Le butor étoilé - Sigolène Vinson ****


J'apprécie l'écriture singulière de Sigolène Vinson, et en particulier son art à installer des éléments paranormaux dans un récit qui se veut classique. Cet équilibre narratif est difficile et j'admire l'habileté dont fait preuve cette autrice à l'aide de détails tout à fait anodins (un correspondant qui n'est pas celui attendu, des yeux qui jaunissent, une couleuvre d'Esculape qui s'humanise) mais qui installent le malentendu et les surprises. Le butor étoilé est un écrit réussi avec une prose très agréable à lire et à suivre, qui nous évade tout en explorant un environnement pas si lointain (les personnes des marais, à proximité de lacs ou de forêts devraient s'y retrouver). Dans Le butor étoilé, Sigolène Vinson met en perspective deux histoires, deux quêtes (celle de la recherche d'une ado disparue (Dedou), celle d'un oiseau -le butor étoilé- dont les apparitions sont rares), un couple en attente (une héroïne ornithologue et Damien confondu avec Marc), une galerie réduite de personnages (amicale du côté de l'ornitologue, familiale du côté de Damien – père, femme, enfants), un loup qui rôde, des chasseurs pas toujours clairs. L'ambiance est dédiée à la nature, au rêve et à l'onirisme. Le butor étoilé offre un doux moment de détente et montre une campagne vive et mystérieuse, des humains en recherche de beau et inquiets de ne pas retrouver une Dedou bien présente dans les souvenirs, dans les enquêtes, dans l'attente. Les descriptions de la faune et de la flore sont sympas et participent à l'effet de contemplation et de lenteur. J'ai vraiment apprécié cette immersion poétique et onirique dans la nature toute proche (les fans d'oiseaux s'y retrouveront), j'ai aimé retrouver aussi l'écriture si singulière et l'univers de Sigolène Vinson, j'ai aimé son traitement libre et respectueux de l'amour (filial, parental, marital). J'ai été moins fan du traitement final de la disparition de Dedou, pas assez travaillé à mon goût. Reste à la fin, l'emprunt parfait d'un poème d'une jeune Nathanëlle qui promet.


Éditions Le Tripode (160 pages).

De la même autrice : Le caillou 

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