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Les tricheurs - Jonathan Kellerman **

Encore un polar pour cet été. 

Une enseignante d'un lycée privé côté est retrouvée "enneigée" à son domicile. La thèse du suicide est rapidement évacuée contrairement à la vie intime de la victime aussi remplie que complexe. Les enquêteurs sont priés de faire vite et discret, le scandale du meurtre pouvant entacher sérieusement la réputation de l'établissement et les candidatures des élèves en terminale présentant leurs dossiers d'admission aux universités prestigieuses de l'IVY League.  


Un duo bien huilé (le flic Milo Sturgis qui n'arrête pas de manger et son psy préféré et néanmoins compère Alex Delaware), une enquête à contre-emploi (tout doit rester secret dans l'univers bien feutré de ce lieu d'études fréquenté par les huiles plus financières qu'intellectuelles, puisque aucune piste ne doit être dévoilée pour ne pas froisser ces messieurs et dames) et une pléthore de personnages qu'on découvre au fut et à mesure. 

Et c'est là toute la différence (et l'énorme différence avec la grande dame anglaise) qui ne semble pas convenir avec la citation du Figaro forcément élogieuse et illustrant la quatrième de couverture  de Les tricheurs : " Voici un polar dans la pure tradition du whodunit à la Agatha Christie ". Je m'insurge : n'est pas Agatha qui veut ! D'autant qu'elle n'aurait jamais assommé son lectorat par des rebondissements à n'en plus finir dont recèle cet ouvrage. S'il tient en haleine, Les tricheurs n'évite cependant pas l'écueil de la rallonge et de l'accumulation. 
Lorsque Dame Christie construit une intrigue de façon facétieuse et brillante, distillant quelques menus détails qui ont leur importance, le sieur Kellerman se la joue façon pâte à tartiner : plusieurs couches plutôt qu'une  (je goûte, c'est pas bon, je rajoute au cas où) ! 

On retrouve sans conteste les petites manies de l'auteur : une victime blondinette qui  mène une double vie et cache son jeu, un meurtre crapuleux, une ou plusieurs autres victimes, le plaidoyer politique (c'est d'ailleurs ce qui m'a le plus plu) et une fin à la façon Melrose place. Il faut cependant reconnaître le talent du romancier à saisir ses dialogues et le fait que le remplissage de pages s'adapte à une lecture d'été sur le sable chaud, cerveau en hibernation. En ces temps de canicule française, voici donc un moment sympathique mais pas exceptionnel.

Page 249  (l'après coupe du monde de football)
"Les chants sont faits pour cultiver la cohésion... Pas la soumission."

à méditer dans les hautes sphères gouvernementales un brin chahutées en ce moment.

Editions Points (poche publié en mai 2014 - 392 pages) 
Traduction de Frédéric Grellier

Avis d'Alex, 
 

Mauvaises eaux - Inger Wolf ****

Honnêtement, Mauvaises eaux m'a tenue en haleine et je n'ai pas boudé mon plaisir à le lire. Honnêtement, j'ai bien attendu de lire la dernière page pour connaître l'épilogue (oui, j'ai résisté .... en mettant à mal ma curiosité originelle... Il faut bien le reconnaître : l'auteure Inger Wolf est drôlement douée pour scotcher l'attention de son lectorat.) Mais honnêtement, Mauvaises eaux possède quelques invraisemblances qui passent quand même, l'état des vacances n'y est pas étranger !
Deux valises sanguinolentes sont retrouvées sous un tas de caillou. Des disparitions suspectes de charmantes jeunes femmes se précisent. La police est sur les dents, sommée de résoudre toutes ces équations mortifères et de retrouver un serial killer au système bien rôdé.   

Inger Wolf nous berne jusqu'au bout : avec ingéniosité, elle réussit à nous faire vivre le noir total d'une enquête qui part dans tous les sens. Le commissaire Daniel Trokic (peu enthousiaste par son nouveau statut administratif) est à cran : entre ses amours indécises avec une charmante concubine plutôt jeunette et cette intrigue qui balade son équipe et lui-même à travers champs, mine, cultures (animalières et traditions) et pays étranger, il a de quoi devenir chèvre. Mais c'est mal connaître, la bestiole : teigneuse et motivée, qui ne lâche pas sa proie comme d'autres de ses copines, plus petites mais tout aussi efficaces.

