Black Rythm

Quand le confinement appelle à la création musicale esthétique, classe, épurée et géniale. Enjoy !


Musique : Cyril Fleurant
Vidéo : Louise Legendre et Victor Fleurant

Sur Youtube :  https://m.youtube.com/watch?v=8E0qUIVI2cs&feature=youtu.be

La Photo du Mois # 60 : Monochrome ou une seule couleur

Le thème du mois fut choisi par Magda627 et m'a posé moins de difficultés que le précédent.

J'ai même trouvé assez vite une image qui me plaisait bien au détour d'une visite à Oudon (44), cité ligérienne sympathique qui propose un parcours artistique périurbain (qu'il serait bon de mieux signaler - ceci est un avis adressé à l'édile communal, mais c'est peut-être déjà en projet ?-) qui se construit au fil des sessions du Symposium international de sculpture monumentale de très bonne qualité. Le festival a lieu tous les deux ans et ensuite, les œuvres sont exposées dans la ville tout le temps, pour le plus grand bonheur des touristes et visiteurs d'un jour !

J'ai choisi les Bâtons de rythme, une œuvre du sculpteur néerlandais Roland de Jong Orlando construite en 2009, qui n'a pas pris une ride et qui brille de mille feux ! L'idée a été de respecter bien entendu le thème imposé par Magda267. Ce qui m'a plu est le côté dansant et mouvant donné par la matière (l'inox) et la lumière du soleil (qui se reflète au gré des heures et des nuages). Chaque morceau ainsi éclairé peut symboliser une touche de piano ou une note de musique (enfin, c'est là mon interprétation).
Je trouve cette sculpture très classe et libre. Je l'aime beaucoup.
Du côté des photocopains et des photocopines, c'est par ici :

Seuls - Laurent Mauvignier *****

J'ai découvert Seuls au détour d'un passage à la bibliothèque, j'ai lu la quatrième de couverture (j'évite d'habitude mais là, c'était court) et cela m'a tout de suite bien dit. Avant d'ouvrir le roman, je me délectais déjà de l'histoire que j'allais lire : je l'avais imaginé comme cela, puis comme cela (je ne vous indique pas du tout mes pensées précises pour ne pas vous dévoiler trop de choses). J'ai emprunté le bouquin, je l'ai ouvert. J'ai tout de suite été submergée par l'émotion : je me suis dit que tout allait être génial, l'écriture était sublime, l'histoire allait être géniale comme je l'imaginais, j'en avais des frissons,...

Et en fait non, enfin oui, enfin je précise :
  • non, l'histoire n'était pas comme je l'imaginais, je me suis faite avoir, Laurent Mauvignier m'a bernée 
  • et oui, ce court moment de lecture a été exceptionnel (je suis passée par plein d'émotions), j'ai adoré : définitivement !
Pauline et Tony sont des amis de longue date, ont déjà cohabité. Puis Pauline est partie faire un petit tour à l'étranger, accessoirement suivre un petit ami. Mais Pauline annonce son retour et Tony se prépare à l'accueillir et peut-être tout lui dire.

Que de frissons m'ont parcourue tout au long de la lecture de Seuls ! Comme je l'ai précisé en introduction, j'ai tout de suite adhéré à la plume sublime de Laurent Mauvignier (bon, d'un autre côté, je ne prenais pas trop de risques, tant j'apprécie chacune des œuvres que j'ai lues de lui ; cet auteur parle directement à mon petit cœur). Dans le duo Tony-Pauline, j'ai tout de suite senti les non-dits, le désir, l'attente (et j'adore l'attente amoureuse, elle me parle, elle retentit chez moi. C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai tant d'affection pour Persuasion de Jane Austen ou pour Jane Eyre de Charlotte Brontë). Donc, ce couple d'amis-colocataires avait tout pour me plaire.

