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Le peintre d'éventail - Hubbert Haddad ***

Le peintre d'éventail est un roman initiatique qui vaut largement pour sa forme (prose poétique) que pour son fond (même si la narration reste sympa). Hubert Haddad présente un trio d'hommes, trois générations qui se croisent au détour d'un jardin japonais. Il y a d'abord Maître Osaki, orfèvre paysagiste et peintre à ses heures, puis Matabei Reien parachuté dans cette contrée d'Atôra suite à un drame l'impliquant et enfin le jeunot Hi-Han, pas si bête que cela, fin cuisinier lettré qui ne le sait pas encore mais que les aléas de l'existence vont tâcher de lui dévoiler.
Terreau d'amours clandestines et refuge de cette masculinité plurielle, l'auberge de dame Hison recèle de trésors insoupçonnés : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté,  Luxe, calme et volupté.» Charles Baudelaire nous invitait au voyage, Hubert Haddad le décrit. Mais comme toujours, les passions couvrent, les événements naturels se déchaînent et le bazar arrive vite dehors (et dans les cœurs).

Indéniablement, l'écriture de Hubert Haddad est reconnaissable par son lyrisme. Créateur de haïkus (les experts de cet art apprécieront), il raconte cette terre de contrastes que représente le Japon d'aujourd'hui, lieu de souffrance (de la seconde guerre) mutilé par des catastrophes naturelles engageant d'autres plus nucléaires. Le rythme japonisant du style donne un souffle épique intéressant à ce récit. Toutefois, j'ai eu le sentiment qu'Hubert Haddad se regardait parfois écrire, par l'emploi de néologismes un peu obscurs comme complexion (page 36) ou opposite (page 21) par exemple, et aussi sur certains haïkus qui m'ont paru artificiels et manqués de sincérité. Je pense aussi que ce texte a souffert de la comparaison et du rapprochement avec Neige de Maxence Fermine, lu pourtant il y a déjà quatorze ans. Les thèmes et la narration m'ont semblé si proches que je n'ai pas su trouver l'originalité dans le traitement fait par Hubbert Haddad.  

Néanmoins, Le peintre d'éventail reste un très joli roman sur la transmission (partage des arts et techniques, empreintes par-delà la mort), sur l'apprentissage de la vie (dépasser les deuils et la douleur physique de l'absence, savoir grandir au-delà de n'importe quelle épreuve) et le dépassement de soi. Agréable, dépaysant et rafraichissant (malgré quelques coquilles orthographiques disséminées ici et là. Malheureusement, cela devient monnaie courante, en particulier sur un autre livre sélectionné du prix Biblioblog). 

page 47
« Un amant silencieux était pour elle une bénédiction. Celui qui se tait n'attend rien de vous. »

et mes deux haïkus préférés
Nuit de tempête 
Chant de mille automnes 
La branche contre un volet.
 
Le monde est une blessure 
parle des esprits 
qu'un seul matin soigne
prix_2014b2d.png
Éditions Zulma 
Rentrée littéraire Janvier 2013

Lu dans le cadre du prix Biblioblog 2014.

avis : notre Geronimo national (un immense merci pour ce cadeau que tu m'as fait là en m'offrant cet ouvrage) Zazy, Kathel, SharonMarilyne, Jostein, Miss Alfie, Mimipinson, Emmanuelle Caminade, Karine, Miss G, Miss Bouquinaix,

et un de plus pour les challenges de Denis et Fabienne et d'Asphodèle (Prix Louis-Guillon 2013, prix Océans France Ô 2014 et Prix Biblioblog 2014 !)
A tous prix
évasion musicale : All of me - John Legend


En dépit des étoiles - Michel Quint ****

Un livre de Michel Quint ne se refuse pas (surtout si Libfly me le propose en avant-première grâce à un partenariat avec les éditions Héloïse d'Ormesson) et ceci pour deux raisons :
1) j'aime bien sa plume même si je trouve un défaut de consistance dans les deux romans lus de lui (Effroyables jardins et Les amants de Francfort),
2) Michel et moi avons partagé un même lieu professionnel alors forcément, je m'intéresse à sa carrière littéraire.
Un nouvel opus au titre d'enfer (issu d'une citation de Robert Desnos), une couverture qui invite au voyage, une intrigue menée tambour battant : une petite croisière sur la Deûle vous dirait ?
Lisa Arnoux, éternelle étudiante, recherche son frère disparu depuis deux jours. Malgré la prévenance policière considérant qu'un sportif majeur, tout futur espoir qu'il incarne, est libre de ses mouvements, la midinette n'en mène pas large, s'entête et placarde des affichettes à l'effigie de son frangin Sébastien. Elle rencontre à l'occasion un agent immobilier, Jules Gileron, accessoirement narrateur lillois à l’œdipe passablement comprimé : Jules travaille pour l'Immobilière du Lys, entreprise détenue par un trio muy caliente, Maman Mado un chouïa castratrice, l'oncle Martial et sa femme Irène trop présents. Ce duo d'enquêteurs, soutenu par l'avocate Emma, cousine germaine de Jules,  fouille dans le passé du footballeur, s'immisce dans le monde de la nuit où l'abandon des corps suit celui des consciences, parcourt les bars et s'y attable, côtoie l'univers des prostituées et leur ange gardien miséricordieux, Monsieur Dimanche, ancien concierge loufoque de friches industrielles et quelque peu sonné. Très vite, une nouvelle tombe vogue : un individu vient d'être repêché dans la Deûle. Et ce n'est qu'un début.