L'écriture est stylée et soignée, il n'y a de dialogues inutiles. La danoise Inger Wolf ne tombe jamais dans le gore et nous épargne la description d'atrocités (et pourtant, certaines scènes auraient pu s'y prêter largement). Le rythme est alerte grâce à la variété des protagonistes (les flics - Daniel, Jasper, Lisa -, puis les victimes avant le trépas et enfin, une petite part au "tordu"). Mauvaises eaux est un page-turner efficace et bien documenté, alliant psychologie et zoologie, hacker et enfance torturée. Inger Wolf glisse un léger clin d’œil au Silence des agneaux lors de l'évocation du modus operandi pour approcher et berner les victimes. A apprécier malgré la noirceur... normal pour un polar !

Éditions Mirobole (broché paru en 2014 et emprunté à la biblio)
Très bonne traduction du danois par Alex Fouillet

avis de Sharon

L'inconnue du bar - Jonathan Kellerman ***

L'inconnue du bar est un polar très simple à lire, pas prise de tête, idéal pour les vacances ou en cas de disette littéraire. L'histoire est toute simple : Alex Delaware, le narrateur, apprend le meurtre d'une bombe incendiaire qu'il avait repérée quelques heures avant l'heure présumée du crime dans un bar finissant. Débute une enquête pas simple parce que si la demoiselle ne laisse personne insensible, la recherche de son identité s'avère complexe. 

L'inconnue du bar par Kellerman
Image captée du site Babélio

Véritable page-turner, L'inconnue du bar présente un scénario construit aux dialogues sympathiques sans être mièvres ou inutiles. Les deux héros se complètent bien : d'un côté, le flic Milo Sturgis qui sort la grosse artillerie quand il le faut, bon vivant et gentillement railleur ; de l'autre, Alex Delaware, psy de son état, aussi indéchiffrable qu'efficace et disponible. Jonathan Kellerman réussit à nous mener par le bout du nez et à pas lâcher prise. Bien sûr, le hasard fait toujours bien les choses, les rencontres ne se révèlent pas si fortuites que cela. La  bienveillance tarifée apportée à une ancienne rencontre professionnelle va être source de retours glauques mais essentiels. 

Sous les bons conseils de mon cher et tendre qui adore les polars pas violents et qui s'avère être un lecteur extrêmement difficile à satisfaire, j'ai tenté la lecture de L'inconnue du bar et je n'ai pas lâché une seconde ledit bouquin. Je ne suis pas sûre qu'il m'en restera grand chose mais en tout cas, le découvrir a résonné en moi puisqu'il m'a rappelé l'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter intitulée Sugar Daddy, entendue un mois avant. J'avais été aussi happée que retournée par son écoute : si vous lisez L'inconnue du bar, vous comprendrez l'allusion.  

Bref, Jonathan Kellerman est comme un poisson dans l'eau dans cette histoire classique dont il maîtrise le script et l'univers à la lettre : les pépettes, les riches, les Madame Claude et pour  le psyché, un zeste de maladie... mentale ou corporelle. C'est peu inventif mais drôlement efficace, il est fort possible qu'il use là d'un stratagème déjà huilé et rôdé.  
A lire si vous manquez de lecture ou si vous êtes en panne...

Editions Points (parution en mars 2015)

Roman emprunté par mon cher et tendre à la piscine municipale (oui, oui, oui, vous avez bien lu), où les gentils organisateurs mettent à disposition du public dans les vestiaires une caisse à livres à consulter, à remplir ou à vider. Bref, dans cette piscine, on se muscle le cerveau et le corps : mens sana in corpore sano !

Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage - L.C.Tyler ***

Ethelred est un écrivain éparpillé : auteur de polars sous la plume de Peter Fielding, il devient Amanda Collins pour composer des harlequins et s'embarque dans les romans historiques du XIVème siècle anglais en tant que J.R Elliott. Si sa vie professionnelle le fait jongler perpétuellement entre ces trois domaines littéraires, son univers personnel reste bien terne. Abandonné par son amour de toujours, l'incandescente Geraldine, il est surveillé de très près par son éditrice, aussi foldingue que bienveillante, l'inénarrable Elsie. Et justement, la fameuse Geraldine fait encore parler d'elle, puisqu'elle a mystérieusement disparu, et tous les indices concordent à jeter l’opprobre sur ce pauvre Ethelred qui n'a décidément rien demandé !
Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage par L. C. Tyler, Julie Sibony
image captée sur le site Libfly.com


Avec un titre pareil, cet étrange policier avait tout pour me plaire. Et ça tombe, je l'ai bien aimé !
  
