L'heure zéro - Agatha Christie *****

L'heure zéro est un excellent Agatha Christie, j'entends par là que je n'ai pas grand chose à lui reprocher, j'ai pris un réel plaisir à lire cette histoire, à faire des pronostics et à me planter (comme toujours... Je ne serai jamais une Miss Marple ou une Herculine Poirot : les héros récurrents d'Agatha Christie ont un sens de l'observation et une mémoire que je n'ai pas.). Un conseil : lisez attentivement L'heure zéro pour trouver avant la fin. C'est le genre d'histoire qui mérite d'être lue deux fois (une première fois pour le plaisir, une seconde fois pour repérer tous les indices qu'a gentillement disséminés Agatha pour aider son lectorat et je peux vous dire qu'elle en a écrits). Telle une lapalissade, l'histoire commence de la première page à la dernière page, comme le discours de l'écrivaine le prétend (un meurtre prémédité prend parfois racine dans un passé lointain et tous les éléments convergent vers une vérité - et pas forcément la vérité-).


J'ai trouvé le scénario béton avec une construction d'une grande intelligence, et j'ai apprécié le renouvellement de cette immense écrivaine : Agatha Christie débute L'heure zéro par des tranches de vie qui apparemment ne se correspondent pas mais qui vont servir tôt ou tard à l'intrigue et seront rappelées à bon escient. Toute réflexion, toute attitude de personnage n'est jamais inutile : d'ailleurs dans L'heure zéro, rien n'est superflu, rien n'est à jeter. Tous les détails servent (un ascenseur en panne, un club de golf, une odeur de poisson mort, etc.). Les personnages sont bien cernés et démarqués, certains avec un passé trouble ou des fragilités tantôt apparentes, tantôt anciennes, tantôt les deux !

La psychologie des personnages est bien mené, les secrets sont partiellement divulgués voire reformulés, ce qui renforce l'intérêt de dépatouiller le vrai du faux. On sent bien que

  • l'atmosphère générale est pesante (et pourtant, longtemps, il n'y a pas de décès à constater),
  • tout ce petit monde qui se retrouve en vacances en septembre dans la belle demeure de Lady Tressilian n'est pas totalement jouasse de cohabiter mais le fait bon gré mal gré,
  • l'idée de son neveu (Neville Strange) de réunir sa première épouse (Audrey) dont il est divorcé et sa seconde épouse (Kay) pour qu'elles deviennent de grandes copines le temps d'un séjour de quinze jours n'est pas l'idée du siècle, tout le monde en convient.

Bref, lisez ce roman, il est top !

Éditions du Masque 
Traduction et adaptation de Michel Le Houbie 

Exemplaire issu d'une boîte à livres

Et un de plus pour les challenges Un hiver polar d'Alexandra et Petit Bac 2026 d'Enna.

Catégorie Passage du temps (L'HEURE zéro) 


 

 

[Nouvelles] Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda (entre **** et *****)

Chiennes de garde est un recueil de portraits-nouvelles de combattantes, un recueil incisif, corrosif, percutant et violent. Oui, cet écrit est à la mesure de l'univers mexicain dans lequel vivent certaines femmes, très loin de l'image des plages, temples et paysages de ce pays, plus près du narcotraffic et du hors-zone. D'ailleurs ces femmes répondent à hauteur de leur agression ou de leur perte, souvent en raison de l'absence de défense judiciaire suffisante et préalable. 

Dahlia de la Cerda nous présente des femmes qui en ont marre de subir et qui choisissent de prendre leur destin en main dans notre monde ou celui des ombres. C'est d'ailleurs une vraie réussite dans ce recueil de portraits de savoir les faire se correspondre et de les fondre dans les mythes du pays (les morts et revenants ont une place particulière dans ce livre). C'est fait avec maestria et une bonne dose d'intelligence et de culture. L'entrée dans Chiennes de garde démarre dans un cabinet libérateur, puis on croise une héritière qui souhaite venger la mort de sa plus proche amie, victime d'un féminicide, une tueuse (voire plusieurs tueuses). Les histoires se croisent, chacune relatant un parcours et beaucoup de luttes pour (sur)vivre ou sur-vivre. 

L'écriture de Dahlia de la Cerda est vive, crue, directe. Elle ne lésine pas et ne ménage pas son lectorat. La violence s'exprime dans les faits, dans les actes, dans les mots. Le tout formé par Chiennes de garde est cohérent, il n'y a pas de répétition, chaque histoire est unique et complète la précédente (s'il le faut). 

Cette édition Points présente en fin d'ouvrage un glossaire de mots mexicains qui n'ont pas été traduits (ils apparaissent en italique dans le texte) : c'est utile. 

Un livre uppercut, intéressant et sombre. 

Éditions Points 

Traduction de Lise Belperron 

Et un de plus pour les challenges Petit Bac 2026 d'Enna et Les gravillons de l'hiver de Sibylline 

et pour le défi En sortir 26 en 2026, défi lancé par Maghily (et logo repris chez Mokamilla) : vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce aux deux liens.

 
Catégorie Animal (CHIENNES de garde)

Et un de plus pour le challenge Les gravillons de l'hiver de Sibylline. 