Des personnages davantage fouillés et en évolution constante (Jules s'émancipe au contact de l'aimable Lisa, prend confiance et fait preuve d'initiatives ; l'hypnotique Emma bisexuelle assumée qui envoie valdinguer ce beau monde bourré de secrets non assumés ; l’hurluberlu lunaire Monsieur Dimanche aux réactions quelque peu surprenantes), une intrigue policière à la logique infaillible, une trame qui respire Lille par le phrasé écorché et aspiré propre à celui des gens du Nord, un plan magnifique de la capitale des Flandres qui mérite bien une visite (juste pour redécouvrir les lieux de Jules et Lisa), des thèmes mieux campés et instruits :  Michel Quint ne tombe jamais dans la facilité, s'est donné des objectifs qu'il atteint parfaitement. Pas d'happy end, pas de morale moralisante (je me comprends), un hommage aux familles de disparus qui vivent dans le doute sans deuil possible, l'inspiration notable de faits divers qui ont marqué l'actualité : les quatre jeunes noyés à Lille entre novembre 2010 et septembre 2011, l'affaire Dupont de Ligonnès à Nantes etc. 
L'histoire loin d'être gaie et le rythme imposé rendent la lecture happante. L'image du clown incarné par Monsieur Dimanche paraît davantage en retrait, comme si Michel Quint n'éprouvait plus ce besoin d'édulcorer son écrit avec ce risque de dispersion.
En dépit des étoiles : un très bon policier reçu avant Noël (j'ai vraiment beaucoup de chance).  

PartnersUn immense merci aux éditions Héloïse d'Ormesson et au site Libfly.com pour ce beau roman envoyé contre critique. Liliba l'a reçu également et nous avons décidé de publier nos avis en LC. Lundi 21 janvier, Lili et moi sommes conviées à une rencontre avec l'auteur. Quand je vous dit que nous sommes chouchoutées ! Voici la rencontre en photos et en vidéos

Rentrée littéraire janvier 2013

avis : Liliba

et un de plus pour les challenges de Lystig (Lille), de Sharon et de Liliba

La part du feu - Hélène Gestern *****

Pas simple, la marche du deuxième roman : certains la ratent, d'autres s'évertuent à proposer un calibrage identique au premier et puis, il y a les créateurs, les petites fourmis méticuleuses qui se disent qu'après tout le lecteur est intelligent, alors il faut le nourrir, l'éblouir, l'émouvoir, le rassasier pour qu'à la fin, il referme le livre en poussant un unique regret : celui de quitter l'histoire. Hélène Gestern fait partie de cette dernière catégorie.
Au détour d'un accident domestique paternel, Laurence apprend une information la concernant, très déstabilisante. Au lieu de s'effondrer, elle entreprend une enquête afin de percer le couple Tesseydre à la vieillesse difficile (sa mère, Cécile, atteinte d'une forme parkinsonienne ; son père, Jacques, irascible mais bienveillant), fouille dans les armoires familiales, découvre un autre monde : celui de l'extrême-gauche vindicative et anarchiste des années 1970. En avant, Miss Sherlock Emmanuel !

Bien sûr, on retrouve les thèmes chers à l'auteure comme la famille, les secrets, la sociologie des comportements et l'identité. Réduire l'histoire à ces champs serait réducteur. De ce couple Tesseydre disséqué au scalpel, Hélène Gestern explore cette France de l'après-1968 emplie de passion et aux mœurs décousues, la vie de groupuscules anarchistes qui rêvent d'une autre société (plus juste, plus libertaire, moins sclérosée dans ses conventions et ses rituels), aux méthodes souvent terroristes. Un incendie et tout s'écroule : les illusions, les rêves, sauf la solidarité. Cette apnée historique entreprise par Laurence bouscule les principes parentaux, dérange certains pontes, met en péril sa vie mais se justifie en tant que quête d'une certaine sérénité, une forme de complétude.

L'histoire magnifiquement cadencée est gérée de main de maître. Au récit formulé par plusieurs personnages, se succèdent lettres, articles de droit, éditoriaux, poésie et manifestes politiques. Cette forme narrative difficile et assez risquée est maîtrisée à la perfection, ce qui fait qu'à aucun moment on ne s'ennuie, la lecture ne s'essouffle. Hélène Gestern étudie la complexité de la conscience politique (les âmes fidèles à leurs idéaux, celles qui les trahissent, celles qui les oublient), glisse un lien d'amitié avec Eux sur la photo et un clin d’œil au duel Sarkosy-Hollande au détour d'un bouquet de fleurs hospitalier, nourrit ses personnages d'ambivalence, rappelle qu'un passé tu tue à petit feu !

La part du feu : un roman sublime et instructif ; une prose simple et subtile (Hélène Gestern écrit bien et juste, sans emphase, sans excès) ; un univers précis et richement documenté ; une variété littéraire remarquable ; un très très beau cadeau reçu avant Noël. 

Editions Arléa - Collection 1er / mille.

Rentrée littéraire janvier 2013 

avis : ClaraMimipinson, Jostein, Minou, Fransoaz , Anis

Un immense merci à Hélène Gestern pour l'envoi de ce cadeau et pour les mots de son dernier courriel qui m'ont touchée. J'avais la liberté de parler ou non de La part du feu. Comme je suis bavarde, il n'était pas question que je me taise !

Dans la cadre de la promotion de La part du feu, Hélène Gestern vous donne rendez-vous dans différents lieux dont la liste se trouve ici

The Voice : si vous voulez entendre ma voix : cliquer sur ce lien ici

Au vu de vos commentaires motivés (et motivants) ce livre magnifique voyage.
 étapes : Sharon, Minou, Fransoaz, les sœurs de Fransoaz et Anis ensuite.
évasion poétique chez Sophie, c'est ici 

et un de plus pour les challenges de Sharon, de Lystig (région parisienne), de Liliba (un incendie résolu).