C'est une enquête menée tambour battant où tous les mots sont placés à la virgule près : je vous conseille  de ne rater aucune phrase, aucun événement, bref de ne pas zapper. Très vite, on constate que la disparue a laissé une ardoise suffisamment grosse pour s'attirer tous les ennuis/ennemis de la Terre. 

Il y a beaucoup d'intelligence dans cette conception-ci du roman policier : pas de scène gore, pas de violence gratuite, pas de violence tout court (ou du moins, très peu). Tout réside dans l'art subtil de la narration, l'analyse psychologique des personnages, l'ironie so british de L.C Tyler, les répliques qui font mouche, les réactions qui surprennent et s'oublient aussitôt. Les anecdotes qui semblent à dix mille lieues les unes des autres finissent inexorablement dans le même panier de crabes (parce qu'honnêtement, on peut deviner l'imbroglio mais le modus operandi me semble difficile à déceler).

Si Ethelred débute le roman et mène la première partie, il laisse très rapidement la place à Elsie, véritable boute-en-train, bien décidée à mener l'enquête jusqu'au bout, quitte à s'aventurer en France ! Elle possède une gouaille fabuleuse, n'est jamais vulgaire, envoie des scuds verbaux bien pesés. C'est la révélation d'Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage .

Alors pourquoi *** au lieu de **** ? En raison de deux incohérences importantes dans l'intrigue, peu  crédibles dans un roman policier :
1) l'amateurisme de la police locale (reconnaissance d'un cadavre à l'aide d'un seul témoin, l'amnésie d'une disparue malgré les vidéos de ses nombreux achats)
2) la divulgation de comptes suisses sans vérification préalable de l'identité de l'interlocuteur.

En résumé : un bon moment de lecture, sympa et intelligent.
Excellente traduction de Julie Sibony
Éditions Pocket/ Editions Sonatine

Un énorme merci à Miss Léo qui, en organisant un concours pour son bloganniv, m'a offert ce livre !

autres avis : Miss Léo, Liliba, Alex, Cathulu,

et un de plus pour les challenges de Daniel, de Philippe (contrainte mortelle), de Piplo
Premier roman 2015A vos nombres 2014challenge Lire sous la contrainte   

La vieille qui voulait tuer le bon Dieu - Nadine Monfils **

Mémé Cornemuse, sexagénaire (voire plus) délurée, fan d'Annie Cordy et de JCVD (Jean-Claude Van Damne) tente le casse du siècle en trouvant refuge dans un immeuble et assiège l'état de concierge pour couvrir ses méfaits. Ma Dalton des temps modernes et Tatie Danielle en relations humaines, elle manque de bol : les meurtres s'accumulent sur son passage (histoire d'attirer la flicaille auprès d'elle) tandis que la femme d'un pédophile s'incruste dans le couvent sis en face de sa loge et catalyse l'attention publique et médiatique, une situation idéale donc, lorsque vous recherchez l'absolue discrétion. Mais Mémé Cornemuse a de la ressource (familiale) et pour une fois, celle-ci tombe juste à point !
La vieille qui voulait tuer le bon Dieu par Nadine Monfils
image captée sur le site de Libfly.com
J'aurais pu sincèrement aimer ce roman mais tout m'a énervée (et pourtant,  je suis bon public). Je n'ai pas cru une seule seconde à l'accumulation des situations. Je n'ai pas succombé au(x) charme(s) de l'héroïne principale, qui m'a paru trop vulgaire et d'une grossièreté affligeante. Elle arrive même à m'être détestable. Or, pour entrer en phase avec une histoire, j'ai besoin qu'une connection s'établisse entre moi et les protagonistes. Là, tout m'a insupportée : les dialogues, l'exubérance de Mémé Cornemuse, le surnombre des personnages secondaires qui atterrissent le temps d'une scène puis repartent ensuite (je pense à l'ex-Prince Charmant, au peintre). Nadine Monfils a développé plusieurs idées simultanément, ne les a pas triées et du coup : le tout donne une image du trop. Parce que là, je n'ai pas été rassasiée mais complètement gavée. La gestion globale de l'intrigue est confuse, ça part dans tous les sens : j'en ai perdu mon latin le sourire.

