Ce que je sais de toi - Eric Chacour *****

J'ai choisi Ce que je sais de toi d'Eric Chacour parce que je voulais découvrir ce qui se cachait derrière ce best-seller littéraire. Non pas pour comprendre le succès public mais, plus par curiosité. Et là, bonne surprise : pour un premier roman, Ce que je sais de toi est très complet. 

 

Ce que je sais de toi narre l'itinéraire de vie de Tarek destiné à reprendre le cabinet médical de son père dans la ville du Caire. Ambitieux, vivant dans l'opulence et conscient aussi de soigner des personnes socialement très défavorisées, ses différentes rencontres humaines vont l'aider à cheminer et à se libérer de carcans familiaux et sociaux.

Ce que je sais de toi est une réussite littéraire en tout point : le scénario est solide, les personnages sont bien marqués et campés, l'ambiance est parfaitement installée (on sent l'Egypte à la fois dans ses paysages, dans ses humeurs, dans ses arômes, dans les senteurs). Les découvertes et l'évolution des personnages sont également distillées à bon escient : il y a de vraies surprises et puis d'autres moins. Il y a des révélations. Ce que je sais de toi offre une lecture accessible qui dépayse et renseigne, qui fait aussi vibrer. L'écriture est vraiment propre, le style est très agréable : Eric Chacour n'a pas choisi la tâche facile de faire des allers-retours entre passé et présent, entre le "toi" distant, le "moi" présent et qui veut exister et le "nous" (trois phases qui pourtant se justifient amplement). 

Au cours de ma lecture et avant même de la débuter, le titre Ce que je sais de toi m'avait paru un peu bizarre, peu vendeur. En fait, il est juste parfait. La première scène sur la question de l'automobile résume à elle seule et simplement le traitement inéquitable des garçons et des filles (à la fois dans la projection d'avenir et dans l'écoute de souhaits professionnels) au sein de la famille.

Well done ! 

Éditions Folio 

Le café où vivent les souvenirs - Toshikazu Kawaguchi ****

Contre toute attente, je suis revenue sur ma décision d'arrêter de lire la série des Cafés de Toshikazu Kawaguchi. Si j'avais apprécié l'idée principale (celle de revenir dans le passé  ou d'aller dans le futur sans rien modifier quoi que ce soit) - je l'apprécie toujours-, j'avais été un peu moins enthousiaste concernant le tome 2 : une forme d'usure, une difficulté à repérer les personnages. Pourtant c'est pas faute d'inventivité de la part de l'auteur : à chaque tome, Toshikazu Kawaguchi propose un nouveau petit truc.

 

J'ai volontairement choisi le tome 3 pour les vacances estivales, parce que je sais qu'en ce moment j'entame des lectures pas gaies gaies et qu'un peu de bienveillance littéraire ne fait jamais de mal à personne. Et contre toute attente, j'ai bien fait et j'ai nettement mieux apprécié ce tome 3, et ce n'était pas gagné d'avance. Comme quoi, se remettre en question a parfois du bon (enfin me concernant, a souvent du bon !).

Dans Le café où vivent les souvenirs, on retrouve un nouveau café le Dona Dona, une nouvelle team avec des intervenants historiques : Nagare, sa soeur Kazu, Sachi la fille de Kazu, Reiji le serveur qui se rêve comique et Nanako son amie d'enfance, Saki la psychiatre, et puis la grande absente bien présente à distance Yukari,la mère de Nagare et de Kazu et propriétaire du café Dona Dona. Yukari qui justement en raison d'une absence plus ou moins longue, a demandé à son fils de la remplacer. 

Je crois que ce qui est vraiment réussi dans ce tome par rapport aux deux précédents est la force des histoires individuelles, la proximité de toutes ces individualités et le fait de leurs interactions permanentes. J'ai aussi apprécié la volonté de l'auteur de rappeler régulièrement le statut des personnages et les règles, il a également diminué le nombre d'intervenants permettant d'approfondir les caractères et de leur donner davantage d'amplitude. Chaque chronique se suffit à elle-même mais est bien inscrite dans un script cohérent. Contrairement aux deux autres tomes, je me suis attachée aux personnages et j'ai aussi à la fois ri et pleuré : bref, j'ai éprouvé de l'empathie et c'est un très bon signe. Et ce que j'ai trouvé de moins bien réussi dans le second tome (le passage du passé et du futur) est là parfaitement maîtrisé. On pourra peut-être résumer Le café où vivent les souvenirs comme un tome larmoyant : il rappelle la nostalgie d'évoquer le passé, mais donne une forme aussi de réconciliation à soi-même et aux autres. 

Éditions Le livre de Poche 

 Tant que le café est encore chaud (tome 1)

 Le café du temps retrouvé (tome 2)

Voulez-vous un peu de Soleil...bleu ? (by Bleu Soleil & Luiza

Carton plein pour Soleil bleu, chanson de l'été qui aspire à plus de légèreté et au rêve.

Oh laissez-moi vivre comme je veux, les pieds dans l’eau et la tête en feu. 
Oh laissez-moi vivre comme je veux,
sur des nuages, sous mon soleil bleu.

Laisse-moi m’envoler, toucher les étoiles, frôler les nuages, fier mon histoire.
L
aisse-moi m’égarer là où plus rien n’est égal.
Même dans le noir, je veux sentir la terre,
la douceur minérale.
Laisse-moi partir, même sans bagages,
caresser le vent.
Je veux embrasser le monde,
le prendre dans mes mains.
La route est longue et les rêves sont grands.
Je veux marcher sans fin.
Je veux fendre l’horizon.
J
’entends les montagnes et les étoiles m’attendent.