Dans Seuls, il y a un troisième personnage : le père de Tony, un interlocuteur de choix, qui s'efface et apparaît aux abois (on verra pourquoi).
Dans Seuls, il y a la narration des retrouvailles, un nouvel envol, un déménagement, un glissement, une recherche et un changement de prisme (comme celui opéré dans Mulholland Drive de David Lynch). 
C'est à la fois attendu, bluffant, parfaitement construit, complètement prévisible et logique (mais je précise que je n'ai rien vu venir, tellement j'étais embarquée dans mon histoire à moi) et j'adore être menée par le bout du nez (enfin, par Laurent Mauvignier, pas par tout le monde, tout de même !). 

Résultat : après lecture, j'ai rendu le bouquin à la bibliothèque, j'en ai aussitôt commandé en librairie deux exemplaires (un pour moi telle une égoïste - on n'est jamais mieux servi par soi-même- et l'autre offert illico presto à quelqu'un en attente de bons auteurs et de beaux ouvrages... et qui a été littéralement conquis aussi !).

En résumé : Seuls, un coup de cœur pour moi, ni plus ni moins.

PS : j'ai bien conscience de ne pas vous dire grand chose de ce roman, mais je voudrais que vous ayez le même effet de surprise que celui que j'ai eu (je trouve que c'est si rare !). Bon, d'un autre côté, à force d'insister, l'effet de surprise risque de ne pas avoir lieu pour vous (au regard de ma légendaire discrétion).

Les Éditions de Minuit. 

Emprunté à la bibliothèque puis acheté !

avis : Clara 

Du même auteur :

BD : Cycle Chabouté # 3 : Pleine Lune (entre *** et ****)

Édouard collectionne toutes les qualités humaines de la haine (raciste, xénophobe, frustré, phallocrate, raccourci du cerveau,...) avec quelques compléments (grossier, vulgaire, cynique.. Faut ce qu'il faut !). Il va connaître une nuit particulièrement agitée et ce n'est pas faute d'avoir voulu rendre service : pour une fois !
Ce qui est quand même impressionnant chez Chabouté est sa capacité à se renouveler constamment. J'ai lu ces dernières semaines, quatre albums de lui et tous sont différents même s'ils ont une thématique prégnante : celle de raconter notre société, d'avoir un regard singulier sur ce qu'elle est et ce qu'elle devient, sans amertume, juste par constat.

En lisant Pleine Lune, on adhère difficilement au discours de notre héros (ou plutôt anti-héros) Édouard assez détestable et on se dit qu'on va passer un long moment avec lui. Mais là, où Chabouté est très fort, c'est qu'au fil de cette fameuse nuit qui n'en finit pas, on se prend de pitié pour notre pépère et on lui souhaite bien du repos (qui aura du mal à arriver). Il faut dire que l'auteur n'y va pas de main morte pour le charger et toutes les (més)aventures ubuesques sont cohérentes. 
Si j'avais trouvé que le scénario avait peiné dans Terre-Neuvas, il n'en est absolument rien dans Pleine Lune. Le rythme est d'enfer, notre héros casanier va bouger en une nuit tout ce qu'il n'a pas commis dans sa life et sincèrement, c'est extra même si c'est noir de chez noir (disons que je n'aimerais pas qu'il m'arrive la même chose). Ce qui impressionne aussi, c'est que cet haineux est incapable de résilience et de prendre en compte les expériences vécues pour changer de discours.

À travers ce périple haut en couleur (enfin, c'est une façon de parler car il n'y a que des images en noir et blanc), Chabouté explore différents horizons humains (une partie des laissez-pour-compte, clientèle régulière de notre Édouard à la langue très et trop fourchue, peu empathique pour les personnes qu'il sert ) et place en contradiction sa parole et son comportement.  
Dire que Pleine lune est détendant serait un mensonge : on est bien dans la BD noire (à l'instar du roman noir). Mais l'intrigue se tient (n'oubliez pas les premières images, n'oubliez rien, tout compte) et comme diraient mes filles : il a pris cher, Édouard !