Pourtant, il y avait de la belle matière dans cette histoire. On garde les réflexions rappelées de JCVD (parce que son mode de pensée reste, à lui tout seul, un pan philosophique important à maîtriser), le côté atypique de Mémé Cornemuse (il ne s'agit pas de la défigurer mais de l'aménager) et toute la première partie (le traitement des meurtres est réussi) ; on oublie le fils et sa tribu, le second casse (ça a eu le don de plomber le rythme de lecture).  
Nadine Monfils possède un humour naturel mais celui qu'elle développe dans La vieille qui voulait tuer le bon Dieu mérite de la légèreté : certaines blagues manquent singulièrement de finesse ! L'intelligence du cœur fait défaut : la beaufitude et les réflexions salaces prennent toute la place. Cet équilibre entre les remarques du quotidien et la sagesse sur la vie n'existe pas dans ce roman-ci. La prose développée par Nadine Monfils ne m'a pas paru transcendante non plus. J'ai eu l'impression de lire un roman de gare bas de gamme. Dommage !

Éditions Belfond 

emprunté à la biblio

avis : Indira, Argali, Alex, Ramettes, Hélène, Richard,    

et un de plus pour le challenge "mortel" de Philippe et un clin d’œil au Mois belge (une fois ! ... si, si, je me devais de vous faire cette blague, les filles) organisé par Anne et Mina  (aujourd'hui : polar ! Je suis en phase, c'est trop beau pour être vrai... Non, c'était trop beau pour être vrai : j'ai tout faux ! )
Mois belge Logo Folon sculpturechallenge Lire sous la contrainte


Le dévouement du suspect X - Keigo Higashino ****

Je dois cette lecture super sympa à Dame Shelbylee qui lors de son premier anniversaire de blog, avait proposé un concours pour gagner un exemplaire de Le dévouement du suspect X. Je suis chanceuse sur les concours de blogs (Shel, Miss Léo, Piplo, Mina, Leiloona et Clara pourront vous le confirmer : à ce propos, Dame Clara a changé d'url de blog), j'ai bien fait de participer ! C'était il y a plus d'un an et j'ai lu ce livre l'été dernier (il fait hélas partie des quinze romans qui attendent patiemment leur tour de chronique). Alors j'adresse à toi, Shel, tous mes hommages de mathématicienne (et cela tombe car un des héros est un petit génie de cette discipline) et je confirme l'adage « mieux vaut tard que jamais » !
Yasuko Hanaoka occupe avec sa fillette un petit appartement proche des quartiers d'Edogawa et de Nihonbashi, à deux encablures de son boulot d’hôtesse de caisse d'un traiteur japonais. Elle entretient des relations conflictuelles avec son ex toujours sans un sou, qui se rappelle à son bon souvenir quand son porte-monnaie s'allège dangereusement. Heureusement elle peut compter sur son voisin, Ishigami, amoureux éperdu et platonique de la donzelle, pour se débarrasser de ce malotru quand le besoin s'en fait sentir. Et justement, la nuitée qui s'annonce promet quelques menu(e)s mouvements/décisions.

Enfin, un roman policier digne de ce nom : intelligent, pas trop violent ni morbide, d'une finesse et d'une logique implacable ! Que celui ou celle qui ne s'est fait pas berner par la fin, lève le doigt pour que je loue sa sagacité. Parce qu'il faut bien le reconnaître, j'ai plongé la tête la première dans l'intrigue au point d'en oublier mon sens critique et j'ai adoré cette situation humiliante. Oui, les fameux « alibi » et « empreintes » dévoilées rapidement ont titillé mon esprit contrariant (mais néanmoins scientifique) pendant toute l'histoire car le déroulement du récit ne correspondait en aucun cas au modus operandi d'un intellect foncièrement génial. Mais c'était sans compter le bluff du sieur Higashino qui berne son lectorat comme il veut (même, mon A. n'y a vu que du feu : c'est vous dire la prouesse littéraire). 

