La Photo du mois # 34 : Festivités

Sous mon arbre a choisi le thème de ce mois-ci en arguant  ainsi : "Dans la joie et l'allégresse , événements publics  ou familiales, les réjouissances en tous genres ne manquent pas dans une année. Allez, hop : soyons fous !"

La photo choisie est floue et brumeuse (la faute à un zoom inexistant !) mais je l'aime bien quand même car elle représente un moment vécu en famille (avec ma cadette) et collectif : un concert de Julien Doré est un événement public. Le côté folie est symbolisé par le chanteur qui assure (et part souvent) en live. Bref, le tout est en total raccord avec l'argumentaire de Sous mon arbre.
Cette image me plaît pour une autre raison : les multiples smartphones, marqueurs de l'époque, remplacent maintenant les briquets lors des séquences émotion et deviendront à leur tour vestiges du passé !

Festoyons avec les photocopains et photocopines : 

Nos richesses - Kaouther Adimi **** [RL 2017 #10]

Après le très réussi L'envers des autres, Kaouther Adimi récidive. L'émouvant Nos richesses (titre splendide récupéré d'après l’œuvre Les vraies richesses de Jean Giono) oscille entre
  •  narration contemporaine (celle de Ryad, ingénieur, stagiaire le temps d'un été, présent pour faire le sale boulot : celui de vider une libraire de quartier qui recèle de trésors inestimables)
    et 
  • carnet de bord (celui du fondateur de ladite librairie : Monsieur Edmond Charlot, tour à tour ingénieur, éditeur, détecteur de talents littéraires, un génie surtout, honnête et droit, dont la posture ne se prête guère à l'époque dans laquelle il va évoluer - seconde guerre mondiale, guerre d'Algérie).
Nos Richesses par Adimi
image captée du site Babélio
Alternant les deux phases, Kaouther Adimi fait monter la pression en même temps que se vide le lieu magique et que l'épopée de son propriétaire rencontre des murs après avoir connu la félicité (Gide, Roblès etc). 
L'émotion étreint, l'auteure a le tact de rester dans le factuel, de dénoncer à l'aide d'un style haché et rude, le massacre du 17 octobre 1961 à Paris - 200 manifestants algériens venus manifester pacifiquement poussés à la noyade par les policiers français sur ordre de Maurice Papon -, un crime collectif que mon pays n'a toujours pas reconnu pour notre plus grand malheur. On ne peut plus s'épargner de cet inventaire.
La métaphore des flaques d'eau redoutables pour le papier précieux renforce le souvenir de celui d'êtres qui cherchaient avant tout la réconciliation et la reconnaissance.

Kaouther Adimi arrive à imprimer la haine et la violence de l'époque, les petites mesquineries éditoriales qui rendront les mastodontes encore plus forts face à des maisons talentueuses mais moins fortunées. 
Nos richesses résume tout ce que nous portons de plus précieux : les œuvres (témoins de notre époque, notre héritage) et notre humanité : à nous de la préserver, à nous d'empêcher son asphyxie. Un livre important, qui mérite son Prix du style 2017 et son Prix Renaudot 2017 des lycéens.

Éditions du Seuil 

de la même auteure : L'envers des autres

Evasion musicale : Million Reasons - Lady Gaga (mille mercis d'avoir créé ce bijou sonore qui me permet de "pythonner*" tranquille !)
  

Je lis donc je suis (en 2017)

Ma blogocop' Moka  dont j'admire l'univers et la plume a lancé les hostilités. Donc je me lance dans l'aventure avec plaisir et je l'embrasse de l'avoir fait !

Décris-toi : J'aime le sexe mais je préfère la pizza (qui aurait-cru que ce titre si honni  -Merci, qui ? Merci, Thomas !!!!- ait pu trouver une place dans ma description ? Mais j'assume, quoique sans entrer dans les détails scabreux, j'aime autant les deux...)

Comment te sens-tu ?  En  (Un) vertige
Décris où tu vis actuellement : dans les vestiges du jour
Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Dans la forêt (et maintenant j'y habite tout près et c'est un vrai bonheur !)
Ton moyen de transport préféré : (femme à la) mobylette

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : la part des anges

Toi et tes amis vous êtes : aussi libres qu'un rêve

Comment est le temps ? Nocturne(s)  lié à une tempête assombrissante

Quel est ton moment préféré de la journée ? le déjeuner des barricades (tout me plaît dans ce titre : le moment, les conditions)

Qu’est la vie pour toi ? en Or (un titre splendide d'Audur Ava Olafsdottri que je vous surconseille)

Quel est le conseil que tu as à donner ? Frappe-toi le coeur

La pensée du jour Nul n'est à l'abri du succès

Comment aimerais-tu mourir ? Parmi les miens
 
Les conditions actuelles de ton âme ? en Souvenirs dormants (surtout où en hiver, j'hiberne particulièrement)

Éditions précédentes :

A vous de reprendre le tag si cela vous dit. C'est un exercice que j'aime particulièrement et que j'investis volontiers.

