Pas simple de faire une adaptation graphique de l'excellent roman de Cormac McCarthy, le genre de livre qui vous marque profondément, par la sidération qu'il provoque. Pas simple d'illustrer des scènes macabres bien décrites par l'auteur américain, pas simple d'apporter un petit truc nouveau quand le scénario est balisé, ficelé, descriptif.
Et pourtant Manu Larcenet construit une œuvre propre et personnelle, sans se départir de l'originelle ; une œuvre inspirante et incarnée (quel boulot, mais quel boulot de précision dans le graphisme, dans les différentes scènes, pour poser une ambiance et une atmosphère obscures, pour marquer les liens humains, pour indiquer que chaque rencontre amène à la torpeur, parfois à la sidération, rarement à la quiétude.... pas sûr que l'auteur ait bien dormi pendant ces journées, ces mois de création). Là où Manu Lacenet est très fort, c'est que j'ai eu le sentiment de redécouvrir l'histoire de La route, pourtant une histoire inoubliable. Je veux dire par là, qu'à chaque moment de recherche de nourriture, à chaque passage d'humains plus ou moins fréquentables (souvent infréquentables sous peine d'y laisser sa peau), je n'attendais rien à part la surprise, parce que si j'avais en tête le scénario global, Manu Larcenet s'est inspiré de Cormac McCarthy pour construire un autre joyau. Et il n'a pas compté son temps. Le graphisme est recherché (avec les nuances de noir, les ombres, les traits rapprochés et ciselés), on est dans le noir de chez noir, mais hyper stylé.
J'ai longtemps hésité à lire ce roman graphique tant j'ai aimé l'oeuvre de McCarthy, qui m'a profondément marquée. Mais je n'ai pas été déçue par cette lecture, plutôt à nouveau scotchée. Manu Larcenet a brillamment réussi l'entreprise de sublimer un bijou littéraire et peut-être de lui permettre une plus large audience (en particulier d'atteindre un public qui aime davantage les histoires et les mots amenés par des images). En tout cas il a réussi à conserver tous les sentiments humains d'amour et de protection d'un père pour son fils, un père dont la quête est d'assurer la survie et l'espoir de son fils coûte que coûte dans un monde anéanti. Et la fin parfaite (comme toujours) me tord le ventre. Magistral.
Editions Dargaud
Je n'ai pas lu le livre de McCarthy. J'avais l'intention de découvrir la BD, je l'ai même empruntée et l'ai rendue sans la lire. Sujet trop dur en ce moment où l'actualité nous abreuve de nouvelles plus glauques les unes que les autres. Je pense que j'y arriverai un jour quand même.
RépondreSupprimerUne lecture qui m'avait plus bouleversé que la lecture du roman.
RépondreSupprimerJ'ai feuilleté en librairie la BD, mais n'ai pas été suffisamment "accroché" pour aller plus loin... alors que j'avais bien apprécié le film et le roman à l'époque!
RépondreSupprimerJe pense qu'il faudrait que je commence par relire le roman avant de "rentrer" vraiment dans la BD...
Je n'ai pas lu le roman original mais j'ai vu le film et j'ai lu cet album. J'ai été bluffée moi aussi par la puissance qui s'en dég
RépondreSupprimerJe crois que le début de mon message est parti trop tôt... Manu Larcenet a effectivement fait un travail remarquable (quand on voit son évolution depuis ses premiers albums, c'est étonnant ! )
RépondreSupprimerComme toi j'ai beaucoup aimé le roman. Je compte bien découvrir la BD !
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