Keigo Higashino sait placer une intrigue et une ambiance feutrée, décrire les rituels de ses contemporains. Avec délicatesse, il avance ses pions au lieu donné, avec une cadence savamment orchestrée. Développant la dualité entre ses deux héros (le physicien Yukawa et le sous-employé Ishigami), il insère l'élément féminin (Yasuko Hanaoka) comme neutron d'un trio en pleine surchauffe électronique et fusionnelle.
Le dévouement du suspect X peut se résumer alors à une partie d'échecs entre deux surdoués scientifiques toujours en rivalité, vingt ans après leurs études. Personne n'est dupe de l'autre : qui de Yukawa ou d'Ishigami l'emportera ? Seule, la lecture de Le dévouement du suspect X vous apportera la réponse !  Restent la dernière scène marquante d'un cri d'effroi et ce questionnement logique « Est-il plus difficile de chercher la solution d’un problème que de vérifier sa solution ?»  qui terminent cette excellente histoire que je vous conseille.

Traduction de Sophie Refle
Éditions Babel Noir

A vos nombres 2014avis : Shelbylee,  Heide, Miss Leo, Adalana (qui a réussi à motiver tout le monde à découvrir cet auteur), Kathel, Evalire,

A tous prixet un de plus pour le challenge d'Asphodèle (prix Naoki 2005) et de Piplo (le fameux X)

également approuvé par mon A. et mon Joli-Papa  
Mon exemplaire voyage, of course ! 

Surveille tes arrières ! - Donald Westlake ****

John Dortmunder envisage avec sa bande le casse du siècle avec à peu près l'assurance que tout se déroule sans problème : délester le richissime new-yorkais Preston Fareweather de quelques toiles de maître, pendant que la victime déguste cocktails et jolies muses dans un Club Med caribéen (exil fiscal utile pour échapper aux envies pécuniaires de ses ex-épouses rassemblées). Mais comme toujours, avec Donald Westlake, rien ne se passe comme prévu, surtout lorsque le QG habituel (antre indispensable pour préparer le coup en douce) de la bande se trouve quelque peu annexé par la pègre de New-Jersey. 
Surveille tes arrières ! est un livre rafraichissant : on sourit des facéties des cambrioleurs loosers et des mafios guère winners. Cette histoire se déguste : elle fait du bien au moral, se lit aisément, s'adresse à tout type de lecteur (les assidus et les épisodiques). Ce qui demeure la patte de Donald Westlake (auteur décédé malheureusement fin 2008) est sa profonde ingéniosité à retourner une situation : l'enchainement improbable des événements cocasses en devient naturel. Les dialogues sont savoureux, les personnages bienveillants, l'humour intelligent et fin. Ce livre évade son lectorat vers un univers de voyous apparemment hostile et au final drôlissime, offre un récit équilibré qui ne souffre pas d'un manque de logique (tous les personnages annoncés participent à l'achèvement de l'histoire). Surveille tes arrières ! de Donald Westlake reste en un très bon moment de lecture pour moi, à partager aussi en ces temps de morosité.
Si un autre Westlake vous tente, jetez-vous sur ses Mauvaises nouvelles, un petit bijou, meilleur que Surveille tes arrières !

Éditions Rivages/ Thriller 

emprunté à la bibliothèque

En dépit des étoiles - Michel Quint ****

Un livre de Michel Quint ne se refuse pas (surtout si Libfly me le propose en avant-première grâce à un partenariat avec les éditions Héloïse d'Ormesson) et ceci pour deux raisons :
1) j'aime bien sa plume même si je trouve un défaut de consistance dans les deux romans lus de lui (Effroyables jardins et Les amants de Francfort),
2) Michel et moi avons partagé un même lieu professionnel alors forcément, je m'intéresse à sa carrière littéraire.
Un nouvel opus au titre d'enfer (issu d'une citation de Robert Desnos), une couverture qui invite au voyage, une intrigue menée tambour battant : une petite croisière sur la Deûle vous dirait ?
Lisa Arnoux, éternelle étudiante, recherche son frère disparu depuis deux jours. Malgré la prévenance policière considérant qu'un sportif majeur, tout futur espoir qu'il incarne, est libre de ses mouvements, la midinette n'en mène pas large, s'entête et placarde des affichettes à l'effigie de son frangin Sébastien. Elle rencontre à l'occasion un agent immobilier, Jules Gileron, accessoirement narrateur lillois à l’œdipe passablement comprimé : Jules travaille pour l'Immobilière du Lys, entreprise détenue par un trio muy caliente, Maman Mado un chouïa castratrice, l'oncle Martial et sa femme Irène trop présents. Ce duo d'enquêteurs, soutenu par l'avocate Emma, cousine germaine de Jules,  fouille dans le passé du footballeur, s'immisce dans le monde de la nuit où l'abandon des corps suit celui des consciences, parcourt les bars et s'y attable, côtoie l'univers des prostituées et leur ange gardien miséricordieux, Monsieur Dimanche, ancien concierge loufoque de friches industrielles et quelque peu sonné. Très vite, une nouvelle tombe vogue : un individu vient d'être repêché dans la Deûle. Et ce n'est qu'un début.