Frappe-toi le coeur - Amélie Nothomb *** [RL 2017 #9]

Quoi de mieux que le nouvel AN pour célébrer la nouvelle année ? A ce propos, je vous souhaite une superbe année 2018 douce pour vous et vos proches, qu'elle vous apporte satisfaction et joie !
Frappe-toi le coeur par Nothomb
Image captée sur le site de Babélio

Je commence à comprendre le succès de Madame Nothomb qui tous les ans publie un roman assez vite lu et connaît un lectorat fidèle et patient. Frappe-toi le cœur ne déroge pas à la règle : l'analyse et la profondeur des personnages sont assez vite expédiées, exceptée la thématique de la maternité. Une période de sept années se déroule en deux pages : chez Amélie, pas de superflu ! Alors oui, ce nouvel opus est sympa à lire, idéal pour les transits liés aux transports en commun : un rien peut faire varier l'attention, ici pas de crainte de se perdre, il faut vraiment y mettre de la mauvaise volonté. 

Donc rien de lourd, rien d'assommant  et pour ainsi dire, pas de sentiment ou d'empathie dégagée à l'égard de l'héroïne, la noble Diane, déjà mature et sage à l'âge de deux ans (la récurrence d'être né(e) vieux/vieille est relativement fréquente chez l'auteure). On vit son brillant parcours malgré les embûches, malgré le manque originel, malgré des rencontres toxiques, sans une seule crainte. Cette foi en l'héroïne est développée par le zap' permanent de l'auteure :  les scènes qui se prolongent ne sont là que pour corréler une assertion intéressante et tout à fait discutable dans ce roman : pour être une mère aimante et équilibrée dans Frappe-toi le cœur, il faut soit refuser de mettre au monde un enfant, soit être grand-mère. Si Freud était là, il se questionnerait : Amélie a peut-être un message subliminal à transmettre à son lectorat féminin ou une cicatrice interne à refermer ? 

Car, oui, Frappe-toi le cœur parle avant de tout de mère(s) et pas qu'en bien, mais aussi d'émancipation féminine, avec une fin complètement affligeante dont je vous laisse la surprise. Dire que cette histoire n'apporte pas grand chose est faux : je le redis, la lire ne vous fera aucun mal, c'est même un redoutable page-turner dont on vient à bout après deux heures. Le texte est aéré et la police d'écriture suffisamment large : une réduction de pages aurait pu être envisagée sans casser l'écrit originel mais aurait réduit sérieusement le coût de ce roman (autour de 17 euros pour le broché neuf) pour un public qui l'aurait bien mérité. 

J'en viens à cette réflexion : qu'est-ce qui maintenant différencie la littérature d'Amélie Nothomb de celle de Marc Lévy ? Juste un prix : celui du grand prix de l'Académie française en 1999 pour Stupeur et Tremblements et ses premiers ouvrages d'une autre teneur/saveur. Et c'est tout. 

Éditions Albin Michel

Souvenirs dormants - Patrick Modiano *** [RL 2017 #8]



Bon, il faut bien le reconnaître, j'ai complètement raté ma seconde rencontre avec Patriiiiiiiick ! 

Et si vous cherchez un livre qui clive vraiment entre le fond et la forme, je dirais que Souvenirs dormants est exemplaire : l'écriture de Monsieur Modiano est toujours sublime ; ses phrases sont précises, rythmées et c'est un régal de les dévorer. Mais le contenu est juste plat, plat de chez plat de chez plat ! Je m'explique sur ce sentiment (qui m'est propre) de m'être faite avoir sur toute la ligne. Mon cher et tendre - très narquois- a tendance à dire de l'auteur qu'il passe son temps à écrire le même livre. Je n'irais pas jusque là. Néanmoins, Souvenirs dormants ne m'a pas embarquée du tout. 
Souvenirs Dormants par Modiano
Image captée sur le site Babélio
Le héros - Jean D.- se souvient de rencontres éparses, souvent féminines (les rares masculines restent des moments de danger). Au gré de pérégrinations, on déroule ses instantanés de vie sur une ambiance de polar où toute ombre est synonyme de mystère et d'imprévu. 

Les transitions sont parfaites (je le reprécise, il n'y a rien à redire sur la forme : Patrick Modiano est un expert). On passe d'une chronique à une intrigue sans l'ombre d'une rupture. Mais que me restera-t-il de ce roman ? Ou peut-être était-ce le but : rendre le lecteur lui-même ou la lectrice elle-même amnésique de cette histoire ? En fin d'ouvrage, j'ai pensé au génie et au fameux nouveau roman français (incarné en particulier par Nathalie Sarraute dans Les fruits d'or et cette idée "du livre dans le livre")  lorsque Jean D. compulse quelques artifices policiers. Les répétitions finales ont achevé mon enthousiasme déjà éreinté.

