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Délivrances - Toni Morrison *****

Bride, jeune femme à la peau noire, cabossée par la vie et en quête d'amour (parce que mal-aimée originellement) tente de reconstruire le puzzle de sa vie, reprendre petit bout par petit bout son histoire, pour mieux se retrouver. Son périple passe par l'étape de rédemption.
Toni Morrison peut écrire n'importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d'aller à l'essentiel avec un phrasé travaillé mais d'une simplicité déconcertante. Il n'y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu'elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu'elle ménage son lectorat avec Délivrances (titre sublime au pluriel : c'est volontaire et veut tout dire). Elle ne joue pas la facilité, ne reste pas dans son petit domaine de prédilection, parle d'amour, de retrouvailles (peu heureuses), de combats internes, d'hypocrisie et d'amoralité : le bonheur se gagne à la sueur de son front (et avec une bonne panne automobile). Parce qu'aimer nécessite avant tout sincérité et franchise qu'on doit à l'autre mais avant tout à soi-même. Alors Bride va ramer, vers cet autre qui l'appelle, son pendant masculin et son miroir. Ses pérégrinations l’amèneront vers une autre petite fille sauvage, un passage de relais pour le meilleur. Saisissant et très beau.

Éditions Christian Bourgois
Excellente traduction de Christine Laferrière.

Rentrée littéraire 2015

Livre reçu et lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2015 organisés par le site PriceMinister.



évasion musicale : Pise - Zazie (cette chanson -texte, musique- colle avec le livre : je la trouve juste magnifique, sublimée par l'interprétation de Zazie). Et le clip est vraiment superbe.


et un de plus pour le non-challenge de Galinette
autres avis : Indira, Geronimo, Hélène, Noukette, Alex, Laure

de la même auteure : Home

Ma - Hubert Haddad ***

Indubitablement, Hubert Haddad possède une très jolie plume, sonnante et lyrique et aussi étonnant que cela puisse paraître, j'en reste totalement hermétique. Après Le peintre d'éventail, Ma qui m'a semblé un peu moins lointain, toujours aussi évanescent, n'a pas éveillé le moindre frisson : flûte, alors !
M? par Hubert Haddad
image captée sur le site Libfly.com
Ma est l'histoire avant tout d'un amour fou, celui éprouvé par un jeune Shoichi pour la libérée et troublante Saori, fan absolue de l'haïkiste Santoka. Pour se rapprocher de sa bienaimée décédée, Shoichi va suivre les traces de Santoka, en épouser les chemins de traverse, comme ultime hommage à celle qui fut, pour comprendre la fascination de cette dernière pour le poète. 

Tout aurait pu me plaire dans ce roman où se dessinent des protagonistes attachants, non lisses. Mais comme avec Erri de Luca avec Le Poids du papillon,  je n'arrive pas à m'extasier face aux haïkus suivants 
(page 23):                                                                     (page 101)
C'est ainsi, il pleut                                                           La lune aussi
  je suis trempé,                                                                 je l'aurai vue
  je marche.                                                                        à ce monde adieu.


J'ai eu souvent le sentiment de lire l'enfonçage de portes ouvertes : sûrement trop de symbolisme pour moi !
Néanmoins, le pendant de vie de Santoka est intéressant et j'ai fini le livre : deux bons points, donc !

Editions Zulma

RL2015#8

en LC avec Géronimo (merci, merci, merci de ce cadeau, d'avoir accepté le délai et d'avoir partagé cette lecture avec moi  )
 
du même auteur : Le peintre d'éventail


PS: je sais mon absence en ce moment de la blogo, rassurez-vous, je ne lâche rien : je tiens trop à cet univers et aux gens précieux que j'ai rencontrés grâce à lui ! Dans  deux jours (Non, en fait c'est aujourd'hui),  Jemelivre fêtera fête ses quatre ans. Je prévois comme d'hab un petit jeu concours pour gagner... des livres, pardi !

La petite barbare - Astrid Manfredi *** et mon lot FNAC 2015 ( RL 2015 #3 -4-5-6-7)

La petite barbare d'Astrid Manfredi *** 

Renommé à sa sortie officielle, La petite barbare s'est appelé précédemment La barbare. Pourquoi ce changement d'intitulé ? Mystère et boule de gomme.

