s'inscrit aussi dans ce que peut proposer Joël Pommerat au théâtre. Du bel art.

Des images à retenir : un cercle de craie effroyable, une table de kinésie sportive, des oiseaux modélisants. 

Éditions Audiolib

Lecture par Anne Kessler

Emprunté à la bibliothèque.

 Ma participation pour le mois de mai 2024 au super challenge Écoutons un livre de Sylire

 de la même autrice : Frappe-toi le coeur - Les aérostats Soif 

[Audiolivre] Les aérostats - Amélie Nothomb ***

Les aérostats propose une rencontre entre un adolescent dyslexique et malaimé (Pie) en proie au décrochage scolaire, et une jeune étudiante en philologie (Ange) qui lui assure des cours particuliers de littérature. Ange va ouvrir la culture de Pie et lui proposer de sortir de l'ornière et accessoirement du domicile familial, par la fréquentation de grands classiques et autres musées. Mais le père de Pie veille et voit d'un mauvais œil l'émancipation intellectuelle et physique de son rejeton.


Comme dans de nombreux livres chez Amélie Nothomb, il réside dans Les aérostats une ambiance assez malsaine : elle n'est pas palpable au début mais se découvre au fur et à mesure. Personne n'est épargné, personne n'est une oie blanche. Les aérostats est une œuvre parmi tant d'autres de cette écrivaine prolifique : on y retrouve son intérêt pour l'abject et la folie. Dans de nombreuses œuvres d'Amélie Nothomb, les valeurs sont inversées, tout est excusable (même les pires horreurs) quand un contexte de tension et de pression le justifie. Et cela me dérange profondément. 

Malgré tout, j'ai apprécié de découvrir ce roman par les oreilles, pour cette rencontre dont j'espérais peut-être plus d'étincelles : il y en a quand même, le duo Ange - Pie vaut son pesant de cacahouètes. Mais j'ai été déçue par la fin que j'ai trouvée peu plausible car pas assez travaillée. Je pense que, sans la version audio et la voix de la lectrice Françoise Gillard, je ne serai pas allée au bout de l'histoire. 

Une lecture en demi-teinte donc, et je le regrette vraiment profondément parce que j'aime l'inventivité d'Amélie Nothomb, sa capacité à me transporter dans un univers (elle y arrive bien) avec des dialogues souvent savoureux. Le scénario de Les aérostats manque de robustesse et de consistance : l'entame d'histoire tient la route, le milieu est mou, la fin est faible. Dommage, vraiment dommage !

Éditions Audiolib

Lectrice : François Gillard

Emprunté à la bibliothèque

 Ma participation pour le mois de février 2024 au super challenge Écoutons un livre de Sylire

Le cinéma de Saül Birnbaum - Henri Roanne-Rosenblatt (de *** à ****)

Le cinéma de Saül Birnbaum décrit l'itinéraire d'un homme juif, de son enfance en Autriche à sa fuite en Belgique pour échapper aux arrestations nazies, à son arrivée et à son ascension aux États-Unis, en tant que restaurateur et amateur de cinéma.  

Le cinéma de Saül Birnbaum offre une fresque dense et riche d'allusions cinématographiques, de contextes historiques. 

En 180 pages de pages seulement, l'auteur, Henri Roanne-Rosenblatt, déroule plus de soixante ans d'une existence remplie de foyers différents, de contrées variées, de projets menant à plus ou moins de succès, à plus ou moins de renommée. Le style de l'écrivain est naturel et agréable. Henri Roanne-Rosenblatt a trouvé sa voix littéraire teinté d'humour (malgré l'époque), de critique et d'amour de ses personnages qu'il porte. Il a su mettre en scène les épisodes par les nombreuses citations musicales, cinématographiques, littéraires, dans un contexte historique bien maîtrisé. 180 pages d'histoire d'un homme qui a su rebondir et répondre à la demande des ses parents persécutés : survivre et vivre avec enthousiasme, et garder foi en l'humain, malgré les abjects choix politiques qui ont porté au sommet de nombreux États des monstres sanguinaires, des génocidaires. Et des rencontres heureuses, bienveillantes... Saül va en connaître, être porté par elles, se référer à elles, et prolonger une lignée, comme héritage d'une terre originelle défunte. 

