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Dans le fossé - Sladjana Nina Perkovic ***

 

Sladjana Nina Perkovic annonce dans son écrit Dans le fossé, un écrit décousu, une autrice qui navigue dans son scénario avec dextérité, et applique ce qu'elle dit. On ne pourra pas lui reprocher de trahir sa parole. Elle mêle fond et forme. Reste l'impression d'un récit complètement barré de chez barré à l'image de la famille éclatée qu'il dissèque, une juxtaposition de scènes à la fois cohérentes et qui révèlent des moments insolites et imprévisibles (j'ai apprécié le temps de l'inhumation totalement improbable et très drôle). On sent bien en commençant cette intrigue que rien ne tourne rond dans cette tribu : à commencer par la mère qui délègue à sa fille sa présence aux obsèques d'une tante dans une famille névrosée. Tout le petit clan réuni n'espère qu'une chose : un petit pactole d'héritage obtenu lors de la future vente de la maison de tante Stana (la défunte), pactole plus qu'imaginé, pactole qui peut vite être dilapidé. Sauf qu'une maison peut très vite se déprécier. Dans le fossé vaut le coup d’œil pour ses personnages (de fortes personnalités toutes plus exubérantes les unes que les autres) et pour découvrir l'art de vivre dans les Balkans à la dure. Forcément Sladjana Nina Perkovic force le trait, use d'un humour tonique, écrit comme elle respire (plume fluide), s'amuse avec ses personnages tour à tour enjoliveurs puis machiavéliques, finalement peu attachants. Comme je l'ai déjà indiqué, l'autrice dit ce qu'elle compose et l'applique, jusqu'au titre Dans le fossé qui prend tout son sens final : on va droit dans le mur mais on y va. J'ai apprécié cette lecture pour tout le côté culturel et la prouesse littéraire, j'ai apprécié l'éclairage de chaque personnage à l'occasion de scènes épiques avec l'héroïne, j'ai apprécié le côté sans filtre de cette famille borderline, avec l'humour certain et caustique de l'autrice, j'ai été frustrée en seconde partie et par la fin abrupte. Dans le fossé est un récit atypique qui déroute le script, prend des chemins détournés, surprend et peut perdre le lectorat ! Lecture en demi-teinte de mon côté. 

Éditions Zulma (242 pages avec un glossaire en fin d'ouvrage)

Très bonne traduction du serbo-croate (Bosnie-Herzégovine) de Chloé Billon  

Le butor étoilé - Sigolène Vinson ****


J'apprécie l'écriture singulière de Sigolène Vinson, et en particulier son art à installer des éléments paranormaux dans un récit qui se veut classique. Cet équilibre narratif est difficile et j'admire l'habileté dont fait preuve cette autrice à l'aide de détails tout à fait anodins (un correspondant qui n'est pas celui attendu, des yeux qui jaunissent, une couleuvre d'Esculape qui s'humanise) mais qui installent le malentendu et les surprises. Le butor étoilé est un écrit réussi avec une prose très agréable à lire et à suivre, qui nous évade tout en explorant un environnement pas si lointain (les personnes des marais, à proximité de lacs ou de forêts devraient s'y retrouver). Dans Le butor étoilé, Sigolène Vinson met en perspective deux histoires, deux quêtes (celle de la recherche d'une ado disparue (Dedou), celle d'un oiseau -le butor étoilé- dont les apparitions sont rares), un couple en attente (une héroïne ornithologue et Damien confondu avec Marc), une galerie réduite de personnages (amicale du côté de l'ornithologue, familiale du côté de Damien – père, femme, enfants), un loup qui rôde, des chasseurs pas toujours clairs. L'ambiance est dédiée à la nature, au rêve et à l'onirisme. Le butor étoilé offre un doux moment de détente et montre une campagne vive et mystérieuse, des humains en recherche de beau et inquiets de ne pas retrouver une Dedou bien présente dans les souvenirs, dans les enquêtes, dans l'attente. Les descriptions de la faune et de la flore sont sympas et participent à l'effet de contemplation et de lenteur. J'ai vraiment apprécié cette immersion poétique et onirique dans la nature toute proche (les fans d'oiseaux s'y retrouveront), j'ai aimé retrouver aussi l'écriture si singulière et l'univers de Sigolène Vinson, j'ai aimé son traitement libre et respectueux de l'amour (filial, parental, marital). J'ai été moins fan du traitement final de la disparition de Dedou, pas assez travaillé à mon goût. Reste à la fin, l'emprunt parfait d'un poème d'une jeune Nathanëlle qui promet.

Merci à Géraldine pour son avis qui m'a donné envie de lire cette oeuvre. Notre squatter préféré chez Dasola a moins aimé. 

Éditions Le Tripode (160 pages). 

De la même autrice : Le caillou