Mauvaises eaux - Inger Wolf ****

Honnêtement, Mauvaises eaux m'a tenue en haleine et je n'ai pas boudé mon plaisir à le lire. Honnêtement, j'ai bien attendu de lire la dernière page pour connaître l'épilogue (oui, j'ai résisté .... en mettant à mal ma curiosité originelle... Il faut bien le reconnaître : l'auteure Inger Wolf est drôlement douée pour scotcher l'attention de son lectorat.) Mais honnêtement, Mauvaises eaux possède quelques invraisemblances qui passent quand même, l'état des vacances n'y est pas étranger !
Deux valises sanguinolentes sont retrouvées sous un tas de caillou. Des disparitions suspectes de charmantes jeunes femmes se précisent. La police est sur les dents, sommée de résoudre toutes ces équations mortifères et de retrouver un serial killer au système bien rôdé.   

Inger Wolf nous berne jusqu'au bout : avec ingéniosité, elle réussit à nous faire vivre le noir total d'une enquête qui part dans tous les sens. Le commissaire Daniel Trokic (peu enthousiaste par son nouveau statut administratif) est à cran : entre ses amours indécises avec une charmante concubine plutôt jeunette et cette intrigue qui balade son équipe et lui-même à travers champs, mine, cultures (animalières et traditions) et pays étranger, il a de quoi devenir chèvre. Mais c'est mal connaître, la bestiole : teigneuse et motivée, qui ne lâche pas sa proie comme d'autres de ses copines, plus petites mais tout aussi efficaces.

L'écriture est stylée et soignée, il n'y a de dialogues inutiles. La danoise Inger Wolf ne tombe jamais dans le gore et nous épargne la description d'atrocités (et pourtant, certaines scènes auraient pu s'y prêter largement). Le rythme est alerte grâce à la variété des protagonistes (les flics - Daniel, Jasper, Lisa -, puis les victimes avant le trépas et enfin, une petite part au "tordu"). Mauvaises eaux est un page-turner efficace et bien documenté, alliant psychologie et zoologie, hacker et enfance torturée. Inger Wolf glisse un léger clin d’œil au Silence des agneaux lors de l'évocation du modus operandi pour approcher et berner les victimes. A apprécier malgré la noirceur... normal pour un polar !

Éditions Mirobole (broché paru en 2014 et emprunté à la biblio)
Très bonne traduction du danois par Alex Fouillet

avis de Sharon

Noces de sel - Maxence Fermine ***

J'ai beaucoup lu Maxence Fermine après son éclatant Neige (entre autres : Billard blues, Opium),  et puis je me suis ennuyée. Noces de sel est donc une reprise après tant d'années. Une jolie histoire, idéale pour l'été et la chaleur qui dominent, un auteur qui écrit toujours aussi bien, un retour sans fanfare ni trompettes mais bien reposant... ce qui n'est déjà pas si mal !

Noces de sel par Fermine
Image captée du site Babélio
Noces de sel offre l'ultime dialogue du couple Isoline - Valentin sous fond de fête camarguaise, de mariage dérangé et de génétique perturbée. L'histoire se découpe entre présent et passé plus ou moins proche, d'histoires de famille et d'aura à relever. Un hymen contrarié contraint un jeune homme à l'ultime geste.
De cette œuvre, Maxence Fermine décrit Aigues-Mortes, un village funestement nommé où tout se sait et se répand, où les rituels culturels (tauromachie, sel) rythment l'existence de chacun, qui ne supporte aucun grain de sel... Et pourtant...

La courtitude du roman participe à la fugacité de l'instant : les personnages apparaissent mais ne laissent auune trace. Peu de caractères sont marqués. Les anecdotes s'enchaînent et contribuent à une logique implacable du récit. Exceptée la raison peu crédible de l'impossibilité de l'union, Noces de sel tient la route littéraire. Maxence Fermine possède une plume légère et facile. Il ne force pas son talent qu'il a déjà acquis. Toutefois, il m'en faut désormais plus, pour que je succombe : plus de chair chez chaque personnage, de l'émotion, une fin mieux rafistolée, des détails descriptifs qui ancrent l'intrigue dans le paysage si essentiel, des phrases plus profondes. Pas sûre que je me reprenne à lire cet auteur après ses Noces de sel douces-amères. 

Éditions Albin Michel (broché publié en 2012)

La Photo du mois #39 : Presque parfait

Le thème Presque parfait fut choisi par Nanouk en justifiant : "À prendre littéralement ou avec une certaine ironie, à votre bon plaisir."