189 pages + 3 pages de glossaire




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Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]
2. Chiennes de garde - Dahlia de la Cerda  [PAL 2025]

[RDV en chanson] Tes états d'âme, Éric - Luna Parker

Pour ce rendez-vous mensuel avec Anne, je vous propose une chanson de l'année 1987 : Tes états d'âme Éric. J'ai toujours aimé Tes états d'âme, Éric, chanson de Luna Parker (alias Rachel Ortas et Eric Tabuchi).Pour plusieurs raisons : elle a un rythme entraînant tout en parlant de maladie mentale et de son impact individuel et sur l'entourage (sidération, résilience), avec des paroles aux nombreux jeux de mots (l'homophonie avec les États d'Amérique, avec l'âme et lame etc ; registres de l'eau et de la terre etc., polysémie du mot vague etc., anadiplose,... ) passant de la sphère de l'intime au discours universel. Une chanson de 1987 qui n'a rien perdu de sa superbe et qui reste bien d'actualité.


Le Pacifique est pour moi
c
omme tes états d'âme, Éric.
De vague à l'âme
en lame de fond,
tu surfes entre ces récifs.
Mais le courant
te ramène
v
ers le macadam, Éric.
De vague à l'âme
en terrain vague, tu divagues.

Tes états d'âme sont des lassos
q
ui tournoient et s'entrelacent
a
utour de moi qui suis lasse
d
es rodéos du Texas 
OK Corral.
C'est le KO, 
KO au moral.

Vague à l'âme ou bien lame de fond,
c
haque fois je fonds quand tout s'enflamme.

(Refrain)
Tes états d'âme sont pour moi, Éric,
c
omme les états d'Amérique.
Je les visite un par un, Éric,
d
ans leur ordre alphabétique.

Tes états d'âme sont pour moi, Éric,
c
omme les états d'Amérique.
Je les visite un par un, Éric,
d
ans un état d'amnésie.

Le dictionnaire de mes souvenirs
n
'a qu'une page, une seule rubrique.
Il commence par ton absence,
et
dans l'ordre alphabétique, se termine par l'état d'amnésie.

Tes états d'âme sont un leurre
e
t tes larmes sont les armes dont tu te sers.
Mais ce piège
ne tromperait qu'un amateur.
Ton âme sœur
est une meilleure adversaire.

Tes états d'âme sont pour moi, Éric,
c
omme les états d'Amérique.
Je les visite un par un, Éric,
d
ans leur ordre alphabétique.

Tes états d'âme sont pour moi, Éric,
c
omme les états d'Amérique.
Je les visite un par un, Éric,
dans un état d'amnésie.

Tes états d'âme sont pour moi, Éric,
c
omme les états d'Amérique. 
Je les visite un par un, Éric, 

d
ans leur ordre alphabétique.

Tes états d'âme sont pour moi, Éric, 
c
omme les états d'Amérique.
Je les visite un par un, Éric, 
dans un état d'amnésie.

Auteur de la chanson :  Éric Tabuchi

[BD] La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu ****

La nuit retrouvée est un joli roman graphique avec des couleurs fantastiques, construit à quatre mains : celles de l'écrivaine Lola Lafon et celles de la dessinatrice Pénélope Bagieu. Avec délicatesse et intelligence, il nous permet de nous immerger dans une famille monoparentale : une femme divorcée et ses trois enfants adultes, réunis le soir de l'anniversaire maternel. Le décor est posé : il y a beaucoup d'amour et de gentilles chamailleries dans ce clan soudé. Cela débute dans la cuisine et cela s'achève au salon entre filles pour de secrètes confessions.

J'ai aimé l'humanité sincère des personnages, ces petites contre-vérités que nous opérons sur nos souvenirs et qui préservent l'image qu'on renvoie aux autres. J'ai aimé la dernière scène qui montre que la transmission a bien eu lieu et qu'une attitude et un enthousiasme non exprimés forcément par des mots la servent aussi. J'ai vraiment apprécié de lire cette histoire qui servira peut-être à des familles de dire, de se connecter. 

 

Si je ne suis pas tant accrochée au trait de crayon de Pénélope Bagieu (surtout concernant le graphisme de ses personnages), je lui reconnais un talent certain de rendre bien vivants ses personnages, de ne pas les falsifier. J'aime aussi sa façon de les colorer : c'est gai, vivant, tonique et joyeux. J'ai apprécié les cadres et les atmosphères (celle du passé, celle du présent), j'ai trouvé des images et des ambiances chaleureuses et réussies.

Le scénario de La nuit retrouvée est commun et donc universel : je pense qu'on peut tous se retrouver dans une situation comparable, où une confidence maternelle permet aussi de comprendre un moment de l'enfance et envisager un autre avenir, de comprendre la complicité mesurée entre une mère et sa fille, une forme de retenue et de pudeur. Une vraie réussite très agréable à lire.

Éditions Gallimard BD 

Autres avis : Gambadou,  

Ma première participation au défi En sortir 26 en 2026 du défi lancé par Maghily. Logo repris chez Mokamilla [Vous retrouverez les participantes et participants de ce défi grâce à ces deux liens.]

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 Ma liste En sortir 26 en 2026 (en construction et au gré de mes publications)
 1. La nuit retrouvée - Lola Lafon et Pénélope Bagieu [PAL 2025]