Mais il faut aussi reconnaître, qu'avec un tel rythme narratif, l'auteur ne peut pas s'éterniser pas sur certaines années, sur certains instantanés de vie de Saül, ce qui est compréhensible et normal. Toutefois, par ce choix, j'ai eu le sentiment de ne pas pouvoir m'attarder sur certains événements qui du coup ont manqué de profondeur pour moi, de lire une accumulation de rebondissements et de coïncidences. Si la plupart des personnages et des époques sont bien ancrés, je n'ai pas cru en le personnage d'Hannah, en la reconnaissance du film du neveu de Saül et produit par Saül. 

En résumé : Le cinéma de Saül Birnbaum est une histoire qui se lit très bien avec une écriture sympathique et nourrie, un moment de voyage dans le temps et dans l'Histoire, pour ne pas oublier ce qui fut. 

Un livre à découvrir et un scénario qui a été adapté au cinéma.

Éditions M.E.O

Lu en service de presse : un grand merci aux éditions M. E.O pour ce partenariat et cette découverte. 

autres avis : Anne

Eden beach 1970 - Anne Duvivier ***

Eden Beach 1970 retrace l'itinéraire sur 15 jours d'une jeune femme Charlotte, qui suite à la découverte de l'infidélité de son mari, se fait la malle et débarque dans une station balnéaire du Maryland aux Etats-Unis. Charlotte, issue d'une famille belge conservatrice, a été élevée dans le culte du mariage qui à la fois protège les femmes mais aussi les rend dépendantes de leur époux. En abandonnant le Miguel de ses rêves, Charlotte va devoir subvenir à ses propres besoins, travailler un job en restauration et peut-être enfin s'émanciper de codes sociétaux et familiaux archaïques. 

Anne Duvivier arrive à dépeindre l'atmosphère des seventies, celle de la libération sexuelle grâce à l'arrivée de la pilule, celle de pionnières anonymes qui par leur lutte ont permis à d'autres femmes d'accéder à une certaine autonomie (de corps, d'existence). Avec une plume alerte, l'autrice place son intrigue entre légèreté et conscience politique et sait donner des respirations salvatrices à son texte. Les mœurs libèrent les corps et les mantras, la guerre du Vietnam fait rage et certains jeunes appelés fuient leur incorporation. Charlotte navigue entre deux mondes : celui qui l'a façonnée, celui que lui propose Cookie, sa nouvelle amie et accessoirement colocataire. D'un côté, le carcan des conventions, de l'autre sea, sex and sun (avec en prime le short qui va bien !) Mine de rien, Anne Duvivier effleure la fragmentation urbaine et ethnique de la société américaine et montre aussi les combines, une forme de solidarité et de sauvegarde entre les êtres, une population en recherche d'expériences divinatoires aussi.  

Eden Beach 1970 offre une lecture plaisante d'un monde du possible, fragile et segmenté, entre des promesses sociétales heureuses et annonciatrices d'une révolution sociétale, familiale et féminine, et la peur au ventre d'une guerre lointaine mais bien présente. 

J'ai bien aimé découvrir cette Charlotte volontaire qui a décidé de se prendre en main quitte à sortir des sentiers battus. Je reconnais le talent certain de conteuse d'Anne Duvivier à donner corps à ses créatures, à avoir su m'immerger dans cet univers américain post-soixante-huitard avec un discours charnel et sexuel qui se veut avant tout en adéquation avec la nature, tout sauf voyeuriste. Well done ! 

Editions MEO

Lu en service de presse : je remercie les éditions MEO pour ce partenariat.

