BD : La série L'immeuble d'en face - Vanyda (entre *** et ****)

En ce moment, je suis très BD. Après avoir plus qu'entamé une autre série de Vanyda - Un petit goût de noisettes (#1 et #2) - j'ai embrayé sur L'immeuble d'en face suite au commentaire de a girl from earth sur mon avis du #2.

Habituellement je fais un éclairage tome après tome. Là, j'ai décidé d'un tir groupé pour deux raisons 

 1) ne pas trop dévoiler et ne pas risquer de divulgâcher (j'adore ce néologisme)

2) parce que j'ai lu les tomes en enfilade et que j'y ai vu davantage des itinéraires de vie plutôt que de temps très marqués.


 Chaque tome représente la vie d'habitants d'un immeuble du Nord de la France (disons que ce n'est pas explicitement dit dans le texte, mais j'ai situé cette histoire plutôt dans la grande métropole lilloise parce que j'y ai reconnu le type d'immeubles privés : une grande maison dont chaque étage est occupé par un foyer... J'ai vécu un an et demi dans ce genre d'endroit, d'où ma projection, peut-être erronée !).

Au premier étage, Béatrice mère célibataire d'un garçonnet Rémi ; au second un couple installé Fabienne et Jacky sans enfant mais toujours avec un dogue ; au troisième et dernier étage un couple fusionnel d'étudiants Claire (en deug B Sciences et vie de la terre... l'appellation universitaire date l'histoire ... autour des années 1990-2000 et avant 2006) et Louis (en informatique). 


Tout ce monde cohabite en harmonie, se découvre et s'entraide occasionnellement (ou lors de grandes occasions !). Il se dégage de ces chroniques un côté paisible où chacun est à sa place, ne cherche pas à importuner mais où tous ont besoin  à un moment donné des uns et des autres. Et l'entraide dans ces situations-là est naturelle, pas forcée (ou du moins gentillement forcée sans être imposante ni imposée). 

Les héros sont bien marqués et se distinguent par les rides, l'attitude un peu plus avachie, les comportements plus sur la défensive du couple à la quarantaine bien tassée formé par Fabienne et Jacky ; par le bazar, les travaux, les joyeux bruits enfantins du binôme Béatrice et Rémy en recherche de figure paternelle ; par les fêtes nocturnes, les jeux vidéo, les oublis de clés, les premiers doutes de nos jeunots de service Claire et Louis. Chaque personne insuffle soit de l'aérien (Claire, Rémy), soit une forme de sagesse (Fabienne, Louis), soit un côté énigmatique (Béatrice, Jacky). Tous se cherchent et se trouvent. À travers eux, Vanyda aborde les habitudes de couple, la vie étudiante, les parties de jambes en l'air et les soirées branchées, la reconstruction d'une femme et l'évolution d'un petit bonhomme vecteur social à lui tout seul. Tous les personnages sont attachants, même Jacky sous son côté obscur.

En lisant cette série, j'ai fait le constat que ces liens parfois distants parfois limités au juste "bonjour, bonsoir" qu'on peut avoir avec nos voisins sont là pour nous rappeler notre besoin primaire d'être entourés (même de loin), parce qu'à travers les regards, les échanges anodins, ces chers voisins font partie de notre vie. Vanyda dit tout de nos liens sociaux dans cette BD et c'est assez réjouissant.

L'immeuble d'en face est une jolie série en noir et blanc (sans couleurs donc cette fois), au graphisme suffisamment explicite pour visualiser les scènes, aux dialogues savoureux sans être non plus percutants, à l'image de ce qu'ils représentent : le quotidien dans toute sa splendeur.

Éditions La boîte à bulles

 

6 commentaires:

  1. J'aime assez le travail de Vanyda alors je pense que j'y viendrai. J'aime l'idée de découvrir ces scènes et tranches de vie.

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    1. Oui et l'ensemble est cohérent. Finalement le quotidien de Béatrice va être chamboulé au cours des trois tomes, perturber celui de ses voisins et accélérer les rapprochements. Je n'en ai pas parlé mais j'ai beaucoup aimé la relation entre Béatrice et sa mère. C'est vraiment une magnifique relation et une très belle représentation du rôle des grands-parents. Ces trois tomes valent vraiment le coup d'œil.

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  2. J'aime de plus en plus les BD "tranches de vie" où le charme réside dans le fait qu'il ne se passe pas grand chose finalement.

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  3. ta d loi du cine13 mai 2021 à 11:43

    En général, j'aime bien ce que dessine Vanyda, qui possède un style un peu à la croisée de la BD franco-belge et du manga.
    Ma série préférée reste "L'année du dragon" (scénarisée par Duprat).
    (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

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  4. J'avais beaucoup aimé cette série. Tu as raison de situer cette histoire dans le Nord, j'avais lu la série de Valentine qui montrait clairement Lille. D'ailleurs, je te la conseille aussi, le personnage est plus jeune au début de l'histoire mais j'avais adoré la suivre et la voir grandir.

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