Des personnages davantage fouillés et en évolution constante (Jules s'émancipe au contact de l'aimable Lisa, prend confiance et fait preuve d'initiatives ; l'hypnotique Emma bisexuelle assumée qui envoie valdinguer ce beau monde bourré de secrets non assumés ; l’hurluberlu lunaire Monsieur Dimanche aux réactions quelque peu surprenantes), une intrigue policière à la logique infaillible, une trame qui respire Lille par le phrasé écorché et aspiré propre à celui des gens du Nord, un plan magnifique de la capitale des Flandres qui mérite bien une visite (juste pour redécouvrir les lieux de Jules et Lisa), des thèmes mieux campés et instruits :  Michel Quint ne tombe jamais dans la facilité, s'est donné des objectifs qu'il atteint parfaitement. Pas d'happy end, pas de morale moralisante (je me comprends), un hommage aux familles de disparus qui vivent dans le doute sans deuil possible, l'inspiration notable de faits divers qui ont marqué l'actualité : les quatre jeunes noyés à Lille entre novembre 2010 et septembre 2011, l'affaire Dupont de Ligonnès à Nantes etc. 
L'histoire loin d'être gaie et le rythme imposé rendent la lecture happante. L'image du clown incarné par Monsieur Dimanche paraît davantage en retrait, comme si Michel Quint n'éprouvait plus ce besoin d'édulcorer son écrit avec ce risque de dispersion.
En dépit des étoiles : un très bon policier reçu avant Noël (j'ai vraiment beaucoup de chance).  

PartnersUn immense merci aux éditions Héloïse d'Ormesson et au site Libfly.com pour ce beau roman envoyé contre critique. Liliba l'a reçu également et nous avons décidé de publier nos avis en LC. Lundi 21 janvier, Lili et moi sommes conviées à une rencontre avec l'auteur. Quand je vous dit que nous sommes chouchoutées ! Voici la rencontre en photos et en vidéos

Rentrée littéraire janvier 2013

avis : Liliba

et un de plus pour les challenges de Lystig (Lille), de Sharon et de Liliba

Le secret de Noël - Anne Perry ****

Bon, c'est pas tout mais il va bien falloir le faire, ce petit article de rien du tout sur ce bouquin super sympa (presque un coup de cœur, je dis bien, presque). En ce moment, j'ai une flemme du tonnerre à pondre une chronique (et on peut dire que cela ne va guère s'arranger). Heureusement, la LC est là pour me remettre sur le droit chemin. Alors, par avance, je vous présente mes plus plates excuses pour la piètre qualité de ce qui suit et je vous conseille, comme toujours, d'aller mirer les avis des copines de la LC : Malika, Une Comète, Evalire et Touloulou (billet en attente)
Un prêtre qui se fait la malle sans prévenir le diocèse, cela ne se fait pas, surtout en Cottisham, hameau anglais pétri de traditions et de conventions en tout genre, de religion en particulier. Mais heureusement, pour pallier à cette désertion subite, les hautes instances anglicanes parachutent le couple Dominic et Clarice Corde : rassurer les ouailles égarées affolées des changements brusques, se présenter et surtout assurer le sermon de Noël !  Pendant que Dominic discourt avec la populace ou réfléchit à sa mission cléricale, Clarice range le logis de Monsieur Wynter (le prêtre en vadrouille) qu'ils occupent (le logis, pas le curé ! Il faut suivre), organise le quotidien d'une maisonnée fraîche (les faibles émoluments de son mari ne favorisent pas le gaspillage d'énergie, chaque bûche compte), fait connaissance avec les voisins plus ou moins amicaux, plus ou moins bourrus et découvre, au hasard de ses recherches, que visiblement Monsieur Wynter a plutôt improvisé ses vacances soudaines (oubliant son jeu d'échecs favori et accessoirement ses vêtements !). Une descente à la cave va éclaircir (ou obscurcir, c'est selon) le mystère.