Oh laissez-moi vivre comme je veux, les pieds dans l’eau et la tête en feu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux,
sur des nuages, sous mon soleil bleu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux
sous les étoiles, sous la lune en feu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux, 
loin des problèmes, sous mon soleil bleu.

Sentir l’odeur de la pluie sur la terre, effleurer les pierres.
Laisse-moi courir,
libre comme l’air. 
Laisse-moi donc briller plus d’un moment,
rêver sans frontières, tracer des chemins que personne n’éclaire.
C’est sûr, je n’attendrai pas demain.
Ici et maintenant,
je me réinvente.
Le monde m’attend,
libre des ombres, libre du temps.
Est-ce que tu entends, oui,
ce doux refrain, comme une incantation ?

Oh laissez-moi vivre comme je veux, les pieds dans l’eau et la tête en feu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux
sur des nuages, sous mon soleil bleu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux,
sous les étoiles, sous la lune en feu.
Oh laissez-moi vivre comme je veux,
loin des problèmes, sous mon soleil bleu.

 Luiza / Bleu Soleil (Nino et Antonin)


Seyvoz - Maylis de Kerangal et Joy Sorman (entre *** et ****)

Seyvoz est un objet littéraire intéressant. Construit à quatre mains avec deux voix et deux univers littéraires bien distincts, cet ensemble aurait pu être bancal, montrer des discontinuités permanentes à chaque intervention de l'une ou de l'autre autrice (Maylis de Kerangal et Joy Sorman). Il n'en est rien car fort intelligemment, les deux écrivaines ont bien scindé leur intervention : l'une dans le descriptif du quotidien d'un homme venu inspecter l'installation d'un barrage de Seyvoz et l'impact environnemental et humain sur la population locale ; l'autre dans l'histoire de ce fameux peuple avant l'érection du barrage. Entre elles deux, des esprits du passé qui ressurgissent. 

 

Seyvoz est un texte court (autour d'une centaine de pages), qui se lit facilement et qui permet d'apprécier les plumes de Maylis de Kerangal et de Joy Sorman, leurs différences et ce que chacune apporte au récit élaboré ensemble. J'ai aimé cette idée et cet exercice littéraire : j'ai trouvé le rendu intelligent et scénaristiquement cohérent, j'ai apprécié aussi la différence des deux atmosphères (un présent un peu fantastique et étrange à la David Lynch où le sens est mis à rude épreuve, un passé plus descriptif et plus réaliste qui pose des questions de société et d'environnement que j'ai davantage apprécié). J'ai aussi pensé à l'excellent Mahmoud ou la montée des eaux d'Antoine Wauters (sûrement le côté village enfoui, la montée des eaux et le barrage). Que de belles références.

Une lecture intéressante tant dans sa forme que dans son fond.

Éditions Folio 

Western - Maria Pourchet (entre *** et ****)

J'ai lu Western de Maria Pourchet : j'ai été attirée par le titre mais je reconnais qu'au cours de ma lecture, malgré les citations bienvenues de l'autrice pour justifier son intrigue "western", ma représentation cinématographique m'a empêchée d'envisager ce roman autre que classique. Mis à part ce bémol, j'ai apprécié le glissement des représentations, le changement de l'appréciation des personnages (excellent traitement de la figure d'Alexis. Je pense que celle d'Aurore aurait pu être un peu moins chargée, cela n'aurait en aucun cas gêné le discours) et l'évolution des registres opérés.

 

On part d'une situation étonnante : un illustre comédien lâche au dernier moment (avant le début des représentations) une pièce de théâtre et s'évapore dans la nature. Ce qui peut paraître un caprice de star va être annonciateur de révélations en tout genre. 

Western confronte deux personnalités (le comédien Alexis Zagner et Aurore), deux univers, deux vérités : un homme à femmes, une femme sans homme. Mais résumer cette histoire en trois lignes est clairement réducteur, parce que sa navigation est plus complexe qu'elle n'y paraît (comme un western, me direz-vous), parce que ce qui nous paraît tout mimi au début le devient nettement moins au milieu et plus du tout à la fin.

Maria Pourchet a réussi une œuvre ample, scénaristiquement cohérente et a bien campé ses personnages. On a le droit à une première révélation pour justifier la présence d'Alexis chez Aurore, cette révélation sera suivie d'autres assombrissant le portrait de ce Dom Juan. D'un western, on aboutit à un roman-enquête-pièce de théâtre sans que l'ensemble en devienne confus (et là je dis "Chapeau l'artiste ! Maria Pourchet -je précise-). Le traitement par l'autrice est assuré et assumé, elle n'hésite pas à nous éclairer les différentes étapes de son intrigue justifiant le traitement en western (même si les arguments présentés ont bloqué mon image fermée et usitée de cowboys et d'indiens, je l'ai déjà signalé en début de chronique).

J'ai passé un bon moment malgré les thèmes abordés et je vous laisse la saveur de la découverte/des découvertes. En tout cas, on sent le travail important et savant de recherche bibliographique, la prise de risque de Maria Pourchet et cela, j'aime beaucoup. On sent aussi la proximité des thèmes sociétaux actuels et je trouve très bien que les romanciers s'en emparent parce que l'art permet aussi de libérer la parole en décentrant les éventuelles controverses, de dénoncer des comportements inacceptables par l'intermédiaire de la fiction, de permettre la réflexion et l'attention par une distraction appuyée. Bien joué ! 

Éditions Le livre de Poche.