C'est peut-être l'unique bémol que j'émets pour cette lecture : c'est son côté exubérant, excessif. Cet argument n'est pas tant destiné aux fameuses rencontres nocturnes d'Édouard (très fantaisistes mais qui s'expliquent) mais plutôt au milieu professionnel du héros, où peu de fonctionnaires trouvent grâce aux yeux de Chabouté. Bien sûr, connaissant l'univers de ce dessinateur, on ne peut pas décemment taxer sa vision de certains services publics de "courte vue" mais je ne suis pas certaine qu'il eût fallu autant insister et enfoncer un tel clou (au risque de passer pour un extrémiste ou un sectaire), le caractère du héros à mon avis suffisait amplement.

En résumé, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé Pleine lune et je vous conseille de découvrir cet album !

Éditions Vents d'Ouest

autres avis : Yv, À propos des livres, Mo,
Du même auteur :

BD : Cycle Chabouté # 2 : Terre-Neuvas (** pour le scénario, entre *** et **** pour le reste)

Terre-Neuvas narre un épisode de pêche au large vers le territoire de Terre Neuve en 1913 au bord du navire de la Marie-Jeanne. Le périple à l'image de la météo et de la mer (parfois calme, parfois déchaînée) ne va pas être de tout repos. Les poissons (morues) ne seront pas les seules victimes (si vous voyez ce que je veux dire avec mes gros sabots !). 
L'exercice va être difficile pour moi d'expliquer pourquoi je mets une telle appréciation sur le scénario, sans rien dévoiler (histoire de garder le suspense jusqu'au bout). J'ai eu deux difficultés  dans cette histoire :
  • la première visuelle : j'ai eu du mal à distinguer les personnages à part le capitaine et le plus âgé. Pourtant les dessins de Chabouté sont propres, dynamiques. Du coup, au milieu de l'intrigue, quand il y a la fameuse explication du pourquoi du comment et un certain retournement de situation, eh bien j'ai bien été embêtée pour repérer qui manquait et qui était qui. 
  • la seconde scénaristique : le fameux virement de situation et l'explication du pourquoi du comment tombent comme un cheveu sur la soupe. Ce n'est pas préparé, on a l'impression d'une histoire qui sort d'on ne sait où. Bref, Chabouté aurait pu inventer un autre argument que cela n'aurait rien changé (à part la dernière image). 

Exceptées mes petites remarques précédentes désobligeantes (j'en ai bien conscience), le trait de crayon est toujours là, les visages et les corps sont super expressifs. Chabouté réussit à narrer le quotidien des pêcheurs, la difficulté de leur labeur à l'époque, leurs conditions de travail innommables (avec des phases de sommeil restreintes, les mains gercées par le froid de la mer, une nourriture identique et réduite, une insalubrité constante et une violence perfide entre marins, où le bizutage des petits jeunots peut entraîner leur mort). Le cadre (bateau, mer) est mouvant et impeccablement retransmis.
Vous l'avez compris, Terre-Neuvas n'est pas mon Chabouté préféré. À vous de voir si cela vous dit !

Éditions Vents d'Ouest 

Emprunté à la bibliothèque

autres avis : DominiqueÀ propos des livres, Mango, Yv,

Du même auteur :
Construire un feu (non chroniqué)    
Un peu de bois et d'acier

Le prochain post clôturera le (tri)cycle et concernera une Pleine Lune 

BD : Cycle Chabouté #1 : Quelques jours d'été ****

Bon, si vous suivez assidûment ce blog (ce dont je ne doute aucunement), vous connaissez déjà mon admiration tenace pour le dessinateur-auteur-narrateur Chabouté. 
Je vous propose un cycle de trois albums soit un (tri)cycle (oui, je sais, blague très douteuse) avec pour commencer Quelques jours d'été.
Quelques jours d'été est un album délicat, doux, qui raconte un instantané de vie d'un enfant chez un couple de personnes âgées qui l'hébergent un temps, un temps pour apprendre un peu de la vie à la campagne (pêche à la mouche, dépeçage d'un lapin), un temps pour entendre et retenir le chuchotement des rivières, un temps pour grandir pas trop vite, avant la chute brutale.