Tout dans ce livre m'a réconciliée avec Anne Perry. Après une première expérience certes intéressante mais largement perfectible (Un Noël plein d'espoir), j'ai souhaité persévérer. L'histoire plaira au plus grand nombre : intrigue bien écrite, rondement ficelée et assez courte ; personnages étoffés et imprégnés par l'époque victorienne ; un climat des plus frisquets et des descriptions maîtrisées de la nature et des relations humaines. Au delà de l'enquête propre, chaque membre de la communauté possède ses petits secrets de famille (parfois lourds, très lourds au point d'être criminels) ; le couple Corde, loin d'être lisse, se dévoile avec ses fêlures et sa force mentale. Au centre de cette histoire, la famille (notion universelle et finalement tellement personnelle : celle qu'on subit, celle qui électrise ou celle en gestation contre vents et marées), l'amour (au sens large: ce sentiment noble qui unit deux êtres dans la confidence) et justement la confiance. Anne Perry note l'ascendant sociétal de la prêtrise à une époque révolue, son rôle dans ces petits villages reculés, où communiquer avec son prochain peut s'avérer la pire des épreuves, où rompre un sacrement bâtardise à jamais une progéniture. Une saine reconnaissance de ces hommes de paix, certes officiers de leur Dieu mais avant tout, de la quiétude humaine, un éternel combat.

et un de plus pour les challenges de Syl, d'Antoni , d'Anne, de Liliba et de Sharon


La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert - Joël Dicker ***

Page 659 : « Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé. ». Je fus ravie de quitter ce policier primé deux fois en France.
Le New-Yorkais, Marcus Goldman, vit un moment difficile. Auteur d'un premier roman remarquable et remarqué, il éprouve la panne d'écriture. S'ajoutent une vie amoureuse tristounette, une mamounette bien présente au téléphone et limite hystérique, un éditeur insistant, avide d'un nouveau jet littéraire marcusien et des royalties conséquentes. Heureusement survient le fameux coup de fil de son ancien mentor, le très beau et illustre Harry Quebert, écrivain à succès de Les Origines du mal, professeur émérite de faculté. Pas de nouvelles depuis des lustres mais une proposition de prendre un recul géographique salvateur : un séjour à Aurora, une sorte de retour aux sources universitaires et en prime, une lettre du grand amour d'Harry. Six mois plus tard, la nouvelle tombe : à l'occasion de travaux dans le jardin d'Harry, on découvre les ossements de Nola Kellergan, jeune fille de 15 ans disparue il y a trente ans dont la dernière nuit fut mouvementée et repérée. Harry se retrouve dans de sales draps et Marcus, par loyauté, va mener l'enquête.

657 pages fournies d'un policier mené à pleins tubes, surtout les cinquante dernières pages, respectant à la lettre l'adage quebertien cité en  page 571 « Lorsque vous arrivez en fin de livre, Marcus, offrez à votre lecteur un rebondissement de dernière minute.». Comme Joël Dicker aime la surenchère, nous dégustons non pas une seule mais au moins trois découvertes majeures en un temps record.  

La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert se lit bien, trouvera son public français (large à mon avis, notamment grâce à deux prix littéraires majeurs), courtise la clientèle de Marc Levy, Katherine Pancol (Les yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues) et Guillaume Musso, en proposant une enquête rondement gérée et sans défaut de logique, une ambiance américaine bien décrite, un scénario de film parfaitement adaptable à l'écran tel quel. 
Il n'empêche qu'à trop vouloir en faire, Joël Dicker a quelque peu gâché ce si bel ensemble : caricature des individualités et des relations (un monde sentimental de bisounours où tous rêvent du grand amour, les chéri-chérie  à n'en plus finir et les dialogues cucul la praline, un romantisme niais tournant à la mièvrerie, une relation de Lolita avec son bellâtre peu crédible et totalement ratée), une répétition de scènes inutiles alourdissant le récit (multiples appels maternels, éditoriaux, les états d'âme de l'écrivain mal nuancés car trop forcés, les rebondissements noyés par des détails sans faim fin). 
Et pourtant, la démarche analytique de Joël Dicker interpelle : les sept dernières lignes de la page 642 la résument parfaitement et méritaient une autre recette : autant d'emberlificotage, moins de saupoudrage, plus de concision. Un traitement à la David Lynch aurait marqué davantage sa profonde ingéniosité. Le séquençage intelligent (multiples aller-retour entre le passé, les conseils littéraires et le présent) et les registres comme la corruption, la dissimulation de crime(s), la charge contre le monde médiatique, l'état d'une ville américaine moyenne et la schizophrénie portent cette œuvre certes perfectible mais intéressante. 