Clairement, ce roman a souffert de mon manque d'empathie à l'égard de son héroïne. La (petite) Barbare croupit en prison pour avoir séduit un jeune homme et ne pas lui avoir porté secours pendant qu'il se vidait de son sang en raison des tortures infligées par les quatre potes de la donzelle. Cette histoire m'a évidemment fait penser à l'affaire du gang des barbares et le supplice de la victime Ilan Halimi. Plus l'héroïne réclame sa liberté, rêve de futur, hurle son désir de meilleur, plus je me suis éloignée d'elle. Certes son enfance ne fut guère rose, oui, elle vient d'un foyer brinquebalant, pas super équilibré. Oui, elle paie sa peine à la société en effectuant ses années de prison mais à chaque fois qu'elle évoque son avenir, je n'ai cessé de penser au décédé qui, lui, n'en a plus. Astrid Manfredi possède une écriture vive, moderne, alerte : pas de faux-semblant, elle va droit direct au fond des choses. Certaines de ses phrases tombent parfaitement. Il y a de la rudesse chez elle, qu'elle a su communiquer à son héroïne. Néanmoins, j'aurais aimé voir l'humanité, je n'y ai vu que de la consommation. Et puis, malgré la justesse de l'histoire, je n'ai guère été emballée : du déjà vu (fait divers sordide)/lu (Karine Giebel et son désormais célèbre Meurtres pour rédemption que j'ai copieusement détesté), une prose vulgaire habituelle (voilà, quitte à passer pour une vieille schnock, je me dis que le vrai challenge maintenant pour les écrivains francophones n'est plus de retranscrire le français de la rue (trop facile) mais de rédiger une noble histoire et de composer avec le subjonctif imparfait par exemple, sans fautes... Si, si c'est possible.)

Éditions Belfond 
RL 2015 #3 

une nouvelle LC avec Jérôme : chouette, chouette, chouette 

et grâce à l'article de Jérôme, j'ai capté d'autres avis : Canel, L'irrégulière, LaureNoukette, Séverine (merci qui ? Merci, Jérôme) 

                                                ++++++++++++++++

Sœurs de miséricorde de Colombe Schneck *** 

Colombe Schneck traite dans Soeurs de miséricorde du cas de travailleurs immigrés à travers sa vaillante héroïne Azul. Bolivienne au grand cœur, celle-ci n'hésite pas l'expatriation pour faire vivre sa famille restée au pays. Subissant des horaires de dingue, souvent mal payée, jamais elle ne se plaint. Courageuse et généreuse, elle laisse sur son sillage bienveillance, sagesse et autorité. De sa patrie où les hommes font plus d'enfants qu'ils ne se marient, n'assument pas leurs responsabilités et se carapatent à la moindre difficulté, Azul a laissé l'essentiel : sa famille !
Clairement, Soeurs de miséricorde vaut le coup d’œil pour son héroïne. J'ai moins accrochée à la prose certes efficace de Colombe Schneck mais qui manque de fluidité et de lyrisme. J'ai passé un moment agréable avec toutes ces femmes débrouillardes. L'auteure a su me les faire aimer.

Éditions Stock
RL 2015 #4
                                                        ++++++++++++++++
                                                                   

La déchirure de l'eau de John Lynch **

La déchirure de l'eau narre une quête, celle d'un garçon en recherche de son père (ou du moins du souvenir de ce dernier).  Chaque chapitre est un instantanée de sa vie, de sa petite enfance à l'âge adulte, terminé par une lettre au trop tôt disparu. J'ai trouvé le scénario mince et convenu (oui, j'étais en très grande forme lorsque j'ai reçu ce lot : plus je lis, plus j'exige !). La correspondance épistolaire ne m'a guère enthousiasmée : je l'ai trouvée plombante, surannée. Rien ne m'a retenue au récit, à ce héros. Je rêvais d'Irlande, d'Histoire, je n'y ai entrevu qu'un texte parmi tant d'autres. C'est doux, joli, gentil mais il n'y a pas de surprise, pas d'idée extravagante. Je ne peux pas reprocher l'écriture assez lyrique de John Lynch mais voilà,  La déchirure de l'eau ne m'a pas embarquée et c'est comme cela !