Dire que Monsieur Modiano m'a perdue en route est peut-être un peu dur et malhonnête : j'ai tenu bon parce que lorsqu'on ouvre un roman de cet auteur, même si le récit n'apporte pas pleine satisfaction, on respire de jolis mots et l'auteur réussit la symbiose entre son héros (exprimé par un Je redoutable) et lui-même.  C'est fou d'arriver à ce point à une telle proximité qu'on en arrive presque à suggérer que ces Souvenirs dormants imaginés aient pu réellement exister. Il y a aussi une réussite - j'en ai déjà parlé - : cette ambiance cotonneuse, brumeuse et tendue où chaque sublime intrigante partage l'aura de Jean D. Finalement, Souvenirs dormants est un roman neuf très paritaire !   A lire, si vous en avez envie.

Editions Gallimard

du même auteur : Rue des boutiques obscures (exceptionnel)

Si 2017 a été une année de loose mondiale *

j'espère très fort que 2018 soit celle de la réaction ! Oui, je suis d'un naturel optimiste, j'ose croire en notre jeunesse vaillante et lumineuse pour qu'elle réagisse, comme il se doit, à l'avenir qu'on lui prépare !!!! C'est maintenant qu'il faut bouger et pas après...

Donc, après une année 2017 tournée vers le repli sur soi (Trump) ou entre soi (Macron) pendant laquelle toutes les Issues de Julia Michaels ont accompagné mes relaxations ... sportives, je précise (dans une salle de sports, j'ajoute, bande de petit(e)s coquin(e)s !),
j'ai décidé que 2018 serait une année dynamique et remuante (et de préférence, dans la rue) !

Cela commence par une Pizza  offerte par Martin Garrix
 et cela finit en Pour toujours (Forever pour les branché(e)s du même DJ) !

Vaste programme (non électoral ou presque) !


* J'ai quand même zappé la date d'anniversaire de mon blogounet (le 25 septembre il a fêté ses six ans !) et Jemelivre ne s'en remet toujours pas !

Le déjeuner des barricades - Pauline Dreyfus **** [RL 2017 #7]

Le déjeuner des barricades est une réal-fiction de la situation parisienne lors du mouvement étudiant de mai 1968, versus les salons prestigieux des hôtels haut de gamme. Sous les pavés, l'inquiétude grandit chez les bourgeois : tout fout le camp ! Le personnel du palace Meurice a décidé l'autogestion : plus besoin de directeur donc plus de directeur ! Tout se décide collégialement. On fait le ménage devant les clients et clientes s'il le faut. Bref, à bas les habitudes bourgeoises et vive la vraie vie ! Sauf que les étrangers fortunés commencent à déserter tout Paris et qu'il serait bon de faire face, de faire comme si le vide ne s'était pas installé. Alors s'il faut maintenir un déjeuner, ce sera celui-là : le repas offert par Florence Goult, regroupant toutes les huiles littéraires et courtisans conservateurs, à l'honneur du lauréat de Prix Nimier. Et justement, ce lauréat encore jeunot, dont l'acte de naissance diffère de celui de son époque d'écriture, déjà stigmatisé par son éloquence peu assurée mais remarqué par son style sublime, se fait attendre tout comme les rares invités. La rébellion, s'il y a, saura gagner en sagesse et en diplomatie...

Le déjeuner des barricades par Dreyfus
Image captée sur le site Babélio
Le déjeuner des barricades est une œuvre vraiment sympa à lire et apporte le même plaisir de lecture que Le chapeau de Mitterand d'Antoine Laurain : les personnages historiques ne sont pas omis, tout comme les questions sociétales ; le style est fluide, instruit sans être pompeux ; l'humour est distillé à bon escient et par fines touches. Pauline Dreyfus dont je découvre ici l'univers a marqué un point et ma curiosité. Il n'y a pas de méchants, pas d'imbéciles mais plutôt des peureux, des subtils et une grosse dose d'empathie, ce qui n'est pas pour me déplaire. Surtout, le Déjeuner des barricades est un hommage délicat à un grand monsieur de la littérature française, primé à cette occasion puis distingué internationalement, dont je tais volontairement le nom, afin de ne rien dévoiler. Pauline Dreyfus maîtrise son intrigue ; chaque personnage est utile et relance l'histoire au bon moment ; le rythme ne s’essouffle jamais et la pirouette finale entre un grand malade et l'auteur reconnu est certes un moment un peu mâché mais juste adorable. Une lecture plus que recommandée car complète !

Éditions Grasset

emprunté à la bibliothèque de mon nouveau chez-moi