page  502 : « Des gens croient qu'ils s'aiment alors ils se marient. Et puis, un jour, ils découvrent l'amour, sans même le vouloir, sans s'en rendre compte. Et ils se le prennent en pleine gueule. À ce moment-là, c'est comme de l'hydrogène qui entrerait au contact de l'air : ça fait une explosion phénoménale, ça ravage tout. Trente années de mariage frustré qui pètent d'un seul coup, comme si une gigantesque fosse sceptique portée à ébullition explosait, éclaboussant tout le monde aux alentours. La crise de la quarantaine, le démon de midi, ce sont juste des types qui comprennent la portée de l'amour trop tard, et qui en voient leur vie bouleversée.»

Coédition de L’Âge d'Homme et les éditions de Fallois (le titre du livre aux nombreuses majuscules surprend)

Grand Prix du roman de l'académie française 2012
Prix Goncourt des lycéens 2012

Rentrée littéraire 2012

emprunté à la bibliothèque

avis : Sophie, Aifelle ,Théoma, Malika, Cachou , Athalie , Malorie , Evalire, Une Comète
, Bernhard Lorenz, Lecture et cie


 et un de plus pour les challenges d'Anne, de Liliba et de Denis et Fabienne



Le crime de l'Orient-Express / Agatha Christie ****

Après avoir résolu une affaire hautement toxique pour l'armée française en Syrie, notre sémillant enquêteur belge, Hercule Poirot, souhaite rentrer au bercail via le Taurus-Express et débarque à Istamboul. Il y croise Mary Debenhaum, une femme séduisante quoique distante et un militaire revenu des Indes, le colonel Arbuthnot. Il fait froid, la neige menace le bon déroulement du transport ferroviaire. Encouragé à presser son retour sur Londres, Poirot ne doute pas de trouver facilement une place sur l'Orient-Express : la période n'est pas propice aux déplacements et au tourisme. Manque de bol, le train (ou l'horaire) qu'il choisit fait le plein. Grâce à ses relations, il arrive quand même à cohabiter avec un agent dans une cabine en première classe et se retrouve avec un cadavre sur les bras. À croire qu'il attire les morts...
Un petit policier bien sympa qui dégonfle les neurones après un roman neurasthénique ou lourd, une intrigue menée tambour battant (plus on a des détails, moins ça va ; plus on s'enfonce dans l'histoire, plus les coïncidences apparaissent et moins on comprend). Et pourtant, Agatha Christie, reine des policiers et des clins d’œil, nous tend des perches, histoire qu'on découvre tout seul(e) : ici une conversation volée, là un mot de trop sur une lettre brûlée, puis une victime loin d'être angélique, enfin la variété sociologique des voyageurs. Agatha Christie via Hercule Poirot joue avec nos nerfs et notre logique, mise à mal par certaines impossibilités et des témoins, munis d'alibis en béton. Et oui, en raison des conditions météorologiques désastreuses, la crapule victime fut tuée par un protagoniste :  mais lequel ? That is the question. Une chance pour moi, cette relecture, qui m'a permis d'apprécier la prose de Madame Christie, sa facétie et sa modernité aussi. Dame du crime elle fut, dame du crime elle restera. Et la morale dans tout cela ? Aucune, je vous rassure, car il importe plus à Hercule Poirot d'élucider une énigme que de coffrer un coupable.

Traduction de Jean-Marc Mendel
Éditions Le Masque 

Ce livre fut le cadre d'une lecture commune avec Une Comète et Lecture et cie  : je vous remercie infiniment, Mesdames, de m'avoir suivie dans cette aventure.

avis : Une Comète, Lecture et cie, Evalire 

et un de plus pour les challenges de Liliba, d'Antoni, d'Une Comète, de Sharon et de Cess
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