De la même autrice : Cendres,

Mahmoud ou la montée des eaux - Antoine Wauters *****

J'ai choisi de lire ce livre parce qu'il a obtenu le prix Inter 2022 et je suis attachée à ce prix littéraire (pour plusieurs raisons : une sélection qui sort un peu des clous et son jury de lecteurs annuellement modifié mais toujours ultra-compétent)  : je ne lis pas systématiquement le roman lauréat mais je me tiens au courant. En feuilletant Mahmoud ou la montée des eaux avant de le découvrir, j'ai été très surprise (agréablement surprise serait le meilleur terme) d'observer la forme littéraire choisie par Antoine Wauters : celle d'une prose en vers libres. Et cette forme-là, loin de me rebuter, m'a plus que motivée (parce que je garde un souvenir ému d'À la ligne de Joseph Ponthus et que j'aime les prises de risque en littérature). 

Verdict : j'ai bien fait ! Mahmoud ou la montée des eaux est un livre fantastique qui allie force narrative et forme poétique, discours politique et histoire d'un militant qui a su transmettre sa lutte malgré l'enfermement, malgré les absences, malgré les représailles. 

Mahmoud ou la montée des eaux nous présente un héros formidable, un patriote syrien, résistant du quotidien, professeur de métier, empreint de justice et de liberté, poète-plongeur tout le temps. À travers ses anecdotes de vie, Mahmoud Elmachi revient sur l'histoire politique syrienne et montre son impact sur sa propre existence : l'héritage malade de dictateurs, la guerre de l'eau et le détournement d'un fleuve, l'ensevelissement d'un village à la suite de la création d'un barrage, la censure littéraire et la traque des intellectuels engagés, la torture, la guerre civile et les pertes humaines.

Avec une écriture minutieuse, Antoine Wauters distribue les révélations au gré des divagations du vieil homme et de ses plongées (aquatiques, dans le passé). Alliant forme et fond, l'auteur nous dévoile un poète au langage imagé mais explicite, un bel humain qui rêve de paix et de Lumière(s) pour son pays, un mari attentif et aimé, un père longtemps absent au courage exemplaire.

De Mahmoud ou la montée des eaux, je retiendrai les images du pays - La Syrie- l'étendue du lac et les vestiges inondés d'un village paisible, les représailles sur les civils, les discrètes mais régulières allusions aux femmes qui ont compté, les drames et les joies, la vivacité d'une population encline à faire respecter ses droits mais qui ne cesse de subir les exactions d'un pouvoir dynastique autoritaire et sanguinaire (celui des El-Assad : d'abord le père puis le fils cadet, à défaut du fils aîné mort avant de régner).

À la fin de la lecture, je me suis dit que ce livre pourtant tout petit (autour de 130 pages) méritait d'autres relectures de ma part, parce qu'il laisse planer des interprétations diverses sur les scènes dont Mahmoud a été réellement spectateur, sur celles qu'il a occultées par résilience. 

Mahmoud ou la montée des eaux est un écrit riche, un manifeste qui m'a nourrie de références syriennes (à la fois culturelles, historiques, politiques) tout en me narrant savamment une histoire parfaitement construite, avec une écriture fantastique. Remarquable en tout point. 

Un livre à conserver dans les étagères (comme dirait Cathulu

Editions Verdier

page 116

Toute ma vie, j'ai écrit parce que je souffrais de voir
se briser ce pays : celui des rêveries de l'enfant.
Toute ma vie, je l'ai passée à me battre pour conserver
le privilège de pouvoir respirer auprès de vous.

page 43 :  

Les mots sont la main visible du silence, la forme qu'il revêt pour être compris de tous.

 

avis : Alex, Athalie, Zazy, Autist reading (dans son récap d'octobre 2021), Bernhard

Femmes empêchées - Leïla Zerhouni ****

Femmes empêchées relate la vie d'une femme Ania Loiret (adoptée par une célibattante boulangère dans un petit village de l'Ardenne belge), sa quête d'identité originelle, ses rencontres amoureuses et amicales, sa découverte de la poésie, et sa passion plus globale pour les livres.