Éditions Le Castor astral
RL 2015  # 5

                                                     ++++++++++++++++

7  de Tristan Garcia ****                      


Pourquoi Tristan Garcia a-t-il souhaité finir 7 romans par le moins réussi et le plus copieux ? J'ai bien compris la référence avec le chiffre 7  (7 romans et le dernier contient 7 parties) mais j'ai regretté ce choix. Honnêtement, c'est le roman du lot qui m'a le plus plu. Il sort de l'ordinaire et plonge ses héros/ ses lecteurs dans le fantastique. On commence avec Hélicéenne (une sorte d'Inception médicamenteuse), on continue avec Les rouleaux de bois particulièrement musicaux et télépathes, on plonge avec l'impressionnante Sanguine une mannequin au voisin d'enfance douteux. J'ai décroché avec La Révolution permanente un peu obscure à mon goût (des changements d'espace-temps mal gérés), ai repris du plaisir avec L'existence des extraterrestres (éternelle question) et enfin La septième qui malgré sa bonne idée de départ (l'éternité en plusieurs jours) m'a lassée. Bref, du très bon (Hélicéenne, Sanguine, Les rouleaux de bois), du correct (L'existence des extraterrestres) et du moins bon (le reste). Je sens l'auteur plus à l'aise à imprimer les esprits sur des textes courts. Sa prose est confortable, nourrie. Il n'y a rien à dire : Tristan Garcia a de l'imagination à revendre et franchement, cela fait du bien !

Éditions Gallimard (franchement l'éditeur n'a pas fait son boulot de conseiller littéraire sur ce roman-ci, ou alors, il veut vendre le livre plus cher en fonction du nombre de pages imprimées)  
RL 2015 #6

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Péchés capitaux de Jim Harrisson (non noté car abandonné après 150 pages lues : quand cela ne veut pas, eh bien ça ne veut pas !)
 
Sunderson, flic à la retraite a une libido en éveil. Rien ne l'effraie, la jeunesse l'attire, tout est bon à prendre. Et visiblement la proximité avec une famille à problèmes, les Ames, va l'émoustiller, surtout lorsqu'il commence à fricoter avec une descendante. Je n'ai pas adhéré à l'histoire (j'ai trouvé le rythme lent -mais lent-, les digressions sur les sept péchés capitaux me sont passées par-dessus la tête) mais je remarque que Jim Harrison est un petit coquin. Il sait évoquer la luxure à bon escient. La qualité de la plume est toujours là, il m'a semblé évident que l'auteur a laissé un peu plus de lui-même dans cette intrigue : l'évocation du désir sexuel à un âge avancé ne doit pas lui être complètement étrangère (un peu comme Philip Roth dans Un homme). Bien sûr, Monsieur Harrison s'amuse à titiller son lectorat, à le choquer avec une version trash de Lolita mais voilà, à tant espérer le moindre petit frisson, eh bien j'ai lamentablement lâché et je n'ai absolument pas envie de reprendre Péchés capitaux : je crois que la prose de Jim ne me convient pas. À la maison, je possède un exemplaire de Dalva depuis quinze ans, toujours pas lu : j'aurais dû y voir un signe... du destin ?

Éditions Flammarion   
RL 2015 #7


J'ai reçu et lu ces cinq romans dans le cadre du jury du prix FNAC 2015 et les cinq finalistes sont : 

La septième fonction du langage de Laurent Binet (ed. Grasset)
Profession du père de Sorj Chalandon (ed.Grasset)
Il était une ville de Thomas B. Reverdy (ed. Flammarion)
La maladroite d'Alexandre Seurat (ed.du Rouergue)
D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan (ed. JC Lattès)

And the winner is La septième fonction du langage de Laurent Binet.

Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin ***** (RL 2015 #2)

Si j'ai lu Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin, c'est grâce à Jérôme qui me l'a offert, connaissant mon attachement à La nuit tombée. Et je vais rajouter qu'Une forêt d'arbres creux fait partie des rares livres que j'ai relus. La première fois, j'ai ressenti du vague, du flou, je n'étais pas complètement en adéquation avec le texte  parce que mon esprit n'était pas si reposé que cela. La seconde fut la bonne et là, l'émotion m'a submergée. Non, je n'ai pas pleuré, j'ai juste ressenti l'infinie délicatesse d'Antoine Choplin pour ses personnages, sa prose toujours aussi poétique, le respect de ne pas trahir ce qui fut et d'éviter le sordide malgré la période relatée. Antoine Choplin est décidément un auteur d'une très grande classe. 
Une forêt d'arbres creux  par Antoine
image captée sur le site Babélio
Bedřich Fritta, dessinateur satirique tchèque, est déporté en 1941 dans le camp de Terezin, avec sa femme Johanna et leur fils Tomi. Là, il est affecté à l'atelier « architecture », lieu qui conçoit les agrandissements de bâtiments avant l'élaboration de crématoriums. Façade funeste des nazis, Terezin fait semblant d'accueillir, diminue assurément, berne la Croix Rouge internationale effrontément. Là donc, Bedřich retrouve d'autres faisant-fonction comme lui, des artistes opprimés, un conservateur de musée, des hommes garants de la culture, que les nazis tentent de bâillonner, d'anéantir.  Mais la réalité doit être annoncée et la résistance s'opère.