La première de couverture montre un garçonnet un peu timide, qui n'ose pas, effacé, en attente. Elle m'émeut. Parce que l'album va nous dévoiler les fameux jours du petit gars et l'attachement qui s'opère instantanément, à l'économie de mots, par des gestes doux qui prennent soin, par une connivence, par des regards et par une attention particulière. Du choix de ce couple-là par la famille du garçonnet, on n'en saura rien.

Le seul défaut de cet album est son peu de pages (un comble pour moi qui recherche souvent le synthétique). J'ai vraiment râlé quand j'ai fini Quelques jours d'été (Chabouté m'a frustrée), parce que j'aurais bien prolongé cette phase enchantée plus longtemps par d'autres anecdotes, juste pour rester un peu plus longtemps avec eux, avec ce trio attachant. J'aurais voulu en savoir plus sur le monsieur qui parle si peu, sur la dame qui pense à tout, sur ce petit bonhomme qui a su profiter de ce séjour rural. Je crois que d'une certaine façon, je voulais aussi les retenir, ces images qui m'ont rappelé mon enfance, mes vacances campagnardes chez mes grands-parents paternels. Touchée, coulée !

 et BD hautement recommandée !

Éditions Paquet     

autres avis : Mango, Fransoaz

Emprunté à la bibliothèque

Du même auteur :
Construire un feu (non chroniqué)    
Fables amères -de tout petits riens-
Tout seul 
Un peu de bois et d'acier

La suite au prochain post avec Terre-Neuvas

Les gratitudes - Delphine de Vigan ***

En lisant Les gratitudes de Delphine de Vigan, je n'ai pas cessé de penser à Ensemble, c'est tout. J'ai trouvé l'histoire super sympa à lire, les personnages attachants. Mais ce livre a souffert de la comparaison avec l’œuvre d'Anna Gavalda parce que je l'ai considéré comme une partie de cet Ensemble, c'est tout, une partie certes éclairée, mais une partie tout de même. Ce ressenti est certainement idiot mais je n'ai pas réussi à m'en défaire (peut-être aussi parce que j'ai adoré lire Ensemble c'est tout que j'avais trouvé à l'époque très très abouti). 
Les gratitudes dévoile un trio de choc : Michka, une vieille dame qui perd l'usage des mots, Marie sa voisine-confidente-petite-fille par adoption et Jérôme-l'orthophoniste qui veille à retarder l'échéance de l'oubli. Dans ce roman, tout fonctionne par binôme (à aucun moment les trois se retrouveront ensemble et les dialogues sont multiples) et par singleton (chacun a le droit de s'épancher, d'exprimer ses pensées).  
Les gratitudes exprime aussi deux quêtes : celle de l'identité, celle de la re(con)naissance. Renouer avec le passé construit l'avenir et l'apaisement. 
Ce qui ressort fortement du roman de Delphine de Vigan, ce sont l'amour et la bienveillance entre les personnages. Sa force et sa particularité sont l'objet langage : celui de la communication, celui de la communion des corps et des esprits. 

En découvrant Les gratitudes, vous ne risquez rien à part le bonheur d'un moment agréable de lecture, une douceur. L'élocution décrochée de Michka m'a profondément attendrie, le passé écorché de nos héros et leur capacité de résilience m'ont intéressée. J'ai surtout été admirative du travail de Delphine de Vigan sur les dialogues, au point de rendre l'aphasie naturelle avec un phrasé qui en devient poétique et émouvant.

Au cours de ma lecture, m'est venue une autre évocation, sonore cette fois (grâce à l'unique page écrite qui ne porte pas de numéro mais qui se situe au 167ème rang) : La lettre de Renan Luce (et je n'en dirai pas plus, à vous de découvrir pourquoi en lisant ce roman).

Éditions Jean-Claude Lattès

autres avis : Clara, Comète, Cuné, Cathulu, Laure, Violette,

Emprunté à la bilbiothèque 

De la même autrice :
D'après une histoire vraie (abandon... oui, je sais, ce n'est pas glorieux ... et non chroniqué, of course !)
No et moi (lu et non chroniqué)


évocation musicale : La lettre - Renan Luce