Femmes empêchées au titre splendide (un néologisme construit par l'autrice Leïla Zerhouni que je vais inscrire dans ma base lexicale) déploie une farandole de personnages solaires : madame Kéra l'étrangère motivée à ouvrir une librairie dans un coin perdu, Niko l'amoureux à l'âme passionnée et aventureuse, Yasmine trait d'union entre l'Europe et l'Afrique. Chacun.e intervient dans la vie d'Ania à différents temps, laissant la place à l'autre quand le moment est venu. Ania, héroïne ordinaire avec ses doutes et ses questionnements, reçoit et transmet à son tour, sert de liant entre sa mère adoptive (madame Loiret) et son amie plus âgée -madame Kéra-, déploie d'ingéniosité pour sauver la librairie, change le monde en restant dans son village. Ania secrète qui déploie des poèmes à l'égard de sa mère d'origine, qui garde une part de mystère jusqu'au bout.


 

Femmes empêchées est un écrit comme je les aime avec une part romanesque, une part de réalité, des temps politiques pendant lesquels Leïla Zerhouni clame ce qu'elle a envie de dire. Dans ce court roman de 120 pages à l'image d'Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda, on comprend les questionnements de la jeune fille adoptée ; on entend l'envie d'ailleurs de Niko et la colère qu'il porte, on visualise le déracinement de la famille de Yasmine et on loue la sagesse et la philosophie du père de celle-ci, gynécologue de métier qui donne l'explication au titre du livre (les femmes empêchées : les femmes qui ne souhaitent pas aller au bout de leur maternité). 

Par des éclairages subtils sur des épisodes de vie des personnages (tantôt Ania, tantôt madame Kéra, tantôt Yasmine, tantôt Niko, etc), Leïla Zerhouni aborde bien entendu la féminité, le droit d'être ou de ne pas être mère, les lois sur l'adoption (différentes en Belgique et en France), l'exil, la "décennie noire" du début des années 1990 en Algérie, le courage des résistants de l'ombre et de ceux qui témoignent. 

Par les thématiques abordées toujours d'actualité, Leïla Zerhouni propose un récit bien écrit, dans lequel l'écrivaine a mis un peu d'elle-même et a su avec sincérité proposer des fulgurances brillantes et émouvantes. 

Femmes empêchées est un premier roman réussi.

Éditions Méo 

Lecture en service de presse.

avis : Philippe

Ma première participation au Mois belge organisé par Anne dans la catégorie Les impressions nouvelles

L'heure des olives - Claude Donnay **

Dans L'heure des olives, le héros Nathan Rivière simule un burn-out pour changer de vie. Son quotidien ne l'épanouit plus : son métier ne lui donne aucun sens, sa femme à qui tout réussit s'éloigne de lui petit à petit mais sûrement. Bref, il est temps de prendre le large et de méditer sur tout cela. Une retraite s'annonce et elle va bousculer ses certitudes et ses valeurs.

L'heure des olives offre deux histoires en une : la première concerne le quotidien de Nathan, la seconde celui des créatures littéraires de son père, écrivain à ses heures qui a construit un roman sur l'exil et l'immigration.

Le concept de livre dans le livre (si cher à Nathalie Sarraute dans Les fruits d'or) aurait pu me plaire, celui de l'usurpation dans la vie également. 

En fait, le traitement m'a laissée complètement de marbre mais vraiment. Je n'ai accroché à rien: ni au héros, ni à son histoire et je ne parle même pas de l’œuvre du père : là, j'ai complètement zappé les extraits parce que le style m'a laissée indifférente.

Pourtant, je ne peux pas dire que Claude Donnay a sabordé son intrigue : il a construit un scénario qui se tient, a peaufiné des personnages de la vie courante. Les scènes sont structurées et décrites. On voit tout ce petit monde se mouvoir ; les dialogues sont incisifs. Il n'y a pas non plus de surenchère dans son écriture. 