Tout est beau dans ce roman, malgré l'atmosphère lourde. Non, Antoine Choplin ne prend pas le risque de La vie est belle de Roberto Benigni. Parce que les parents de Tomi ont décidé de ne pas mentir, mais de vivre tout simplement, le plus longtemps possible. Malgré la mascarade de ce ghetto, on sent le manque, l'humiliation constante, ces infirmeries qui servent d'anti-chambres ferroviaires, la violence sur les corps, la faim. On respire l'immense force des déportés qui gardent la tête haute et cherchent à transmettre leur vécu à l'extérieur. Avec sensibilité, Antoine Choplin décrit les œuvres, héritages artistiques et historiques, testaments insupportables du troisième Reich. Elles témoignent à la place de leurs créateurs et contredisent le fameux discours du « On ne savait pas ».  
Comme Alex qui clôture chaque chronique par une image,  je n'oublierai pas de sitôt le bonhomme de neige (tout comme la porte de La nuit tombée).  Touchée en plein cœur !

Éditions La fosse aux ours
Rentrée littéraire 2015

LC avec Jérôme (merci pour tout) et Noukette

autres avisJérômeNoukette, Jostein, Mimipinson, Choco
 
Du même auteur : La nuit tombée

et un de plus pour les challenges de Piplo (une) et de Shelbylee
A vos nombres 2014 L'art dans tous ses états 

La variante chilienne - Pierre Raufast **** (RL 2015 #1)

Après La fractale des raviolis, il me tardait de comprendre le devenir du rubis : c'est chose faite grâce à La variante chilienne ! Je pourrai même ajouter qu'un diamant y passe un sale quart d'heure (scientifique).
C'est l'histoire de trois âmes solitaires, prêtes à se rencontrer puis à se raconter. Il y a Florin l'homme sans passé mais chargé de cailloux pour ne pas oublier, Pascal le philosophe qui prend à cœur son métier d'éducateur et enfin, Margaux frêle lycéenne à l'affect dépassé par une culpabilité trop lourde à gérer et un quotidien devenu violent. Un été pour tout recomposer, pour se réconcilier et inventer !

Indubitablement, Pierre Raufast est un vrai conteur, facétieux en plus. Débutant son histoire sous un faux air de Lolita de Nabokov, il dérive très vite vers le polar, le fantastique, l'historique et l'exotique !!! Il y a des images très belles dans La variante chilienne : celle d'abord des cailloux de Florin (détails physiques d'un événement achevé), sa recherche vaine de marquer le premier échange pipé avec Pascal, la délicatesse de Margaux qui se dévoile sur le fils (tendu comme ses déclarations) etc. Il y a de la joie, de la bonne humeur et des enfantillages (les vers luisants en feront l'amère expérience, tout comme l'arrière d'une auto), il y a de la tension, des pressions et une jeunesse rambaranesque que n'aurait absolument pas reniée Véronique Ovaldé.
Pierre Raufast continue l'exploration des scénettes par l'intermédiaire de Florin, son vecteur/souffleur d'histoires (les siennes), handicapé de l'émotion et pourtant doté d'une grande sensibilité et doué d'une belle humanité. Alors on voyage dans le temps (Clovis et son vase), à travers le jeu (partie de capateros qui peut rapporter une jolie maison avec piscine suspecte), sous des mœurs légères (où les mariages arrangés couvrent des amours inavouables), sous une pluie décennale, où des corps enterrés se révèlent être de vraies fortunes, où un débat métaphysique pourrait foudroyer le premier des bijoutiers.
Alors, oui, malgré les coquilles numériques (qui seront corrigées dans les prochaines éditions de cette œuvre littéraire), j'ai passé un excellent moment avec ce trio de choc, drôle, émouvant et bienveillant, avec ces cailloux au destin attendu (et qui marquent enfin l'émancipation de Florin) : j'ai voyagé, j'ai souri, j'ai appris ! Et oui, comme pour La fractale des raviolis, je ressors frustrée de quitter un si beau chantier (où la divine Emma restera résumée à son esquisse exquise mais là, c'est voulu).

A vos nombres 2014SP reçu des Éditions Alma.
Rentrée littéraire 2015.

LC avec Sieur Jérôme 

autres avis : Noukette, la chèvre grise, Keisha, Leiloona, Miss Léo, L'Irrégulière

et un de plus pour le challenge de Piplo