Une statue presque parfaite puisqu'il s'agit d'une belle humaine toute argentée et qui ne bouge qu'au son de piécettes déposées. Une femme qui se confond avec le décor. Du grand art de rue dans une super jolie citadelle portugaise : Obidos vaut le détour, tous les détours !
Allons découvrir les Presque parfait des autres :

Mon étincelle - Ali Zamir *****

Il y a des livres qui vous accrochent, qui font durer le plaisir. Il y a des livres qui vous attendent, même si vous avez l'esprit embrumé par un boulot dense, des contraintes toutes riquiqui et des urgences (les urgences, c'est demain, pas dans deux-trois jours) à n'en plus finir,... même si mentalement vous n'arrivez plus à lire. Oui, il y a des romans qui attendent patiemment, insidieusement, que vous soyez prêt.e.s à les découvrir. Mon étincelle en fait partie.
Mon étincelle par Zamir
Image captée sur le site Babélio
Dans Mon étincelle, il y a deux groupes chronologiques. Le premier est constitué d'Efferalgan, de Dafalgan, de Douceur et de Douleur ; le second se compose d'Etincelle, de Vitamine, de Tétanos et de Calcium. A chaque fois, trois garçons, une fille et tout plein de liens entre eux.
Mon étincelle est une superbe traversée comorienne au fil d'une prose à couper le souffle. Sous la forme de contes des mille et une nuits enlacés comme des amants, les anecdotes des uns et des autres tantôt réjouissantes tantôt menaçantes dépeignent une jeunesse pleine de vie, pleine d'envie, bloquée par la corruption et la pauvreté. Dans Mon étincelle, l'une hésite tandis que l'autre se pâme d'amour,  non sans résistance. Les amours y sont romantiques, quoique contrariées. 

Première découverte de la plume d'Ali Zamir : la mélodie des mots est douce, le phrasé chatoyant mais il faut suivre ! Chaque chapitre est une bascule dans le temps. Parfois prophète, souvent philosophe, Ali Zamir nous montre la société comorienne en poésie et avec lucidité. L'écriture y est superbe ! Je n'oublierai pas de sitôt un malade imaginaire et une adorée mutine, une escalade nocturne sanglante ou un Don Juan maltraité. Il faut de la Douceur et de la Douleur pour produire une si belle étincelle.
"L’amour est un espace inaccessible pour ceux qui ne savent pas voler plus haut par les mots" (page 147). A lire.

Éditions Le Tripode

emprunté à la biblio

et un de plus pour le challenge de Philippe avec une nouvelle contrainte 

L'Eurovision, le Portugal et... l'Italie

Voilà, depuis deux ans, mes belettes (ado et pré-ado) et moi passons un moment familial devant le programme de l'Eurovision, en commentant les prestations, en râlant sur certaines, en s'extasiant sur d'autres. Cette année, le concours se déroulait au Portugal, pays que nous avions visité deux semaines plus tôt et c'était vraiment super de retrouver des images vues en vrai, quelques jours plus tôt. Cette année donc, les prestas ont été très correctes, trop portées sur la langue de Shakespeare (je n'ai rien contre l'anglais mais je trouve que la pluralité des langues fait notre force et notre richesse. Et que parler tous d'une même voix, c'est bien mais on en oublie notre singularité). Tout cela pour vous dire, que l'ultime chanson présentée, représentant l'Italie, m'a laissée sans voix - au point d'arrêter de bosser-. J'ai été super émue de la voir, de l'entendre, d'apprécier la force et la rage contenue et de tous ces mots qui défilent dans les différents idiomes européens avec un message fort, symbolisant notre courage et notre impuissance. Une troisième place au concours et un énorme bravo à nos voisins si proches de cœur : 
                    Non Mi Avete Fatto Niente -  Ermal Meta e Fabrizio Moro

La Photo du mois #38 : Made in Japan

Le thème du mois fut choisi par Mirovinben qui  l'illustre ainsi : "Technologie, gastronomie, art de vivre, croyances, loisirs, littérature, multimédia... Quelque chose venant du Japon." 

Je n'ai pas eu besoin de l'aide pour me pencher de façon très sérieuse sur la question. J'ai un temps pensé à la nourriture mais n'ayant pas trouvé de restaurant adéquat sur mon lieu de passage, je suis revenue à mes premières amours : la lecture. Et ma nouvelle bibliothèque s'est chargée du reste. Trop facile ! me direz-vous ? En ce moment, je fais avec les moyens du bord et je vous embrasse !
Pour celles et ceux qui ne voient pas de lien avec le thème, les mangas sont les BD japonaises qui font un tabac chez nos ados et les adultes aussi. Et je n'ai pas encore lu les photographiées.

Et chez mes japonicopains du mois :