Mais je n'y ai tout simplement pas cru : j'ai eu du mal à visualiser un héros trentenaire qui déjeune de saucisson, de pain et de vin rouge, qui a une épouse au prénom bien marqué de Nicole. Je l'ai plutôt jugé à l'aube de ses 60 ans et forcément, cela le fait moins (par rapport au contexte). Je n'ai pas cru au scandale littéraire, je n'ai pas cru aux fuites, ni au parallèle entre ce que Nathan vit et ce que les héros paternels subissent. J'ai été très énervée voire choquée par la légèreté de traitement de "l'épisode de Noirmoutier" réduit à un "incident" ou "accident" qui s'apparente pourtant davantage à un crime. Oui, là on peut dire que je me suis réveillée et que c'est ce genre de détail qui m'a décrochée de l'histoire, mais alors complètement.

Bref, je suis complètement passée à côté de L'heure des olives.

Bref à vous de voir et de lire si le cœur vous en dit. 

Éditions MÉO

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions MÉO que je remercie.

Cendres - Anne Duvivier (entre ** et ***)

Cendres aborde la mission de trois femmes en Italie : répandre les cendres d'un défunt. Deux d'entre elles -Lila (l'âinée) et Violette- sont sœurs, la troisième -Hélène- est leur cousine germaine. Leurs pères étaient frères. Et ce voyage a priori anodin va se révéler plein de surprises.

Cendres offre une écriture qui claque, une plume honnête qui ne s'embarrasse pas du superflus et va à l'essentiel. Anne Duvivier garde le cap de son histoire de famille chargée qui tient ses promesses au-delà de la mort. Les trois quinquas ont des comptes à régler avec le passé et leur présent : cela fouette et cela dégage, pour mieux reconstruire.

Les personnages sont correctement campés, l'écriture d'Anne Duvivier est alerte, drôle et accrocheuse. Je loue la capacité de l'autrice à planter son décor, une atmosphère, , à nous proposer des femmes vives. Mais je n'ai pas réussi à m'attacher à aucune d'entre elles, ni à leur passé / leur présent / leur futur. J'ai surtout trouvé un peu grosses les ficelles. J'ai été dérangée par le devenir très incertain au cours du roman de ces fameuses cendres (peut-être mon côté old school). Je n'ai pas complètement cru à l'histoire, ni aux amours éphémères, ni aux retournements de situation, ni aux réconciliations. Je pense qu'il y a en un peu trop à mon goût, au point de prendre le risque de perdre en discours.

Cendres est un roman court sans prise de tête et qui propose un moment agréable de lecture, malgré quelques imperfections.

Éditions MÉO

Lu en service de presse : je remercie les éditions MÉO pour l'envoi de ce roman. 

Autres avis : Antigone, Philippe Dester,

BD : Entrechats - Philippe Geluck **

Entrechats est peut-être la BD de Philippe Geluck que j'ai le moins apprécié de lire. Pourtant, on y retrouve l'humour potache de notre dessinateur belge avec des bulles toujours sympas à lire. Mais j'y ai trouvé une forme de gravité, des chutes qui tombaient un peu l'eau et des blagues avec un humour plus douteux, si rare chez cet esthète des jeux littéraires et au verbe affûté. Bref, Entrechats m'a moins embarquée : un comble, vu son titre ! 

Alors oui, je me suis posée la question de l'humeur chagrine de l'auteur, si rare dans ses autres albums et si présente dans Entrechats. Plus incisif à l'égard de ses contemporains, plus "caca prout", un humour qui manquait parfois de finesse (un comble chez Philippe Geluck, qui est pour moi un comique dont j'apprécie le trait d'humour souvent raffiné). Bref un Geluck en demi-teinte. Peut-être étais-je aussi dans une humeur à ne pas apprécier le type d'humour déployé ici ? Toutefois, j'ai eu le sentiment peut-être à tort que Philippe Geluck avait choisi les planches de cet album dans un moment plus sombre de sa vie : l'ensemble (les situations, le fond, les phrases, les chutes) manque du peps habituel de l'auteur. Je suis passée complètement à côté de ce best-of !

Restent quelques planches savoureuses comme je les aime, des qui piquent gentillement et avec finesse, des autocentrées rigolotes.


À vous de voir et de lire ... ou pas

Éditions Casterman

Emprunté à la bibliothèque

et ma quatrième participation au défi belge d'Anne (dans la catégorie À suivre)


 Du même auteur : Le succulent du Chat